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La France arraisonne le Deliver, cinquième pétrolier fantôme russe en neuf mois

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La France arraisonne le Deliver, cinquième pétrolier fantôme russe en neuf mois

Mardi 23 juin, au large de la Sicile, la marine nationale française a intercepté le pétrolier Deliver. Il naviguait sous pavillon camerounais depuis Primorsk, un port russe. C'est le cinquième arraisonnement de ce type en neuf mois. Macron l'a annoncé lui-même sur X ce jeudi. Moscou avait qualifié la précédente opération de « piraterie internationale ».

Mardi 23 juin à 14h12, un officier de la marine nationale française observe aux jumelles un pétrolier dans les eaux de Méditerranée centrale, au large de la Sicile. Le navire s'appelle le Deliver. Il arbore un pavillon camerounais. Il vient de Primorsk, un port pétrolier situé dans le golfe de Finlande, sur la côte russe. L'équipe d'inspection monte à bord. Les documents sont vérifiés. Les doutes sur la régularité du pavillon se confirment.

Un signalement est aussitôt transmis au procureur de Marseille, compétent en matière maritime. Le procureur demande le déroutement du navire. Le Deliver est escorté par des unités de la marine nationale vers un point de mouillage pour la poursuite des vérifications. Il y sera retenu, comme ses prédécesseurs, au large de Fos-sur-Mer.

Ce jeudi 25 juin, Emmanuel Macron annonce l'opération sur X avec une phrase courte : nous ne laisserons pas la flotte fantôme contourner les sanctions et financer l'effort de guerre russe.

Qu'est-ce que la flotte fantôme russe

Depuis l'invasion de l'Ukraine en février 2022, les sanctions occidentales ont interdit aux entreprises européennes de transporter, assurer, financer ou faciliter le commerce du pétrole russe au-dessus d'un certain prix plafond fixé à 60 dollars le baril. Pour contourner ces sanctions, la Russie a progressivement constitué une flotte de pétroliers opérant dans l'ombre du système maritime international.

Ces navires fonctionnent selon le même modèle. Ils appartiennent à des sociétés opaques domiciliées dans des pays tiers. Ils arborent des pavillons de complaisance, camerounais, palaosien, togolais, gabon ou autre, louant leur nationalité à des armateurs qui ne souhaitent pas afficher leur lien avec la Russie. Ils coupent leurs transpondeurs AIS, les systèmes de localisation obligatoires, pour naviguer sans être tracés. Ils transbordent leur cargaison de navire à navire en pleine mer pour brouiller la traçabilité de l'origine.

« La Marine nationale a arraisonné mardi le pétrolier Deliver alors qu'il transitait au large de la Sicile en infraction avec le droit de la mer. Nous ne laisserons pas la flotte fantôme contourner les sanctions et financer l'effort de guerre russe. » Emmanuel Macron, sur X, 25 juin 2026.

L'Union européenne estime que la flotte fantôme russe compte entre 400 et 600 navires. Elle a généré des dizaines de milliards de dollars de recettes pétrolières pour Moscou depuis 2022, permettant à la Russie de maintenir son effort de guerre malgré les sanctions. C'est ce circuit financier que la France, le Royaume-Uni et leurs alliés cherchent à perturber en multipliant les arraisonnements.

Cinq arraisonnements en neuf mois : la chronologie Le Deliver est le cinquième pétrolier arraisonné par la France depuis septembre 2025. Le premier, le Boracay, avait été intercepté au large d'Ouessant, dans le Finistère, en septembre 2025. Le Grinch avait suivi en janvier 2026 en Méditerranée. Le Deyna avait été arrêté le 25 mars 2026 au large de Martigues. Le Tagor avait été intercepté le 31 mai 2026 en plein océan Atlantique, puis escorté jusqu'à la baie de Douarnenez, dans le Finistère.

Chaque opération a suivi le même protocole juridique. L'infraction invoquée est le défaut de pavillon régulier ou le refus d'obtempérer aux injonctions des autorités maritimes. Le parquet de Marseille, compétent pour les affaires maritimes, autorise le déroutement. Le navire est conduit vers un mouillage contrôlé pour vérification approfondie des documents, de la cargaison et de la chaîne de propriété.

En avril 2026, après l'arraisonnement du Deyna, la France a annoncé vouloir doubler les peines applicables aux infractions de défaut de pavillon et de refus d'obtempérer. Un signal clair envoyé aux armateurs qui continuent de louer leurs services à la flotte fantôme.

La réaction de Moscou et les enjeux diplomatiques

La Russie n'a pas accepté ces opérations en silence. Après l'arraisonnement du Tagor fin mai, Moscou avait dénoncé une opération qu'elle qualifiait de piraterie internationale. Le Cameroun, dont le pavillon était utilisé frauduleusement par le Tagor, avait de son côté fermement condamné cette utilisation de son pavillon à l'insu de ses autorités.

L'interception du Deliver a été menée en coopération étroite avec l'opération européenne Eunavfor Med Irini, déployée en Méditerranée, et avec le Royaume-Uni. Les Britanniques avaient de leur côté intercepté un pétrolier fantôme dans la Manche le 14 juin. La coordination franco-britannique sur ce dossier est l'une des plus visibles de la coopération militaire européenne dans le contexte de la guerre en Ukraine.

La ministre des Armées Catherine Vautrin a salué l'opération avec une formule directe. Enrayer l'économie de guerre russe, c'est couper les circuits qui financent l'agression contre l'Ukraine. Ce positionnement officiel inscrit clairement les arraisonnements non pas comme des opérations de police maritime ordinaires, mais comme des actes de guerre économique.

LES CINQ ARRAISONNEMENTS FRANÇAIS EN NEUF MOIS

Boracay : septembre 2025, au large d'Ouessant, Finistère.

Grinch : janvier 2026, en Méditerranée.

Deyna : 25 mars 2026, au large de Martigues. Retenu à Fos-sur-Mer.

Tagor : 31 mai 2026, océan Atlantique. Escorté jusqu'à la baie de Douarnenez, Finistère.

Deliver : 23 juin 2026, au large de la Sicile. Sous pavillon camerounais, en provenance de Primorsk, Russie. Escorté vers Fos-sur-Mer.

Opération menée en coopération avec Eunavfor Med Irini et le Royaume-Uni.

La flotte fantôme russe : entre 400 et 600 navires selon l'UE. Des dizaines de milliards de dollars de recettes pétrolières pour Moscou depuis 2022.

Moscou avait qualifié l'arraisonnement du Tagor de « piraterie internationale ».

Cinq pétroliers en neuf mois. C'est une campagne. Pas une opération ponctuelle. La marine nationale française s'est positionnée comme le bras maritime des sanctions européennes contre la Russie, dans des eaux qui vont d'Ouessant à la Sicile.

Chaque arraisonnement envoie un message à Moscou. Mais aussi aux armateurs qui continuent de louer leurs navires à la flotte fantôme. Le prix du contournement des sanctions monte. Il n'est pas encore assez élevé pour que la flotte s'arrête.

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