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La France brûle par tous les bouts, et l’État appelle l’Europe à la rescousse

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La France brûle par tous les bouts, et l’État appelle l’Europe à la rescousse

Trente-deux incendies actifs, plus de cinquante mille hectares partis en fumée depuis janvier, le Cap-Ferret et Biscarrosse évacués en urgence dans la même nuit

Quatre heures du matin. Un SMS réveille Barbara, en vacances au Cap-Ferret. Évacuez. Sur la D106, en quelques minutes, des centaines de phares se suivent dans la nuit. À l'autre bout du département, une autre femme regarde par la fenêtre de son abri de fortune, sa maison quelque part derrière le mur de fumée. Vendredi, la France compte trente-deux incendies actifs, et pour la première fois depuis longtemps, elle demande à l'Europe de venir l'aider à les éteindre.

Une presqu'île entière réveillée en pleine nuit

Vers quatre heures du matin, la préfecture de Gironde ordonne l'évacuation des premiers villages de la presqu'île du Cap-Ferret. Deux heures plus tard, l'ordre s'étend à l'ensemble du territoire, de Claouey jusqu'à la pointe du Cap-Ferret, à mesure que les flammes progressent vers ce joyau touristique du bassin d'Arcachon.

Sur la route unique qui relie la presqu'île au continent, la D106, la circulation se densifie d'heure en heure. On a reçu des SMS pour nous demander d'évacuer à quatre heures du matin, raconte Barbara, une vacancière, à des journalistes sur place. Sa famille prend la direction de Bordeaux, où un accueil est organisé au parc des expositions.

 Dix mille hectares, et un feu que rien n'arrête encore

Tout est parti mercredi entre les communes de Saumos et du Porge, aux portes de Lacanau. Selon plusieurs sources proches de l'enquête, le sinistre aurait été déclenché par un engin de débroussaillage intervenant sous une ligne électrique pour le compte du gestionnaire de réseau Enedis, au milieu des pinèdes. Une enquête judiciaire a été ouverte pour en confirmer l'origine, probablement accidentelle.

Le feu progresse ensuite sans relâche, mille quatre cents hectares mercredi soir, deux mille quatre cents jeudi, quatre mille huit cents dans la nuit, six mille quatre cents au petit matin, puis huit mille sept cents un peu plus tard. Vendredi en fin de matinée, le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez annonce que la barre des dix mille hectares est franchie.

Le feu de Saumos n'est pas maîtrisé, c'est le plus important incendie de la saison.

Un sapeur-pompier a été blessé dans les combats menés à Lège-Cap-Ferret, où environ huit cents soldats du feu restent engagés. Aucune autre victime n'est à déplorer à ce stade selon la préfecture, qui précise que de nouveaux renforts terrestres et aériens sont attendus dans les toutes prochaines heures.

 L'exode par la terre et par la mer

Face à l'ampleur de l'évacuation, la préfecture maritime d'Atlantique interdit temporairement toute navigation dans le bassin d'Arcachon, conformément à un plan d'évacuation maritime de la presqu'île établi dès 2023 en prévision de ce type de scénario.

Des navettes sont mises en place de sept heures à dix heures depuis quatre jetées, Le Canon, Porte de la Vigne, Bélisaire et le Grand Piquey. Trente-deux bateaux de l'Union des bateliers arcachonnais se tiennent prêts à intervenir, précisant que les animaux de compagnie pourront eux aussi embarquer.

Ça s'est passé dans le plus grand des calmes, témoigne Aldric, touriste évacué par bateau depuis la jetée Bélisaire, décrivant une alerte reçue à quatre heures puis un ordre d'évacuation définitive à six heures. Plus de quatre cents personnes ont déjà rallié la jetée d'Arcachon par la mer en milieu de matinée.

 Arès, évacuée par précaution

La commune d'Arès, sur le bassin d'Arcachon, annonce à son tour l'évacuation progressive de l'ensemble de ses habitants, quartier par quartier, uniquement pour les protéger de fumées jugées toxiques et nocives. Les personnes sans solution d'hébergement sont orientées vers des centres ouverts à Marcheprime, à Mios et dans les communes voisines regroupées au sein de la COBAS.

 Biscarrosse, un feu que le préfet lui-même dit ne pas maîtriser Dans les Landes, un second sinistre s'est déclaré jeudi en début de soirée près de Biscarrosse, déclenché selon la préfecture par un véhicule. Le feu n'est toujours pas sous contrôle, prévient dès l'aube le préfet des Landes Gilles Clavreul, le vent le pousse malheureusement en direction des habitations.

Le colonel Romain Moutard, directeur adjoint des pompiers du département, décrit une nuit apocalyptique et une situation dantesque, marquée par des sauts de feux qui se multiplient, créant presque un nouvel incendie à chaque fois qu'ils retombent plus loin.

Le bilan s'alourdit heure après heure, deux mille cinq cents hectares dans la soirée de jeudi, puis, selon le ministre de l'Intérieur vendredi matin, une centaine de maisons brûlées ou endommagées. Plusieurs secteurs d'habitations restent menacés, sans qu'aucune victime ne soit à déplorer à ce stade.

Vingt-trois mille personnes ont été évacuées au total dans le département, dont dix-huit mille pour la seule commune de Biscarrosse et cinq mille depuis Parentis. Parmi les sinistrés figurent les résidents d'un Ehpad, les enfants d'une colonie de vacances et de nombreux campeurs des secteurs de Mayotte et de Biscarrosse plage.

Les lieux d'accueil ouverts en ville affichent rapidement complet, contraignant les autorités à ouvrir trois centres supplémentaires, l'église de Biscarrosse plage, l'ancienne gendarmerie du secteur et la salle des fêtes de Mimizan. Une cellule d'information au public est activée, la préfecture appelant les évacués à ne revenir chez eux sous aucun prétexte.

 Une mère, un fils, la même nuit d'angoisse

Évacuée depuis deux jours, une habitante de Lège-Cap-Ferret guette l'évolution du feu près de chez elle, non loin du cimetière communal, un quartier particulièrement touché. Ma maison est en jeu, mon local professionnel est là où les avions sont en train de larguer, confie-t-elle, avant d'ajouter, c'est apocalyptique, c'est énormément d'angoisse.

À cette inquiétude s'ajoute une autre, son fils se trouve justement du côté de Biscarrosse, lui aussi évacué la même nuit. C'est beaucoup de tensions pour une maman, raconte-t-elle, très émue. On ne maîtrise plus rien, les pompiers doivent être épuisés, complète une autre habitante évacuée, on est impuissants, on est amenés à tout perdre.

 Le Var respire, les Hautes-Alpes s'embrasent à leur tour

Dans le sud-est, l'incendie qui frappe Cotignac, dans le Var, depuis trois jours, connaît un début d'accalmie. Le feu, non fixé mais stable, a parcouru deux mille sept cents hectares, soixante maisons ont été impactées et dix ont brûlé, sans faire de victime. Les cinq cents personnes évacuées par précaution ont pu regagner leur domicile.

Neuf cent cinquante-cinq sapeurs-pompiers et deux cent soixante-cinq véhicules restent mobilisés sur zone, appuyés par deux hélicoptères bombardiers d'eau et un hélicoptère de la sécurité civile. Une équipe de drones a passé la nuit à scruter les lisières du sinistre à la recherche de points chauds encore actifs.

Un tout autre front s'est ouvert depuis une semaine dans les Hautes-Alpes, entre les communes de Freissinières et de L'Argentière-la-Bessée, à mille huit cents mètres d'altitude, en plein massif montagneux. Deux cent quarante hectares ont été parcourus par les flammes, dans des conditions rendant les opérations des sapeurs-pompiers particulièrement difficiles.

 L'aveu d'une saison inédite

Nous sommes confrontés à une saison de feu complètement inédite, résume depuis les studios de RTL le directeur général de la Sécurité civile, Julien Marion. Selon lui, la France a déjà dépassé, en sept mois, les cinquante mille hectares brûlés sur l'ensemble de son territoire.

Le ministre de l'Intérieur confirme ce chiffre depuis le centre opérationnel de gestion interministérielle des crises, place Beauvau, précisant que trente-deux feux sont actuellement en cours à travers le pays, sans qu'ils aient tous, insiste-t-il, la même importance.

Les deux principaux sinistres du moment, ceux de Biscarrosse et du Cap-Ferret, partagent selon Julien Marion la même nature convective, des comportements totalement imprévisibles, qui évoluent et avancent très vite, ce qui explique le choix des préfets de procéder à des évacuations préventives aussi larges. Sur les deux départements réunis, environ quarante-trois mille personnes ont été évacuées au total.

Aucune pluie n'est attendue sur la Gironde, le Var ou les Landes dans les prochains jours, seulement des orages secs. Une amélioration des conditions météorologiques est certes prévue, mais elle ne signifie pas, prévient le directeur de la Sécurité civile, que les incendies vont s'éteindre d'eux-mêmes, il y a encore énormément de travail. Vingt-sept départements sont placés en vigilance orange, la Haute-Garonne seule en alerte rouge pour risque très élevé.

 Peut-on éteindre ce qui ne veut pas s'éteindre

À la question de savoir si une maîtrise complète est proche, aucune autorité ne s'avance à ce stade sur un horizon précis. Le feu de Saumos reste, au moment où ces lignes sont écrites, explicitement qualifié de non maîtrisé par le ministre de l'Intérieur lui-même, tandis que celui de Biscarrosse continue, selon le préfet des Landes, d'être poussé vers les habitations par le vent.

Seul l'incendie de Cotignac, dans le Var, montre des signes tangibles d'accalmie, non fixé mais stable, avec des conditions météorologiques qualifiées de plutôt favorables et un retour déjà organisé des habitants évacués. Les deux foyers de Gironde et des Landes, eux, demeurent qualifiés de convectifs par la Sécurité civile, un comportement qui, par nature, échappe largement aux prévisions à court terme.

La comparaison avec l'été 2022, déjà marqué par des mégafeux dans le même massif des Landes de Gascogne, s'impose d'elle-même, mais avec une nuance de taille. Cette fois, le seuil des cinquante mille hectares brûlés à l'échelle nationale a été franchi dès la mi-saison, une progression que le directeur de la Sécurité civile qualifie lui-même de complètement inédite, sans toutefois se risquer à annoncer si le record de 2022 sera dépassé d'ici la fin de l'été.

 Bruxelles répond à l'appel de Paris

Face à une situation qu'il qualifie de sous très forte tension, le président Emmanuel Macron annonce dans la nuit avoir demandé l'activation du mécanisme de protection civile de l'Union européenne. Nous allons pouvoir compter rapidement sur le renfort de deux Canadair croates, de deux Air Tractor portugais ainsi que de deux hélicoptères lourds Black Hawk tchèque et slovaque, précise-t-il, remerciant les partenaires européens pour cette solidarité concrète, rapide et opérationnelle.

Le chef de l'État adresse également ses remerciements aux sapeurs-pompiers et aux forces de secours qui luttent sans relâche sur le front des flammes, leur courage force le respect, insiste-t-il, alors que trois d'entre eux ont perdu la vie depuis le début de la saison, dont deux tués près de l'aéroport de Bordeaux-Mérignac le 21 juillet. Une cagnotte de soutien à leurs familles a depuis dépassé les cent mille euros.

 Un signal, ailleurs en Bretagne

Loin du Sud-Ouest, la gendarmerie a interpellé et placé en détention provisoire un homme de cinquante-sept ans soupçonné d'être à l'origine de l'incendie du cap Fréhel, en Bretagne, survenu le 12 juillet et qui avait contraint quatre cent quarante-quatre personnes à évacuer un camping et des hameaux voisins.

Un rappel utile alors que, selon les autorités, neuf départs de feux sur dix trouvent leur origine dans un geste humain, qu'il soit accidentel comme à Saumos ou intentionnel comme le suspecte, cette fois, la justice bretonne.

La France n'est du reste pas seule concernée cet été. L'Espagne a de son côté décrété l'état d'urgence dans plusieurs régions frappées par des feux de forêt similaires, un contexte qui a facilité, selon plusieurs observateurs, la décision rapide de Bruxelles de répondre positivement à la demande de renforts aériens formulée par Paris, dans un mécanisme européen déjà sollicité par plusieurs pays du pourtour méditerranéen depuis le début du mois.

Sur la D106, les phares continuent de se suivre vers Bordeaux. Sur la digue d'Arcachon, les bateaux de l'Union des bateliers font l'aller-retour sans relâche. Et quelque part entre les deux, une mère attend encore des nouvelles de sa maison, et de son fils, tandis qu'à des centaines de kilomètres de là, dans le Var comme dans les Hautes-Alpes, d'autres familles vivent, à quelques jours d'intervalle seulement, la même attente.

Par la rédaction • L'Appel · L'Appel
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