La journée la plus chaude jamais enregistrée en France, et ce n’est pas encore fini
Ce mercredi 24 juin, la France entre dans le cœur du pire épisode caniculaire de son histoire mesurée. 58 départements en rouge, 44 millions d'habitants sous alerte maximale, un réacteur nucléaire à l'arrêt, 68 000 foyers sans électricité dans le Finistère, des incendies en Lot-et-Garonne, le Louvre et la Tour Eiffel fermés. Et toujours 40 morts par noyade depuis le 18 juin. La France transpire. Et le pic n'est pas encore atteint.
EN DIRECT - MERCREDI 24 JUIN 2026
58 départements en vigilance rouge canicule - nouveau record absolu depuis la création du dispositif il y a vingt ans. 31 en orange. Plus de 90 % de la population française exposée.
Mardi 23 juin : journée la plus chaude jamais enregistrée en France. L'indicateur thermique national a battu tous les records depuis le début des mesures.
68 000 foyers privés d'électricité ce matin dans le sud du Finistère, suite à un incident sur un transformateur RTE lié aux fortes chaleurs.
Centrale nucléaire de Golfech (Tarn-et-Garonne) : arrêt total depuis 23h45 le 22 juin. La Garonne a atteint 28 °C, seuil réglementaire maximal.
Prix de l'électricité : 280 euros le mégawattheure mardi soir, record depuis août 2023.
40 morts par noyade depuis le 18 juin, 'essentiellement des jeunes' (Premier ministre Lecornu).
Incendies en Lot-et-Garonne : 87 hectares touchés par un feu toujours en propagation mardi soir.
À 23h45, le 22 juin 2026, le dernier réacteur actif de la centrale nucléaire de Golfech s'est éteint. Non pas à cause d'une panne. Mais parce que la Garonne, qui refroidit les réacteurs, avait atteint 28 °C. C'est le seuil fixé par un arrêté de 2006 pour protéger la faune piscicole. EDF n'avait plus le droit légal de poursuivre la production. Golfech, deux réacteurs de 1,3 gigawatt chacun, est depuis totalement à l'arrêt. Le premier réacteur était déjà en maintenance depuis mai. C'est le deuxième qui vient de s'arrêter.
Le même mardi, l'indicateur thermique national - la moyenne des températures maximales et minimales sur l'ensemble du territoire, pondérée par la population - a battu son record absolu depuis le début des mesures en France. Mardi 23 juin a été la journée la plus chaude jamais enregistrée dans l'histoire climatique instrumentale du pays.
Ce mercredi matin, 68 000 foyers du Finistère se sont réveillés sans électricité. Un transformateur du réseau RTE a lâché sous l'effet des fortes chaleurs. La préfecture parle d'un incident accidentel lié à la canicule. Les techniciens travaillent au rétablissement. Dehors, il fait déjà 33 °C.
LES MORTS ET LES DRAMES
40 noyades, des enfants dans une voiture, une France sous le choc Quarante personnes sont mortes par noyade depuis le samedi 18 juin. Le Premier ministre Sébastien Lecornu a prononcé ce chiffre lors de la cellule interministérielle de crise de mardi, en précisant que les victimes sont essentiellement des jeunes. La plupart de ces décès sont survenus dans des zones non surveillées, dans des rivières et plans d'eau où la baignade est interdite.
En seulement 24 heures, samedi 20 juin, quatre adolescents ont perdu la vie dans des zones interdites à la baignade. Dans le Doubs, deux adolescents de 13 et 14 ans se sont noyés dans une rivière interdite à la baignade. Les pompiers ont tenté de les réanimer pendant de longues minutes. Dans l'Oise, deux autres adolescents ont subi le même sort. Le maire de la ville concernée a lancé un appel direct aux habitants : la rivière est dangereuse à cause des tourbillons qui aspirent les baigneurs.
« Ce n'est pas quelque chose à prendre à la légère : nager dans des zones non surveillées pendant une vague de chaleur. » Marina Ferrari, ministre des Sports et de la Jeunesse, 23 juin 2026
À Carpentras, deux garçons de 2 et 4 ans ont été retrouvés morts dans une voiture familiale. Ils s'étaient enfermés seuls à l'intérieur. Trois personnes âgées sont décédées à leur domicile dans le sud-ouest, décès directement attribués à la chaleur par les autorités de Gironde. Leur préfète Sophie Brocas a lancé un appel à la solidarité : voir ses voisins, frapper aux portes, ne pas attendre qu'ils demandent de l'aide.
À Paris, la brigade nautique a déployé dix bateaux sur le canal Saint-Martin pour empêcher les baignades illégales lors de la Fête de la Musique du 21 juin. Malgré l'interdiction, de nombreux habitants avaient plongé dans le canal pour chercher la fraîcheur.
PARIS ET SES MONUMENTS
La capitale climatisée à 16 heures
La Tour Eiffel a fermé ses portes dès 16 heures mardi 23 juin, au lieu de 00h45 habituellement. L'opérateur SETE, qui gère le monument, parle de priorité accordée à la sécurité des équipes et des visiteurs. Le Louvre a annoncé une fermeture anticipée à 16h00 du mercredi 24 au samedi 27 juin, contre 18h00 habituellement. L'Arc de Triomphe, la Chapelle Expiatoire, le Musée Bourdelle, le Château de Vincennes, le Château de Fontainebleau : tous ont réduit leurs horaires.
Le Mont Saint-Michel, en Normandie, a demandé aux visiteurs de reporter leur venue à après la canicule. Disneyland Paris a également adapté son fonctionnement. La liste des fermetures et aménagements dans la région parisienne s'allonge à chaque heure.
Une note d'ironie dans cette journée suffocante : ce mercredi 24 juin marque le début des soldes d'été à Paris. Les grands magasins climatisés, les passages couverts, les galeries marchandes ont enregistré une affluence inhabituelle dès l'ouverture. Chercher les soldes ou chercher la fraîcheur : les Parisiens font les deux.
LE NUCLÉAIRE SOUS TENSION
Quand les fleuves chauds éteignent les réacteurs
L'arrêt de Golfech illustre une vulnérabilité structurelle du parc nucléaire français face au changement climatique. Les réacteurs nucléaires ont besoin d'eau pour se refroidir. Quand les fleuves sont trop chauds, ils ne peuvent plus assurer ce refroidissement sans violer les normes environnementales. En 2022, plusieurs centrales avaient déjà dû réduire leur production pour les mêmes raisons.
À Golfech, le premier réacteur était en maintenance depuis mai. Le second vient de s'arrêter. La centrale est à l'arrêt total. D'autres sites sont sous surveillance. La centrale de Bugey, en Auvergne-Rhône-Alpes, a envisagé des baisses de régime similaires. La centrale de Saint-Alban, en Isère, a déjà subi des restrictions lors de la canicule de 2022.
Le prix du mégawattheure a frôlé 280 euros mardi soir en France, un record depuis août 2023. En Allemagne, il a atteint 615 euros — un niveau inédit depuis juin 2024. La chaleur fait flamber l'électricité au moment précis où les centrales doivent réduire leur production.
La Cour des comptes anticipe une multiplication par trois ou quatre de ces arrêts forcés d'ici 2050. Sans adaptation technique, la production nucléaire française chuterait de 1,4 % en 2035. Adapter les 32 réacteurs les plus exposés coûterait entre 15 et 20 milliards d'euros sur vingt ans. Une facture que la canicule de 2026 commence à rendre urgente.
LE COÛT DE LA CHALEUR
Les fermetures d'écoles, la baisse de productivité des travailleurs exposés, les dépenses de santé supplémentaires, le chômage partiel déclenché dans les secteurs où les conditions de travail ne peuvent être maintenues : une canicule en juin coûte plus cher à l'État qu'une canicule en août. En plein été, les Français sont en vacances, les enfants dans les centres aérés. En juin, ils travaillent. Ou essaient.
France Info cite une étude de l'assureur Allianz Trade : les épisodes de chaleur pourraient coûter plus de 200 milliards d'euros à l'économie française d'ici 2030. Ce chiffre inclut les pertes agricoles, les coûts de santé, la baisse de productivité, les dégâts sur les infrastructures. Il n'inclut pas le coût humain des décès prématurés, qui par définition ne se comptabilise pas en euros.
Pour les ménages, le calcul est plus immédiat. Une climatisation split consomme 33 euros de plus par mois pendant un épisode caniculaire. Une climatisation mobile dans un logement classé F en termes de performance énergétique peut coûter jusqu'à 87 euros de plus. Trois quarts des ménages français ne sont pas équipés de climatisation. Pour eux, les options sont limitées : les volets fermés, les ventilateurs, les espaces climatisés publics. Et espérer que la nuit soit plus fraîche. Elle ne l'est pas.
QUAND ÇA S'ARRÊTE
Le week-end, peut-être
Météo-France prévoit que la vigilance rouge s'étende vers le nord du pays ce mercredi 24 juin, avec 58 départements concernés. Les températures maximales attendues ce mercredi restent très élevées sur tout le territoire. Une légère accalmie est possible en fin de semaine, avec un retour à des températures plus normales espéré le week-end.
Mais les médecins et épidémiologistes rappellent ce que 2003 a enseigné : les effets sanitaires d'une canicule se mesurent plusieurs semaines après la fin des pics thermiques. Les décès par complications cardiaques, rénales ou respiratoires liés à la chaleur peuvent survenir après que les thermomètres sont redescendus. Le bilan humain final de la canicule 2026 ne sera connu qu'à l'automne, quand Santé publique France aura analysé la surmortalité sur la période.
Le printemps 2026 est déjà le plus chaud enregistré depuis le début des mesures en 1900, avec une température moyenne de 13,8 °C et une anomalie de +1,7 °C. Ce que nous vivons cette semaine n'est pas une anomalie. C'est une direction.
BILAN ET CHIFFRES - 24 JUIN 2026
58 départements en rouge, 31 en orange. Plus de 90 % de la population française sous alerte maximale. Record absolu depuis la création du dispositif.
Mardi 23 juin : journée la plus chaude jamais enregistrée en France (indicateur thermique national).
40 morts par noyade depuis le 18 juin (Lecornu, 23 juin). Essentiellement des jeunes. Zones non surveillées.
68 000 foyers sans électricité ce matin dans le Finistère - incident lié à la chaleur sur un transformateur RTE.
Centrale de Golfech (Tarn-et-Garonne) : arrêt total depuis 23h45 le 22 juin. La Garonne a atteint 28 °C.
Prix de l'électricité : 280 euros/MWh mardi soir en France - record depuis août 2023.
Incendie Lot-et-Garonne : 87 hectares en propagation mardi soir.
Louvre, Tour Eiffel, Arc de Triomphe, Château de Vincennes, Fontainebleau : horaires réduits ou fermeture anticipée.
Coût économique projeté : plus de 200 milliards d'euros pour l'économie française d'ici 2030 (Allianz Trade).
Fin prévue : accalmie possible le week-end. Bilan sanitaire réel : connu à l'automne.
La Tour Eiffel ferme à 16 heures. Le Louvre aussi. Un réacteur nucléaire s'est éteint parce que la rivière est trop chaude. Soixante-huit mille familles du Finistère ont attendu que l'électricité revienne. Et quarante personnes sont mortes en cherchant la fraîcheur dans des eaux qui ne pardonnent pas.
Mardi était la journée la plus chaude jamais enregistrée en France. Les modèles climatiques disent que des phrases comme celle-là vont devenir habituelles. Pas exceptionnelles. Habituelles.