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L’Espagne s’embrase de Madrid à la Murcie, et Pedro Sánchez active l’échelon d’urgence le plus élevé du pays

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L’Espagne s’embrase de Madrid à la Murcie, et Pedro Sánchez active l’échelon d’urgence le plus élevé du pays

Plus de cent vingt mille hectares brûlés depuis janvier, treize morts à Almería cet été, la Grèce envoie déjà ses Canadair

Un tweet, dix heures du soir, et deux heures à peine pour que Madrid perde le commandement de sa propre urgence. L'Espagne vient de basculer, pour la deuxième fois seulement de son histoire, dans le niveau d'alerte le plus élevé de sa protection civile contre les incendies.

 Une présidente régionale qui tend la main à l'État

Vers vingt-deux heures jeudi, la présidente de la Communauté de Madrid, Isabel Díaz Ayuso, demande par un message sur X l'activation du niveau trois du plan de protection civile contre les incendies de forêt, l'Infoma. Une requête qui revient, de fait, à céder à La Moncloa le commandement de la lutte contre trois incendies que la région ne peut plus affronter seule.

Le délégué du gouvernement à Madrid, Francisco Martín Aguirre, avait d'abord mis en doute la démarche, jugeant qu'une simple lettre publiée sur les réseaux sociaux ne suffisait pas à justifier une telle bascule de commandement. Il aura fallu à peine deux heures à l'exécutif de Pedro Sánchez pour trancher malgré tout en faveur de la demande.

Ce niveau trois n'a été activé qu'une seule fois auparavant dans l'histoire du pays, lors de la panne électrique nationale de 2025, à la demande de huit gouvernements régionaux. La direction opérationnelle de l'urgence est confiée au général Francisco Javier Marcos Izquierdo, chef de l'Unité militaire d'urgence, l'UME.

 Trois foyers, une seule nuit

Autour de Madrid, la nuit de jeudi à vendredi voit se rejoindre trois incendies distincts, deux à Villa del Prado et un troisième à San Martín de Valdeiglesias, déclenché par une voiture en feu sur la route M-501. Un quatrième foyer, parti d'Almorox, dans la province voisine de Tolède, a lui aussi débordé sur le territoire madrilène.

Une région entière qui ne peut plus éteindre ses propres incendies, et un État qui reprend le commandement en l'espace d'une nuit.

Le ministre de l'Intérieur, Fernando Grande-Marlaska, suit la situation depuis le poste de commandement avancé installé à Cenicientos, aux côtés du conseiller régional à l'Environnement, Carlos Novillo. Au petit matin, aucun des trois foyers madrilènes n'est encore ni cerné ni maîtrisé.

Plus de deux cent soixante-dix professionnels et une quarantaine de moyens terrestres restent engagés sur les trois foyers madrilènes durant la nuit, vingt-et-un véhicules et quatre-vingt-dix effectifs à Villa del Prado, dix-sept véhicules et soixante-cinq effectifs à San Martín de Valdeiglesias, complétés par trois sections de l'Unité militaire d'urgence. Le service d'urgences 112 de la région confirme que le vent continuera de compliquer les opérations tout au long de la journée de vendredi.

 Onze mille cinq cents évacués, cinq maisons de retraite transportées en urgence Le bilan des évacuations grimpe heure après heure, dix mille personnes annoncées jeudi soir, plus de onze mille cinq cents vendredi matin selon Euronews. Cinq établissements pour personnes âgées ou en situation de handicap ont dû être évacués en urgence dans la nuit.

Soixante-et-onze résidents de la maison de retraite San Juan Bautista d'Aldea del Fresno, quatre-vingts de La Fresneda, soixante-dix-huit du centre pour personnes handicapées AMAM Picadas, cent soixante-dix-huit de la résidence López Rumayor à San Martín de Valdeiglesias et vingt-huit du centre El Chaflán ont ainsi été relogés dans des gymnases municipaux ou chez des proches, selon leur degré de dépendance.

La Communauté de Madrid a mobilisé toute la nuit des autocars interurbains pour transporter près de cinq mille habitants supplémentaires, notamment depuis Pelayos de la Presa, dont des personnes à mobilité réduite, vers des gymnases de repli à Chapinería puis Colmenar del Arroyo une fois la capacité d'accueil dépassée.

Cinq routes régionales restent coupées à la circulation, deux tronçons de la M-507 et de la M-540 autour de Villa del Prado, la M-501 et la M-541 entre San Martín de Valdeiglesias et Pelayos de la Presa, ainsi qu'une voie de la M-206 à Loeches. Trente-cinq agents des services routiers restent mobilisés sur le terrain pour surveiller ces axes et préparer leur réouverture dès que possible.

 Le vent, ennemi commun de tous les pompiers d'Espagne

La vague de chaleur qui a frappé le pays entre mardi et jeudi vient officiellement de s'achever, précise l'agence météorologique Aemet. Mais l'humidité reste sous les trente pour cent autour des foyers madrilènes, et des rafales de trente à soixante kilomètres à l'heure sont encore attendues cet après-midi.

Une amélioration est certes prévue samedi, avec une masse d'air plus humide et des températures en baisse, mais le vent tournera alors au nord-nord-ouest avec des rafales tout aussi fortes. Le danger d'incendie restera très élevé ou extrême sur la majeure partie du territoire madrilène ce vendredi, avant un répit plus net attendu dimanche.

 Ávila, une colonie de vautours noirs emportée par les flammes

C'est le foyer de Burgohondo, dans la province d'Ávila, qui inquiète le plus les autorités régionales de Castille-et-León. Déclaré mercredi, il a progressé jeudi après-midi à une vitesse de trente kilomètres en seulement quarante minutes, un rythme qui a permis aux flammes de pénétrer dans la réserve naturelle de la vallée d'Iruelas.

Cette réserve abritait l'une des principales colonies de vautours noirs d'Espagne, aujourd'hui ravagée par le feu. La fumée a contraint au confinement les communes de Burgohondo, Navaluenga et El Tiemblo, tandis que mille cinq cents personnes ont été évacuées au total, dont un lotissement, un village de tourisme rural, deux maisons d'hôtes, un camping et, en pleine nuit, une maison de retraite.

Ce n'est qu'à la fumée qu'on pouvait déjà deviner le désastre dans la vallée d'Iruelas, raconte un pompier engagé sur zone. Nous travaillons à très haute altitude, le vent nous a aidés en ralentissant le front, nous espérons éviter que le feu n'atteigne la pinède de Piedralaves, ce qui ajouterait encore des hectares à ce désastre environnemental.

 Bruxelles et Athènes répondent à l'appel

Vendredi, l'Espagne demande formellement l'activation du mécanisme européen de protection civile et réclame au moins quatre moyens aériens à voilure fixe. La Grèce répond la première, en proposant deux avions Canadair CL-415.

Le président du gouvernement, Pedro Sánchez, préside depuis neuf heures trente le comité national de coordination des urgences, en visioconférence avec la vice-présidente Sara Aagesen et le ministre de l'Intérieur, connecté depuis le poste de commandement avancé de Cenicientos. Nous sommes déployés avec tous nos effectifs, assure Sánchez sur X, adressant sa solidarité à tous ceux qui voient le feu calciner leurs collines et menacer leurs habitations.

 La Mierla, le deuxième plus grand incendie de l'histoire d'Espagne Dans la Sierra Norte de Guadalajara, l'incendie de La Mierla, déclaré une semaine plus tôt et provoqué selon l'enquête en cours par une moissonneuse-batteuse, reste stabilisé à trente-deux mille hectares, le deuxième plus grand incendie jamais recensé en Espagne et le plus vaste de toute l'histoire de Castille-La Manche.

Trente-quatre municipalités avaient dû être évacuées à son pic. Neuf d'entre elles ont pu rouvrir dès jeudi, s'ajoutant aux cinq déjà rouvertes la veille. Il en reste vingt-cinq à ce stade, dont les habitants attendent toujours de rentrer chez eux.

 Un pays qui compte ses foyers un par un

Au-delà de Madrid et d'Ávila, la Castille-et-León recense neuf incendies actifs ce vendredi matin. À Murias de Ponjos, dans le León, les villages de Rosales, Folloso et Andarroso ont été évacués, une quarantaine d'habitants relogés dans les écoles de Riello, les autorités espérant que le feu perde de son intensité en atteignant un ruisseau proche des deux premiers villages.

En Castille-La Manche, la nuit a apporté un vrai répit, l'incendie de Selas, à Guadalajara, a été maîtrisé après avoir consumé environ deux mille huit cents hectares et provoqué l'évacuation de six municipalités, tandis que ceux de Mazarambroz et de La Pueblanueva, dans la province de Tolède, ont été totalement éteints dans la nuit.

L'Espagne classe ses incendies selon un indice de gravité potentielle allant de zéro à deux, ce dernier niveau signalant une menace directe et sérieuse pour des populations ou des biens non forestiers. Burgohondo et Murias de Ponjos, tous deux classés en niveau deux ce vendredi, concentrent logiquement l'essentiel de l'attention des autorités régionales, quand les foyers de Brieva et de Castropodame, en niveau un, évoluent plus favorablement.

Ailleurs dans le pays, la situation s'améliore également, le feu de Fuente Álamo, en Murcie, est stabilisé après avoir parcouru deux cent vingt-huit hectares, celui d'El Cerro del Andévalo, à Huelva, ne nécessite plus de moyens aériens, et les pompiers espèrent le déclarer maîtrisé dans la journée. Seul celui de La Cerollera, dans la province de Teruel, reste pleinement actif, avec quatre-vingts hectares parcourus et une route coupée depuis la veille.

 Treize morts à Almería, le souvenir qui pèse sur chaque nouvelle alerte Le bilan le plus lourd de cet été espagnol des feux reste, à ce jour, celui de Los Gallardos, en Almería, qui a coûté la vie à treize personnes. La Catalogne, elle, a connu sa propre vague quelques semaines plus tôt, avec un incendie parti de Paüls ayant confiné plus de dix-huit mille personnes, et un second, à Torrefeta i Florejacs, ayant fait deux morts et confiné environ vingt mille habitants avant de finir par se stabiliser.

Le président catalan Salvador Illa avait alors salué une bonne nouvelle tout en appelant à ne pas baisser la garde, une prudence que les autorités madrilènes reprennent aujourd'hui presque mot pour mot face à leurs propres foyers.

À l'échelle nationale, la surface brûlée depuis le premier janvier dépasse désormais cent vingt mille hectares, plus du triple de la même période en 2025, et le double du bilan enregistré il y a seulement deux semaines. Une progression que le gouvernement qualifie lui-même de journée critique, sans se risquer à en prédire la fin.

 Des vaches contre le feu

En Galice, une méthode plus ancienne que tous les Canadair du monde continue pourtant de faire ses preuves. Depuis l'an dernier, vingt-huit vaches de race cachena, dites vaches-chèvres pour leur agilité à se déplacer en montagne, paissent sur les six cent soixante-dix-huit hectares du mont communal de Vincios, à Gondomar, aux côtés de chèvres et de brebis qui se nourrissent entre pins et eucalyptus.

Elles sont arrivées après l'incendie de 2017, qui avait ravagé quatre-vingt-deux pour cent de ce même massif. Il n'existe pas d'autre solution économique ou environnementale pour prévenir les incendies que de faire pâturer le bétail, résume José Taboada, coordinateur du mont communal, un pare-feu vivant que ni le vent ni la sécheresse ne peuvent allumer.

À Madrid comme à Ávila, à Guadalajara comme en Galice, c'est la même question qui se pose ce vendredi, celle de savoir combien de temps encore un pays peut tenir la même nuit sur autant de fronts à la fois. Pedro Sánchez, lui, promet de rester aux côtés de la population, dans l'urgence comme dans la reconstruction qui suivra.

Par la rédaction • L'Appel · L'Appel
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