Kushner en Albanie – quand les bulldozers arrivent avant les titres de propriété
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Kushner en Albanie - quand les bulldozers arrivent avant les titres de propriété Un projet à quatre milliards de dollars lié au gendre du président Trump. Une réserve naturelle classée. Des villageois qui trouvent des barbelés là où se trouvait leur terre. Et un litige foncier vieux de treize ans que personne ne semble pressé de résoudre. Reuters a enquêté. L’Appel l’a décrypté.
Par la Rédaction L’Appel - 13 juin 2026 - D’après Reuters - Euronews - RTS - Boursorama Le mois dernier - Kostaq Konomi s’est approché de ce qu’il considère comme sa propriété sur le littoral du sud de l’Albanie. Il s’est retrouvé devant une clôture de barbelés et des hommes qui lui ont barré le passage. La clôture avait été érigée à l’emplacement de ce qu’un tribunal albanais avait reconnu en 2013 comme la propriété de sa communauté. De l’autre côté de cette clôture - les plans d’un complexe hôtelier de luxe lié au nom de Jared Kushner - gendre du président des États-Unis Donald Trump.
Zvernec - l’île et la frontière invisible
Le village de Zvernec se trouve sur la côte adriatique du sud de l’Albanie - dans l’une des zones côtières les mieux préservées d’Europe. Ses habitants affirment être propriétaires de terrains que l’on cherche aujourd’hui à développer dans le cadre d’un vaste projet immobilier de luxe - selon l’enquête de Reuters publiée le 13 juin 2026.
L’histoire du litige remonte à la transition albanâise des années 1990. En 1945 - à la mise en place de la dictature communiste d’Enver Hoxha - la propriété privée avait été abolie. Quarante-cinq ans plus tard - à la chute du régime - entre crise économique et conflits armés - de nombreuses terres avaient été occupées sans base légale. Depuis lors - la question des droits de propriété reste extrêmement sensible - avec des milliers de familles albanaises qui espèrent encore récupérer les biens de leurs ancêtres - rappelle Boursorama dans son analyse du 4 juin 2026.
Dans le cas de Zvernec - un certain Shehu avait prétendu être propriétaire des terrains. En 2013 - un tribunal albanais avait tranché en faveur des résidents du village - les reconnaissant comme les véritables propriétaires. Shehu avait fait appel. L’affaire n’est toujours pas résolue - selon l’avocat des résidents - Maître Beko - et des documents juridiques partagés avec Reuters. Pendant ce temps - Shehu avait vendu les terres à des investisseurs par l’intermédiaire d’un intermédiaire dont il n’a pas révélé le nom. Il a déclaré lors d’une émission de télévision albanaise qu’il ignorait l’identité de l’acheteur final. Reuters n’a pas pu le joindre pour obtenir ses commentaires.
« Ils prennent ce qui nous appartient. »
- Résidents de Zvernec - cités par Reuters et AOL News
Quatre milliards de dollars - l’île de Sazan et le luxe à tout prix Le projet dont il s’agit n’est pas un simple hôtel. Il englobe l’île de Sazan - ancienne base sous-marine italienne pendant la Seconde Guerre mondiale - et un tronçon voisin du littoral. Estimé à quatre milliards de dollars - il prévoit des hôtels - des appartements - des villas et une marina - selon RTS qui a étudié le dossier en détail.
La société Sazan Real Estate Development LLC développe le projet. Son président - Asher Abehsera - a publié une déclaration vendredi sur X : « Notre objectif est simple : célébrer la beauté naturelle de l’Albanie - créer des emplois et construire quelque chose dont être fiers ». La société n’a pas répondu aux questions de Reuters concernant les plans précis ou le litige foncier.
Jared Kushner - lui - n’a pas répondu aux demandes de commentaires transmises par l’intermédiaire de sa société d’investissement Affinity Partners. L’essentiel du financement proviendrait de la société Atlantic Incubation Partners LLC - fondée par Kushner après le premier mandat de Donald Trump - alimentée principalement par des investisseurs saoudiens et qataris - selon la RTS.
« C’est une grande tristesse de savoir que cette zone ne sera plus au service des prochaines générations. Dans dix ans - ce sera un endroit gris et en béton. »
- Vorpsi - chargé de l’ONG environnementale PPNEA - regardé pour les nouvelles espèces d’oiseaux près de Zvernec - Reuters - 13 juin 2026
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Edi Rama - Trump et l’accélération législative
Le Premier ministre albanais Edi Rama - qui a défendu l’accord lors d’un entretien accordé à Reuters cette semaine - affirme que le projet est légal et que les habitats naturels seront protégés. Jared Kushner et Edi Rama rejettent tous deux l’idée que la présidence Trump ait eu une influence sur le processus décisionnel.
Les opposants remarquent cependant une coïncidence troublante. Kushner avait soumis ses plans quelques semaines après que le Parlement albanais avait modifié une loi permettant au gouvernement d’accôrder des permis de construire dans des zones protégées pour des hôtels ou complexes cinq étoiles - selon Reuters.
Agron Shehaj - membre de l’opposition au Parlement albanais - a dénoncé un manque de transparence dans le processus de sélection du promoteur : « Cela ressemble à un accord privé dans l’intérêt politique du Premier ministre d’Albanie » - selon AOL News. Et une enquête du parquet albanais a été ouverte pour examiner des soupçons de corruption liés au projet - rapporte RTS.
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L’Albanie dans la rue - trois jours de manifestations
La controverse n’est pas restée confinée aux villages du littoral. Pour la troisième journée consécutive le 4 juin 2026 - des manifestants sont descendus dans les rues de Tirana pour exprimer leur opposition au projet - selon Euronews.
L’opposition au projet s’est accélérée après la diffusion de vidéos montrant des travaux préparatoires sur la côte et des bulldozers sur la plage - rapporte Boursorama. Les collectifs de protestation craignent que des portions de ce littoral encore préservé ne soient irrémédiablement défigurées. L’Albanie dispose de 450 kilomètres de côtes restés largement sous-développés pendant des décennies de régime communiste - une richesse naturelle exceptionnelle que les écologistes considèrent comme le dernier delta de fleuve sauvage d’Europe.
Les écologistes ne sont pas les seuls à s’opposer. Des défenseurs du patrimoine - des juristes alertant sur les vices de procédure - et des opposants politiques au Premier ministre Rama ont rejoint le mouvement. Le gouvernement albanais - lui - présente le projet comme une transformation majeure pour cet ancien pays communiste qui cherche à se positionner sur le marché du tourisme haut de gamme et à faire avancer sa candidature à l’Union européenne.