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Besançon : Plus de 24 participants, une langue et un parc brûlé par l’été

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Besançon : Plus de 24 participants, une langue et un parc brûlé par l’été

Au parc de la Gare d'Eau à Besançon, une fin d'année de cours de français s'est terminée sur l'herbe sèche, avec des plats du monde entier et des chansons qui parlent d'exil et de paix.

Ce mardi, le parc de la Gare d'Eau à Besançon portait les traces de l'été. L'herbe, habituellement verte toute l'année dans cet espace, avait perdu sa couleur sous l'effet de la chaleur. Plus d'une vingtaine de personnes s'y sont installées malgré tout, certaines assises sur le sol, d'autres restées debout pendant près de deux heures, pour partager un repas et dire au revoir à leurs professeurs de français.

Un espace vert que la chaleur avait déjà visité

Il y avait quelque chose de juste dans le décor. Le parc de la Gare d'Eau, que les Bisontins connaissent pour sa verdure persistante, montrait des signes inhabituels de sécheresse. L'herbe jaunissait par endroits, comme fatiguée d'un été qui n'épargnait rien.

Les plats avaient été posés directement sur l'herbe. Pas de tables, pas de chaises installées pour l'occasion. Le repas s'était organisé comme se sont organisées beaucoup de choses dans ce groupe au fil de l'année : en s'adaptant à ce qu'on avait, et en faisant de cette adaptation quelque chose de chaleureux plutôt que de provisoire.

« L'herbe avait jauni sous la chaleur. Mais quelque chose d'autre, dans ce parc, restait intact. »

Se présenter par le nom de l'autre - après le repas

Après le repas, une activité avait pris la relève d'une façon inattendue. Au lieu de se présenter eux-mêmes, chaque participant devait dire le prénom de la personne à côté de lui. Un seul prénom - mais dans une langue qu'on apprend, prononcer le nom de l'autre correctement, c'est déjà lui accorder quelque chose.

Des prénoms prononcés avec des accents différents, parfois répétés deux fois pour se rapprocher de la bonne syllabe. Le cercle avait tourné. Chacun avait entendu son prénom dans la bouche d'un autre.

« Présenter l'autre avant de se présenter soi-même : un exercice qui apprenait à écouter autant qu'à parler. »

Des plats du monde sur l'herbe de Besançon

Chaque participant avait apporté quelque chose à manger. Les plats venaient de pays différents, préparés selon des recettes que leurs auteurs connaissaient par cœur avant même de connaître un mot de français. Sur l'herbe du parc de la Gare d'Eau, ces préparations s'étaient mélangées sans hiérarchie, goûtées avec curiosité, commentées dans un français encore hésitant pour certains, plus fluide pour d'autres.

« Des plats venus de partout, goûtés par tout le monde. La curiosité ne demandait pas de niveau de langue particulier. »

Quand les hommes vivront d'amour

Puis, le groupe avait chanté. Trois chansons, choisies par les professeurs pour ce qu'elles disaient et pour ce qu'elles permettaient de faire avec la langue.

La première était « Quand les hommes vivront d'amour », de Raymond Lévesque. Une chanson québécoise qui parle de la paix et de la fin des guerres, avec une mélodie qui se garde en mémoire après la première écoute. Vingt-quatre voix avec vingt-quatre accents différents qui chantent ensemble une chanson sur la paix - ce n'est pas un symbole construit après coup, c'est ce qui s'est passé dans un parc de Besançon.
La deuxième chanson était « Pays natal », interprétée par Marie-Paule Belle, qui s'ouvre sur les mots : « Il n'y avait rien à regretter là-bas ». Une chanson sur l'exil, sur le sentiment d'appartenir à deux pays à la fois, sur ce que signifie partir sans pour autant effacer d'où l'on vient. Plusieurs personnes dans le groupe connaissent ce sentiment de l'intérieur. La chanson ne le disait pas directement - mais elle le savait, et ils le savaient, et c'était suffisant.
La troisième était « Trois p'tits chats », une comptine populaire française fondée sur des enchaînements de sons proches qui se transforment de couplet en couplet. Dans les cours de français pour adultes, elle sert à travailler la prononciation par le jeu. Elle avait surtout servi à faire rire, dans une langue que tous, à des degrés différents, sont en train de s'approprier.
« Vingt-quatre voix avec vingt-quatre accents différents, une chanson sur la paix. Ce n'est pas une image construite après coup. »

Ce que deux participants ont dit

Mohamed Yahia a exprimé sa gratitude simplement : « J'ai ressenti beaucoup de joie. L'ambiance était magnifique et chaleureuse. Je vous remercie pour votre gentillesse et pour tous les efforts que vous faites pour nous. »

Paulo Morais a résumé la journée avec des mots directs : 'Pour moi, tout s'est très bien déroulé. L'activité était bien organisée et bien réalisée. J'ai beaucoup apprécié toutes les personnes que j'ai rencontrées. L'ambiance était excellente. Même la nourriture était très bien préparée. C'était une très belle expérience.'

Ces deux témoignages, dans leurs différences de forme et de longueur, disent la même chose : quelque chose de réel s'était produit dans ce parc. Quelque chose qui ne se résume pas à « un cours de langue ».

René, Jeanne, et le temps donné librement

La raison de ce rassemblement était explicite : remercier René Poiffeaut et Jeanne Christian, les deux professeurs bénévoles qui avaient accompagné le groupe tout au long de l'année. Deux personnes qui ont choisi de donner de leur temps, chaque semaine, sans contrepartie, à des adultes en train de recommencer dans une nouvelle langue.

Ce type d'engagement mérite d'être nommé pour ce qu'il est. Enseigner le français à des personnes qui arrivent avec des niveaux très différents, qui ont des histoires de vie très différentes, et qui ont souvent déjà maîtrisé une ou plusieurs langues avant d'arriver ici - ce n'est pas une tâche simple.

René Poiffeaut et Jeanne Christian l'ont fait avec la conviction que chaque personne avance à son propre rythme, et que ce rythme ne mesure pas la valeur de la personne. Le fait que les participants aient fait le déplacement pour les remercier dit quelque chose sur la façon dont cet enseignement avait été reçu.

Fannie, coordinatrice du programme, avait contribué à l'organisation de ce moment final, comme elle l'avait fait pour d'autres temps forts de l'année.

Ce que produisent ces cours, des associations comme JRS France et le réseau Français langue d'accueil le documentent depuis des années : la relation qui se noue entre un bénévole et un apprenant adulte dépasse rapidement le cadre de la grammaire. Une enseignante bénévole à Paris le formulait ainsi, citée par RCF : 'Pouvoir dire je, je suis, dans leur langue ou en français, c'est déjà une victoire.' Les participants sur l'herbe sèche du parc de la Gare d'Eau confirmaient, chacun à sa façon, cette observation.

« Les bénévoles qui enseignent le français à des adultes qui recommencent dans une nouvelle langue font quelque chose que les organigrammes associatifs ont du mal à nommer. »

Beaucoup auraient voulu s'attarder davantage. Certains n'avaient pas encore tout dit. Mais les au revoir s'étaient imposés avant que les mots ne trouvent leur place.

Quand les participants ont quitté le parc de la Gare d'Eau, l'herbe était toujours aussi sèche. La chaleur n'avait pas changé.

Et quelque part entre « Trois p'tits chats » et « Quand les hommes vivront d'amour », les participants avaient partagé le même air, dans la même langue, sur l'herbe d'un parc de Besançon.
Par Khalid Al Shibani • L'Appel · L'Appel
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