jeudi 09 juillet 2026, 00:59 📌 Ajouter L'Appel sur Google
⚡ DERNIÈRES
Une guerre qui ne meurt jamais : pourquoi les portefeuilles européens n'ont pas fini de payer le prix de l'Iran Picardie sonne l'alarme : les parents se rebellent contre une fermeture de classe jugée incompréhensible Face au Paraguay, la France triomphe par ses valeurs contre le racisme et la haine France sous cloche de verre - la canicule mange le territoire département par département Planoise - une voiture récente part en flammes sur un parking, des policiers entrent dans les immeubles Baptiste Gerfaud Valentin, 22 ans, tué par la montagne qu'il défendait Morte pour ne jamais parler : la suspecte de l'attentat de Monaco exécutée en Ukraine, un officier du renseignement aux aveux Listeria : Grand Frais rappelle sept références de saumon et de truite fumés dans toute la France Marine Le Pen, condamnée et candidate Détroit d'Ormuz - la paix impossible
Actualités

Macron tire sa dernière salve, la France choisit son successeur

La voix de ceux qui n'ont pas de voix
Accueil

Macron tire sa dernière salve, la France choisit son successeur

En moquant les candidats qui défendent l'IA tout en voulant taxer le capital, le président sortant lance un avertissement à la classe politique. Pendant ce temps, les sondages dessinent un paysage inédit : un RN dominant, un centre fragmenté, et une gauche qui revient en embuscade.

Emmanuel Macron ne peut pas se représenter. La Constitution est formelle, l'article 6 ne tolère pas deux mandats consécutifs, et son second quinquennat s'achèvera le 13 mai 2027. Mais avant de partir, il entend peser sur ce que sera la France après lui. Vendredi, depuis l'Élysée, il a choisi l'intelligence artificielle comme tribune pour lancer sa dernière salve aux candidats qui lui succéderont.

L'Élysée, vendredi 20 juin 2026. Macron reçoit des représentants de l'écosystème technologique français. Le cadre est familier, il pratique ce genre d'exercice depuis VivaTech 2017. Mais le ton a changé. À moins d'un an de quitter le pouvoir, le président ne se contente plus de défendre un bilan. Il règle des comptes avec ceux qui veulent l'effacer.

La pique, le sens, et la cible

La phrase est précise, presque chirurgicale. Macron raille, selon BFM TV, les candidats à l'élection présidentielle qui viennent aujourd'hui au secours des start-up de l'intelligence artificielle, mais qui reviendront demain en disant qu'il faut taxer la réussite et le capital.

La contradiction qu'il pointe est réelle. Plusieurs candidats de gauche se sont exprimés positivement sur le développement de l'IA française et de ses champions comme Mistral AI. Certains ont participé aux événements technologiques, posé aux côtés des fondateurs, célébré les levées de fonds. Mais leurs programmes comportent des mesures de taxation du capital et des grandes fortunes qui, selon Macron, mettraient en péril précisément le cadre qui a permis à cet écosystème de prospérer.

Le message est aussi un testament. Macron a construit depuis 2017 une politique favorable à l'innovation, aux startups, aux investissements étrangers. France 2030, Choose France, les licornes françaises, Mistral, le positionnement de Paris comme capitale tech européenne. Il refuse que ce bilan soit défait par des mesures fiscales qui frapperaient les investisseurs et les entrepreneurs.

"Ils viennent au secours des start-up de l'IA, mais ils vont revenir en disant qu'il faut taxer la réussite et le capital." - Emmanuel Macron, Élysée, 20 juin 2026

Le président ne nomme personne. Il n'en a pas besoin. Chacun dans la salle sait de qui il parle. Et chaque candidat de gauche à la présidentielle de 2027 a entendu le message.

Le paradoxe de la gauche face à l'IA

La contradiction pointée par Macron n'est pas une invention. Elle structure réellement le débat économique à gauche depuis deux ans.

Jean-Luc Mélenchon a célébré publiquement l'IA comme levier de souveraineté et de réindustrialisation. Raphaël Glucksmann se positionne comme candidat de la modernité sociale-démocrate, attentif aux enjeux technologiques. Marine Tondelier et les Verts plaident pour une IA éthique et européenne.

Mais les programmes comportent aussi des mesures qui inquiètent l'écosystème. Taxation des plus-values financières, impôt sur la fortune, régulation accrue des fonds d'investissement. Pour les fondateurs de startups qui ont levé des centaines de millions d'euros, ces propositions ne sont pas abstraites.

La réponse de la gauche est que l'on peut soutenir l'innovation et corriger les inégalités sans contradiction. Que les entrepreneurs qui ont réussi peuvent contribuer davantage sans que cela décourage l'entrepreneuriat. Ce débat n'est pas tranché. Mais Macron vient de s'assurer qu'il sera au cœur de la campagne.

Bardella en tête, et loin devant

Pendant que Macron tire ses flèches, les sondages dessinent un paysage électoral qui lui échappe complètement. Et qui devrait préoccuper tous les partisans de la continuité de sa politique.

Dans le dernier sondage OpinionWay pour Le Parisien, publié le 14 juin 2026, Jordan Bardella arrive en tête avec 34 à 35 % des intentions de vote au premier tour, selon les hypothèses testées. Marine Le Pen obtient des scores similaires dans d'autres instituts, autour de 33 %. Le Rassemblement national domine, quel que soit le nom de son candidat.

Derrière, la compétition pour la deuxième place est intense. Édouard Philippe se maintient autour de 18 à 19 %, meilleur score du bloc central. Raphaël Glucksmann et Jean-Luc Mélenchon se disputent la troisième place entre 13 et 16 % chacun. Bruno Retailleau consolide une candidature droitière entre 8 et 11 %.

Gabriel Attal, figure du camp macroniste, oscille entre 9 et 14 % selon les hypothèses. Sébastien Lecornu, Premier ministre en exercice, plafonnerait autour de 6 %, jugé trop dépendant de Macron pour incarner une rupture.

Sondage OpinionWay, 14 juin 2026, premier tour : Bardella 34 %, Philippe 19 %, Mélenchon 16 %, Glucksmann 16 %, Retailleau 9 %, Zemmour 3 %.

Philippe résiste, Mélenchon remonte, le centre se fragmente

Le mouvement le plus significatif des dernières semaines concerne Édouard Philippe et Jean-Luc Mélenchon. Selon le baromètre Odoxa de mai 2026, les deux hommes sont désormais quasi à égalité pour la qualification au second tour.

Philippe a chuté de quatre points en deux mois, tombant à 17 %. Mélenchon a progressé de quatre points pour atteindre 16 %. Un écart d'un point, dans la marge d'erreur. Ce resserrement a une implication concrète : si Philippe et Attal sont tous deux candidats, le vote du bloc central se divise, et Mélenchon peut passer au second tour.

Le sondage Toluna Harris Interactive pour M6/RTL confirme ce risque. Avec Philippe et Attal tous deux en lice, Philippe atteindrait 13 % et Attal seulement 9 %. Le total cumulé des deux reste en deçà de ce que l'un d'eux seul pourrait obtenir. La logique arithmétique est implacable.

Au second tour, les projections se stabilisent sur une victoire RN dans presque toutes les configurations. Bardella battrait Mélenchon à 68 %. Il battrait Attal à 57 %. Face à Philippe, l'écart se réduit : 52 contre 48, selon Odoxa de mai. Un retournement notable : deux mois plus tôt, c'est Philippe qui était donné gagnant.

Le piège que Macron a lui-même creusé

Il y a une ironie dans la situation présente que Macron ne peut pas ignorer. En refusant de nommer un successeur désigné, en laissant Attal et Philippe s'affronter implicitement, en préservant son propre rôle jusqu'au bout, il a contribué à la fragmentation du camp qui devrait hériter de sa politique.

La dissolution de l'Assemblée nationale en juin 2024 a été le premier acte d'une instabilité qui ne s'est pas résorbée. Barnier, Bayrou, Lecornu : trois Premiers ministres en moins de deux ans. Une majorité introuvable. Des budgets adoptés au 49-3. Un pays qui gouverne dans l'urgence permanente.

Dans ce contexte, la question de la cohérence de l'héritage macroniste est légitime. Un président peut-il défendre son bilan en IA et en innovation alors que son propre camp est incapable de s'entendre sur un candidat ? Peut-il raille les contradictions de la gauche sans admettre celles de son propre bloc ?

Les candidats qu'il vise ce vendredi ont au moins une réponse à cette question. Ils diront que la contradiction, c'est lui.

À moins d'un an, ce qui peut encore tout changer

Les sondeurs le répètent avec constance : les intentions de vote à un an ne se réalisent que dans un cas sur deux. Depuis 1995, le favori à ce stade n'a remporté l'élection qu'une fois sur deux.

Gaël Sliman, président d'Odoxa, est explicite : « Il reste près d'un an avant l'élection présidentielle, et les intentions de vote à un an ne reflètent qu'une fois sur deux ce qui se produira réellement. »

Ce qui peut changer : un scandale, une guerre, une crise économique majeure, une recomposition des alliances. La France vient de traverser une réouverture du détroit d'Ormuz, la guerre en Iran et un G7 à Évian qui a replacé Macron sur la scène mondiale. Sa cote de confiance a brièvement progressé de six points à 25 % en mars 2026. Ces événements géopolitiques peuvent redistribuer les cartes.

Ce qui semble en revanche plus solide : le socle du RN. À chaque scrutin, quel que soit le candidat, le premier tour place le Rassemblement national entre 30 et 35 %. Ce plancher n'a pas bougé depuis 2022. Il faudrait un événement d'une ampleur considérable pour le faire fléchir.

La France entre dans sa séquence présidentielle avec un président sortant qui ne peut pas concourir, un bloc central divisé, une gauche en reconstitution et une extrême droite en état de domination persistante.

La pique de Macron sur l'IA et la taxation est peut-être la dernière chose qu'il dit en tant que président qui comptera vraiment. Ce qui vient après, c'est l'histoire d'un pays qui choisit ce qu'il veut être. Et pour l'instant, les sondages suggèrent qu'il n'a pas encore décidé.

"Il reste près d'un an avant l'élection présidentielle, et les intentions de vote à un an ne reflètent qu'une fois sur deux ce qui se produira réellement." - Gaël Sliman, président d'Odoxa, mai 2026
Par la rédaction • L'Appel · L'Appel
Partager :

À lire aussi

100%