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Présidentielle 2027 : la guerre invisible pour contrôler le vote des Français

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Présidentielle 2027 : la guerre invisible pour contrôler le vote des Français

2027 - la bataille pour l’esprit du votant français a déjà commencé Des sites d’information locale créés par des IA russes. Un Roumain inconnu devenu président grâce à TikTok. Des deepfakes de candidates françaises viraux sur les réseaux. 141 faux médias identifiés sur le territoire français. L’élection présidentielle de 2027 n’a pas encore de candidat officiel. Mais la guerre de l’information - elle - est déjà engagée.

GRAND REPORTAGE •  PRESIDENTIELLE 2027

Enquête  L’Appel - juin 2026 - D’après VIGINUM - IRSEM - Insikt Group - Assemblée nationale - RFI - Franceinfo - Euractiv - diplomatie.gouv.fr Il s’appelle sudouestdirect.fr. Ou actubretagne.fr. Ou ardennesinfolive.fr. Ou encore infosdupays.fr. Des noms qui ressemblent à des médias locaux sérieux. Des titres qui pourraient figurer dans la liste des journaux auxquels votre voisin fait confiance. Mais derrière ces adresses - pas de rédaction. Pas de journalistes. Pas de locaux. Des algorithmes - des serveurs - et un homme en exil à Moscou qui pilote depuis son appartement des campagnes de désinformation destinées à fragmenter la démocratie française.

La menace - documenter ce qu’on ne voit pas

141 faux médias français - et un ex-marine américain à Moscou

Le nom de John Mark Dougan n’est pas connu du grand public français. Il devrait l’être. Ancien shérif adjoint américain - reconverti en hacker - puis en agent d’influence pro-Kremlin - il est aujourd’hui installé à Moscou d’où il pilote le réseau CopyCop - identifié par les chercheurs d’Insikt Group de Recorded Future - selon une enquête de Franceinfo publiée en février 2026.

Ce réseau a créé des centaines de faux sites web de médias actifs en Occident. 141 d’entre eux ciblent la France. Ils se présentent comme des médias locaux. Ils ont des noms crédibles. Des logos professionnels. Des maquettes soignées. Et un contenu généré intégralement par intelligence artificielle - conçu pour exacerber la fragmentation politique et saper le soutien à l’Ukraine. Enquête de la cellule investigation de Radio France et NewsGuard - janvier 2025.

Les titres publiés par infosdupays.fr illustrent la stratégie : « LFI : un parti devenu une plaque tournante du radicalisme islamique ». « Le système corrompu de l’État profond français ». « Le Panthéon français : un théâtre de l’illusion ». Des contenus polémiques - soigneusement calibrés pour activer les fractures existantes - sans jamais inventer quelque chose de totalement faux.
« L’objectif est d’exacerber la fragmentation politique dans les pays occidentaux qui soutiennent l’Ukraine et de saper cette aide. »

- Insikt Group - Recorded Future - analyse du réseau CopyCop - février 2026

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La Chine - un écosystème parallèle et plus discret

Pendant que les Russes font du bruit - les Chinois avancent en silence. Dans un rapport publié le 15 octobre 2025 - l’Institut de recherche stratégique de l’École militaire (IRSEM) - centre de recherche du ministère des Armées - détaille un écosystème chinois similaire mais plus rafiné. L’expert Paul Charon y identifie - en collaboration avec les analystes de Tadaweb - des sites comme Provencedaily.com ou Friendlyparis.com : des portails de piètre qualité - truffés d’erreurs de traduction - mais qui poussent de façon coordonnée des contenus favorables à Pékin et à son allié russe.

Plus de 300 faux portails ont été créés entre février et juin 2025 uniquement - selon Recorded Future cité par Actu Niort. Ces sites sont aléatoirement diffusés via des campagnes payantes sur les réseaux sociaux - en ciblant les populations les plus susceptibles d’être réceptives à certains messages.

La leçon roumaine - quand TikTok fait un président

Cãlin Georgescu - de l’inconnité à la victoire en deux semaines

Le 24 novembre 2024 - la Roumanie vit un événement politique que personne n’avait prédit. Cãlin Georgescu - un candidat populiste d’extrême droite quasi inconnu - arrive en tête du premier tour des élections présidentielles. Devant le Premier ministre Marcel Ciolacu - grand favori des sondages.

Son secret n’est pas un programme économique. Ni une organisation partisane. C’est TikTok. Ses vidéos ont bénéficié - selon le Conseil suprême de défense nationale roumain - d’« une exposition massive du fait d’un traitement préférentiel » de la part de l’algorithme de la plateforme. Un think tank roumain a calculé que son niveau d’engagement sur TikTok défiait toutes les métriques normales. La cour constitutionnelle roumaine a ordonné la vérification du résultat. Le scrutin a été annulé. Mais le problème - lui - est resté entier.

VIGINUM - le service français de vigilance contre les ingérences numériques étrangères - a publié le 5 février 2025 un rapport spécifique analysant les méthodes utilisées sur TikTok lors de la présidentielle roumaine et évaluant le risque que des méthodes similaires soient utilisées en France. La conclusion est sans ambigüité : ce risque est réel - documenté - et présent.

« La Roumanie n’est pas une anomalie. C’est un laboratoire. Ce qui s’y est passé en 2024 peut se reproduire dans n’importe quelle démocratie qui n’a pas encore tiré les leçons. »

- Rapport VIGINUM - ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères - 5 février 2025

Les outils - la guerre numérique au concret

Les deepfakes - quand voir n’est plus croire

Lors de la campagne pour les élections européennes de juin 2024 - des comptes TikTok ont publié des vidéos deepfakes de membres de la famille Le Pen. La famille a déclaré n’être « pas très heureuse ». Le parti Reconquête a signalé les contenus à TikTok. Mais le modèrateur anonyme du compte avait qualifié cela d’« expérience sociale » « sans rien de politique » - selon Euractiv France.

Ce qui est troublant dans cet épisode n’est pas la vidéo elle-même. C’est la vitesse. Des comptes militants d’extrême droite l’ont partagée massivement sans mentionner qu’il s’agissait d’une parodie. Le mensonge a circulé plus vite que le démenti. Et les deux comptes TikTok concernés n’ont été supprimés qu’après que les dommages étaient faits.

D’ici 2027 - la technologie des deepfakes aura encore progressé. Il sera possible de générer une vidéo convaincante d’un candidat tenant des propos qu’il n’a jamais tenus - en quelques minutes - avec un téléphone ordinaire. Le délai de vérification par les journalistes est structurellement plus long que le délai de propagation virale. C’est là que réside le vrai problème.

L’opération CopyCop - la stratégie du média local

La stratégie du réseau CopyCop est d’une simplicité brutale. Elle ne crée pas de propagande évidente. Elle mime la presse locale. Un citoyen de Clermont-Ferrand qui tombe sur ardennesinfolive.fr ne voit pas un outil de désinformation russe. Il voit un journal local basé dans sa région. Avec des nouvelles de proximité. Des faits divers. Et entre deux, des articles soigneusement calibrés pour alimenter la défiance envers les institutions - les élites - l’Europe - et le soutien à l’Ukraine.

La sophistication de cette approche réside dans sa discrétion. Ces sites n’essayent pas de convaincre quelqu’un de voter pour un candidat spécifique. Ils essayent de dégradation l’environnement épistémique global. D’installer le doute. La lassitude. L’idée que « de toute façon - tout le monde ment ». Et un électeur qui croit que tout le monde ment est un électeur qui s’abstient - ou qui vote pour le candidat qui lui promet de tout casser.
« Ces campagnes de désinformation sont menées par des entreprises privées qui se présentent comme des agences de relations publiques - mais dont les mandats réels viennent de gouvernements étrangers. »

- Paul Charon - expert IRSEM - ministère français des Armées - rapport octobre 2025

La France - ses atouts et ses failles

VIGINUM - la sentinelle et ses limites

La France n’est pas désarmée. Depuis 2021 - VIGINUM - le Service de vigilance et de protection contre les ingérences numériques étrangères - rattaché au secrétariat général de la Défense nationale (SGDSN) - surveille les campagnes de manipulation en ligne. L’agence a déjà détecté et documenté plusieurs opérations d’ingérence : Matriochka - Storm-1516 - Overload.

Mais VIGINUM dispose de ressources limitées face à un adversaire qui peut déployer des centaines de sites en quelques mois avec des coûts marginaux. Et ses pouvoirs légaux s’arrêchent là où commence la liberté d’expression. Il peut signaler. Il peut alerter. Il ne peut pas supprimer.

Un rapport parlementaire présenté à l’Assemblée nationale le 4 juillet 2025 par la députée socialiste Marie Récalde - l’une des co-rapporteures - a alerté sur l’urgence. Il recommandait de créer « une véritable stratégie nationale d’influence » pour lutter contre la désinformation - en vue des municipales de 2026 et de la présidentielle de 2027. Le rapport formulait une trentaine de propositions. Il attend encore d’être pleinement mis en oeuvre.

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MacronLeaks 2017 - la leçon non apprise

Le cas de référence français s’appelle MacronLeaks. En mai 2017 - à quarante-huit heures du second tour - des hackers russes avaient publié sur Twitter des courriels et des faux documents volés aux ordinateurs de l’équipe de campagne d’Emmanuel Macron. L’opération avait en grande partie échoué - grâce à la rapidité des démentis et à la prudence des médias français face à des documents non vérifiés.

Mais le contexte de 2027 est différent à plusieurs titres. Les outils d’IA sont infiniment plus puissants. Les faux documents peuvent être rendus indiscernables des vrais. Et la vitesse de circulation sur TikTok - Instagram et X est sans commune mesure avec celle de Twitter en 2017. En 2027 - quarante-huit heures de propagation peuvent produire des dommages irréversibles.

Le facteur sondages - et l’environnement politique de 2027

Bardella à 34 % - une cible à construire et à détruire

La situation politique française de juin 2026 crée un contexte spécifique pour les ingérences potentielles. Jordan Bardella émerge comme le grand favori des sondages du premier tour - avec entre 33 et 36 % des intentions de vote selon les enquêtes Ipsos et Ifop de mai 2026. Marine Le Pen - condamnée en mars 2025 pour détournement de fonds publics - a été déclarée inéligible jusqu’en 2030 en première instance.

Ce paysage crée des cibles multiples pour les ingérences. Des acteurs pro-Kremlin pourraient chercher à amplifier les chances de Bardella - percu comme plus favorable à Moscou. Des acteurs chinois pourraient viser à affaiblir les candidats pro-européens. Et des acteurs intérieurs - via des stratégies amplifées par l’IA - pourraient chercher à influencer le jeu interne.

« C’est un «enjeu crucial». La désinformation n’a fait que s’amplifier ces dernières années - avec le développement des réseaux sociaux et de nouvelles techniques comme l’intelligence artificielle générative. »

- Marie Récalde - députée socialiste - co-rapporteures du rapport sur les ingérences étrangères - Assemblée nationale - juillet 2025

Les questions que ce reportage ne peut pas trancher

Le votant français est-il encore libre de choisir ?

La question est inconfortable. Pas parce qu’elle impliquerait que les Français seraient naïfs. Mais parce que personne - ni les chercheurs - ni les services de renseignement - ni les plateformes elles-mêmes - n’est en mesure de mesurer avec précision l’impact réel des campagnes de désinformation sur les comportements électoraux.

Ce que les études montrent - c’est que les réseaux sociaux créent des « chambres d’écho » : des espaces où les algorithmes amplifient les contenus avec lesquels l’utilisateur est déjà en accord. Ce n’est pas l’ingérence qui change les esprits. C’est l’ingérence qui ancre et radicalise des convictions préexistantes. La nuance est cruciale - et souvent absente du débat public.

Ce que la Roumanie a démontré - c’est qu’une amplification algorithmique suffisamment massive peut transformer une inconnité en premier de sondage en quelques semaines. Non en fabriquant de fausses opinions - mais en rendant visible et légitime une opinion qui existait déjà dans une frange de la population mais restait marginalée. C’est une machine à démarginaliser. Et c’est exactement pour ça qu’elle est dangereuse.

L'APPELCE QUE L’ON SAIT - LES FAITS DOCUMENTÉS AU 14 JUIN 2026141 ▸ faux sites d’information locale ciblant la France identifiés par Insikt Group et IRSEM (-)300 ▸ Plus de faux portails créés entre février et juin - Recorded Future▸ Réseau CopyCop piloté depuis Moscou par John Mark Dougan (ex-marine américain)1516 ▸ Opérations identifiées par VIGINUM : Matriochka - Storm-- Overload2025 ▸ VIGINUM publie en février un rapport sur le risque roumain appliqué à la France2025 ▸ Rapport parlementaire juillet : propositions pour une stratégie nationale d’influence2024 ▸ Roumanie : annulation du scrutin après la victoire d’un candidat amplifié par TikTok2017 ▸ MacronLeaks : vol de courriels de campagne par des hackers russes - impact limité grâce aux médias2024 ▸ Deepfakes de la famille Le Pen virés viraux lors des européennes - comptes TikTok supprimés après diffusion34 %▸ Bardella en tête des sondages à (Ipsos - mai ) - environ mois avant le premier tour2023 ▸ Le Parlement européen a adopté en juin une résolution sur les ingérences : voix pour La prochaine élection présidentielle française se tiendra en avril Elle opposera des candidats qui ne sont pas encore tous désignés - dans un contexte politique fragmenté et une opinion publique profondément défianTE. Pour les ingéreurs étrangers - c’est le terrain idéal. Un pays électoral incertain - une population épuisée par les crises successives - et des outils numériques plus puissants que jamais. La question n’est pas de savoir si des ingérences auront lieu en Elles ont déjà commencé. La question est de savoir si les Français le sauront à temps.15 juin 2026 · lappelfrance.fr

L’Appel — lappelfrance.fr │ Besançon, France │ juin 2026

Par la rédaction de L’APPEL - GRAND REPORTAGE · L'Appel
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