OVNIS : et si la France avait la réponse la plus sérieuse au monde ?
OVNIS : et si la France avait la réponse la plus sérieuse au monde ?
Avec le nouveau film de Steven Spielberg, le débat sur les soucoupes volantes et la vie extraterrestre déferle des États-Unis jusqu'à l'Église catholique. Le sujet, longtemps réservé aux marges, est devenu grand public. Mais loin du vacarme américain, la France possède un atout discret et unique au monde : un service d'État qui enquête, depuis près de cinquante ans, sur chaque lumière étrange dans le ciel - et dont les conclusions ont de quoi surprendre.
Le phénomène n'est plus tapi dans l'ombre des forums : il est en pleine lumière, à Hollywood comme à Washington. Avec son nouveau long-métrage, Steven Spielberg invite une fois encore le public à s'interroger sur l'existence d'une vie ailleurs - et sur ce qu'elle changerait à nos croyances. Mais le cinéaste est loin d'être le seul à s'emparer du sujet. Ces derniers mois, ce qu'on appelait autrefois « le paranormal » a fait irruption partout, des couloirs du pouvoir américain jusqu'aux débats de l'Église catholique. Aux États-Unis, le Pentagone a même rendu publics, au mois de mai, de vastes pans de ses archives sur le sujet - avec très peu d'explications, laissant chacun y projeter ses propres interprétations. Et c'est précisément là que la France a quelque chose à dire.
QUAND LE SUJET QUITTE LES MARGES
Pendant des décennies, parler de soucoupes volantes était l'apanage des passionnés et des amateurs de conspirations. Ce temps semble révolu. Le vocabulaire lui-même a changé : les autorités ne parlent plus d'« OVNIS » mais de « phénomènes aérospatiaux non identifiés » - PAN en français, UAP en anglais -, une formulation plus neutre qui évite de présupposer la présence d'un objet matériel là où il n'y a, souvent, qu'une lumière mal expliquée.
Ce glissement n'est pas qu'affaire de mots : il traduit une montée en respectabilité. Le sujet intéresse désormais autant les scénaristes que les scientifiques, autant les gouvernements que les théologiens. Car derrière la question « sommes-nous seuls ? » s'en cache une autre, vertigineuse : si nous ne le sommes pas, qu'advient-il de l'idée que l'humanité occupe une place unique dans l'univers ?
LE DÉBAT DES CROYANCES
Menace pour la foi, ou renfort inattendu ?
C'est tout l'objet du débat relancé par le film de Spielberg. Pour certains croyants - et certains non-croyants -, l'existence d'une vie sur d'autres planètes pourrait ébranler les religions, en compliquant l'idée que l'être humain est une création à part. D'autres soutiennent exactement l'inverse : que cette ouverture sur un cosmos peuplé est, au contraire, une bonne nouvelle pour le sentiment religieux, car elle porte un coup à une vision purement matérialiste et désenchantée du monde.
« La croyance aux OVNIS est l'une des meilleures choses qui soit arrivée à la religion depuis longtemps : c'est un coup porté à la vision matérialiste du monde. »
Diana Walsh Pasulka, spécialiste des religions (université de Caroline du Nord à Wilmington) Au sein même du christianisme, le sujet divise et inquiète : une partie des fidèles préfère se méfier de ces apparitions, qu'ils rangent du côté du spirituellement suspect plutôt que de l'astronomie. Le simple fait que de telles discussions traversent aujourd'hui les institutions religieuses dit assez le chemin parcouru par un sujet jadis cantonné à la science-fiction.
L'EXCEPTION FRANÇAISE : UN BUREAU D'ÉTAT POUR LES OVNIS C'est ici que la France se distingue de tous. Pendant que d'autres pays oscillent entre secret et sensationnalisme, elle dispose d'un service public unique au monde, chargé d'étudier froidement le phénomène. Son nom : le GEIPAN, pour Groupe d'études et d'informations sur les phénomènes aérospatiaux non identifiés. Basé à Toulouse et rattaché au CNES, l'agence spatiale française, il est tout sauf une fiction - même s'il a inspiré la série OVNI(s) diffusée sur Canal+.
Son histoire remonte à 1977, quand le directeur du CNES de l'époque, Yves Sillard, crée un premier groupe d'études. « C'était la vision du ministère de la Défense qu'il fallait avoir une parole officielle », explique son directeur actuel, Frédéric Courtade, en poste depuis janvier 2024. Sa mission, depuis bientôt cinquante ans : collecter, analyser et archiver les témoignages d'observations étranges dans le ciel - et, fait remarquable, publier l'intégralité de ses dossiers en accès libre sur son site officiel. La France met ainsi sur la place publique, en toute transparence, la totalité de ses signalements.
LES CHIFFRES QUI DÉSENFLENT LE MYSTÈRE
3 % d'inexpliqués, et c'est tout
C'est là que le travail du GEIPAN devient passionnant - et rafraîchissant. Chaque année, le service reçoit des centaines de signalements et mène plus d'une centaine d'enquêtes. Or, sur un peu plus de 3 200 cas recensés à la fin de 2025, le verdict est sans appel : les phénomènes réellement inexpliqués après enquête ne représentent qu'une infime minorité.
Le GEIPAN classe en effet chaque cas en quatre catégories : • Catégories A et B - phénomènes parfaitement ou probablement identifiés : 66 % des cas.
• Catégorie C - cas trop peu documentés pour conclure : 31 % des cas.
• Catégorie D - phénomènes non expliqués après enquête sérieuse : seulement 3 % des cas.
Autrement dit : l'immense majorité des « OVNIS » signalés sont des phénomènes courants, mais mal interprétés. La rentrée dans l'atmosphère de débris spatiaux laissant une traînée lumineuse, l'éclat changeant de la Station spatiale internationale ou d'un satellite, ou encore des lanternes thaïlandaises lâchées en groupe : voilà ce qui se cache, le plus souvent, derrière la « soucoupe ».
CAS D'ÉCOLE
Les « boules lumineuses » de Marseille
Un exemple résume à lui seul la méthode. À Marseille, un matin de décembre 2022, un témoin filme avec son téléphone d'étranges boules lumineuses qui apparaissent et disparaissent de façon anarchique au-dessus de la ville, et alerte le GEIPAN. Le film est étudié de près. La conclusion tombe : il s'agissait d'oiseaux - des goélands, probablement -, dont le dessous des ailes était éclairé par intermittence par les puissantes lumières du stade Vélodrome. Le mystère, une fois la donnée analysée, se dissout dans le rationnel. C'est précisément la vocation de ce service : non pas alimenter la légende, mais l'examiner.
Que retenir de ce grand retour des soucoupes volantes ? Que l'engouement mondial, porté par le cinéma et par l'ouverture de certaines archives, en dit sans doute plus long sur nos angoisses et nos espérances que sur le ciel lui-même. Face à ce vertige, la France offre une boussole précieuse et trop méconnue : un service scientifique qui, depuis près d'un demi-siècle, ne nie rien et n'exagère rien - il enquête, classe, et publie. Ses chiffres rappellent une vérité utile à l'heure des images virales : l'inexpliqué existe, mais il est rare, et l'écrasante majorité des mystères du ciel trouvent une explication terre à terre dès qu'on prend la peine de les étudier. Entre la crédulité et la moquerie, il y a une troisième voie - celle de la curiosité méthodique. C'est, au fond, la plus belle réponse qu'un pays puisse donner à la question : sommes-nous seuls ?



