Cent jours de Fagaut : Besançon entre rupture, polémiques et premiers défis
Le premier maire de droite depuis 1953 fait son bilan - entre annonces tambour battant, tempête juridique et drame dans le Doubs.
Le 6 juillet 2026, Ludovic Fagaut tire le bilan de ses cent premiers jours à l'Hôtel de Ville de Besançon. Cent jours de ruptures assumées, de polémiques frontales et d'un premier test brutal imposé par l'été. Portrait d'un maire pressé qui gouverne comme il a fait campagne - seul devant l'écran, en avance sur tout le monde, et jamais à court d'une déclaration.
Il est sept heures du matin, et la Citadelle de Vauban brille encore. Pas du soleil levant - de l'éclairage municipal. Dès le soir de son élection, le monument emblématique de Besançon a été allumé, première décision symbolique d'un mandat qui commence à peine, au grand dam des associations de protection de l'environnement. La lumière comme un étendard. La lumière comme un message.
Officiellement élu par le conseil municipal le 27 mars 2026, Ludovic Fagaut a fait basculer Besançon à droite pour la première fois depuis 1953, en battant la liste de la maire sortante Anne Vignot avec plus de 53 % des voix. Un tremblement de terre électoral dans une ville-forteresse de la gauche française. Et maintenant - après cent jours - la capitale comtoise retient encore son souffle.
Le VRP de Besançon
Dans son bureau, le maire a une formule qu'il répète volontiers. "On annonce, on avance et on rend compte." Une devise de chef d'entreprise autant que de politique. Elle résume tout.
L'autre trait saillant de ce début de mandat, c'est l'hyper-présence du nouveau maire. Il l'assume et se présente comme le VRP de Besançon. Il a déjà publié une quarantaine de vidéos sur sa page Facebook personnelle pour promouvoir son action ou raconter les coulisses de son mandat.
Dans les couloirs de l'Hôtel de Ville, certains agents trouvent le rythme épuisant. Après plusieurs changements intervenus au sein de l'administration et du cabinet du maire, parfois accompagnés d'inquiétudes et d'arrêts de travail parmi les agents inquiets pour leur avenir professionnel, Fagaut a nommé un nouveau directeur général des services. Fort de plus de vingt ans d'expérience dans la fonction publique territoriale, il rejoindra Besançon le 17 août prochain après avoir exercé à Nice, Annecy et Sens.
Selon l'élu communiste Hasni Alem, les habitants voient quotidiennement des vidéos du maire sur les réseaux sociaux, tandis que les autres membres de la majorité demeurent quasiment invisibles. "On ne voit que Ludovic Fagaut", résume-t-il, estimant que cette personnalisation excessive du pouvoir traduit "une vision monarchique" de la gouvernance municipale.
La ville en fleurs - et sous surveillance
Le programme est clairement identifiable. La sécurité passe par le financement de l'armement de la police municipale et la signature d'un arrêté anti-mendicité agressive. L'attractivité passe par une nouvelle politique de fleurissement pour 250 000 euros, budget multiplié par cinq, mais aussi le développement du marché de Noël, avec une enveloppe quatre fois plus importante que l'an passé.
38 points de fleurissement ont été identifiés et les jardiniers de la ville s'affairent à y installer 150 000 plants de fleurs. Une carte postale. Mais la canicule de juin a répondu avec brutalité. Dans un communiqué du 27 juin, Séverine Véziès remet en question plusieurs choix de la municipalité concernant la gestion des espaces verts, estimant que les fleurs plantées au printemps dans la ville ne résistent pas à la canicule malgré l'arrosage.
Sur la sécurité, la méthode est encore plus tranchée. Le maire a confirmé sa volonté de doter tous les agents de police municipale d'armes létales, en leur disant : "souvent primo-intervenants face aux incivilités et aux délits, vous devez protéger la population et vous protéger". Augmentation des effectifs, amélioration de la rémunération, investissements nouveaux dans la vidéo-protection et l'aménagement d'un nouveau commissariat figurent au coeur de sa ligne politique.
Le maire a aussi commandé deux audits à 100 000 euros, portant sur l'organisation de la collectivité et sur la situation financière. Pour certains de ses soutiens, une façon de mieux gérer. Pour l'opposition, un coup de communication avant résultats.
L'arrêté qui divise
Le 29 mai, Fagaut frappe fort. Il convoque la presse dans son bureau et signe, devant les caméras, l'arrêté anti-mendicité agressive. Le 29 mai dernier, le maire (LR) de Besançon signait devant la presse un arrêté dont l'objectif est de lutter contre la mendicité agressive et alcoolisée. Un mois plus tard, le tribunal administratif était appelé à statuer sur sa validité.
Le 1er juin, 500 personnes se sont mobilisées contre cette mesure suite à un appel lancé par les élus de l'opposition. Dans les rues de la Boucle, des slogans fusaient contre « l'arrêté de la honte ».
Les élus d'opposition ont notamment pointé le calendrier retenu par la majorité. L'arrêté a été publié dès le lendemain du précédent conseil municipal, alors qu'aucune allusion à son contenu n'avait été faite au cours de la séance. Une méthode jugée "provocante" par plusieurs élus, qui ont dénoncé un "manque flagrant de transparence et de respect du débat démocratique".
Fagaut ne bronche pas. "Je suis maître de l'agenda et maître du calendrier. Si cet arrêté est sorti le lendemain du conseil municipal, c'est qu'il devait être juridiquement sécurisé", a répondu le maire.
Et la justice lui a, pour l'heure, donné raison. Ce jeudi 2 juillet, le tribunal administratif de Besançon a rejeté les recours en référé des opposants à l'arrêté. La juge a estimé qu'aucun des moyens invoqués n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité du texte. Une seconde décision, sur le fond du dossier, est désormais attendue.
La mort dans le Doubs
Puis vient le test que nul ne choisit. Le décès de deux adolescents de 11 et 13 ans dans les eaux du Doubs, le samedi 20 juin, a profondément marqué la ville. Alors que la vague de chaleur pousse de nombreux habitants à rechercher des lieux de fraîcheur, ce drame remet au premier plan la question de la sécurisation des lieux de baignade.
Sur place, dans la matinée du dimanche 21 juin, le maire appelle les habitants à la prudence. "La rivière du Doubs est dangereuse parce qu'il y a des tourbillons à certains endroits qui aspirent ceux qui veulent se baigner. Elle est dangereuse aussi parfois parce que vous ne voyez pas les rochers", explique Ludovic Fagaut.
En réaction, la Ville de Besançon a annoncé prendre des "mesures immédiates" pour faire face aux fortes chaleurs lors d'une conférence de presse le 23 juin à l'Hôtel de Ville. Mais mise sous pression par l'opposition municipale qui appelait à une réunion d'urgence entre tous les chefs de groupe, le maire et ses adjoints ont formulé ces actions seuls.
C'est là que la fracture se creuse le plus nettement. L'élu communiste Hasni Alem assure que son groupe souhaitait participer à une réflexion commune sur les mesures à mettre en œuvre, mais que le maire aurait préféré élaborer seul son plan d'action. "Dans un moment aussi grave, le consensus aurait dû primer", estime-t-il.
Un opposant devenu maire - ou l'inverse ?
Pour l'élu communiste Hasni Alem, les cent premiers jours de Ludovic Fagaut marquent une rupture avec la précédente majorité, mais aussi les limites d'une gouvernance qu'il juge trop personnelle. Il critique une politique "revancharde", une communication omniprésente et un manque de dialogue avec l'opposition.
Hasni Alem estime d'ailleurs que Ludovic Fagaut conserve davantage une posture d'opposant que de maire. Le reproche fait écho à une autre voix, celle de Séverine Véziès (LFI), dont la formule cinglante a circulé dans tous les cercles politiques bisontins : "Les Bisontins n'ont pas élu un influenceur." L'élu communiste va plus loin dans la comparaison. Il compare la stratégie du maire à "l'hyperprésidence" de Nicolas Sarkozy, dont il estime qu'elle avait fini par lasser une partie des Français. Paradoxalement, malgré les tensions, les élus communistes votent favorablement près de 80 % des délibérations présentées en conseil municipal. Les désaccords portent essentiellement sur les grandes orientations politiques et sur la méthode de gouvernance.
L'élu LR, lui, semble peu troublé par ces critiques. Il a assumé - parfois trop vite. Le maire de Besançon contrôle sa communication, prend la parole, quitte à aller trop vite - exemple avec cette fresque de l'artiste Nacle suite à l'affaire Lyhanna, que Ludovic Fagaut annonce d'abord effacer, avant de se raviser face à l'émotion des habitants.
Cent jours, un mandat de six ans devant lui, et déjà une ville qui ressemble moins à ce qu'elle était. Besançon n'a pas fini de s'habituer à son nouveau capitaine.
« On annonce, on avance et on rend compte. »
Ludovic Fagaut, maire de Besançon, juillet 2026
Besançon en chiffres-clés
Élu le 27 mars 2026 avec 53,29 % des voix, Ludovic Fagaut (LR-MoDem) est le premier maire de droite de Besançon depuis 1953.
Budget fleurissement multiplié par cinq pour atteindre 250 000 euros ; 150 000 plants installés dans 38 points de la ville.
Arrêté anti-mendicité agressive en vigueur du 29 mai au 15 octobre 2026 - rejet du recours en référé par le tribunal administratif le 2 juillet.
Deux adolescents de 11 et 13 ans noyés dans le Doubs le 20 juin - premier drame climatique du mandat, qui a cristallisé les tensions avec l'opposition.