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Elles ont parlé – et on leur a fait payer

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Elles ont parlé – et on leur a fait payer

ENQUETE • JUSTICE • ÉTATS-UNIS • AFFAIRE EPSTEIN

Elles ont brisé le silence sur Jeffrey Epstein. Puis le ministère américain de la Justice a publié leurs noms - leurs adresses - leurs dates de naissance - sans les prévenir. Vingt-trois femmes vivent aujourd’hui sous menaces. L’une dort avec une arme chargée sur sa table de nuit. Une autre n’ose plus sortir seule.

Par la Rédaction L’Appel - 11 juin 2026 - D’après l’enquête Reuters du 8 juin 2026

Marina Lacerda avait 14 ans quand Jeffrey Epstein l’a agressée sexuellement. Elle a mis des années à parler. Quand elle l’a fait - en septembre 2025 - lors d’une conférence de presse réclamant la publication des dossiers Epstein - la première réaction d’un inconnu sur YouTube a été de écrire : « She’ll be unalived. Elle aurait vraiment dû se taire. RIP. » Aujourd’hui - Marina Lacerda vit dans une résidence fermée et dort avec un pistolet chargé sur sa table de nuit.

Trois millions de pages - et 177 noms exposés

Le 30 janvier 2026 - le ministère américain de la Justice publie plus de trois millions de pages - deux mille vidéos et cent quatre-vingt mille images liés aux enquêtes sur Jeffrey Epstein. Le procédé est présenté comme un acte de transparence. Il se révèle être - pour des dizaines de victimes - une catastrophe personnelle.

Dans au moins 6 250 cas distincts - selon Brittany Henderson - avocate floridienne qui représente au moins 250 victimes d’Epstein - des noms - adresses - numéros de téléphone - dates de naissance et photos apparaissent sans caviardage dans les documents mis en ligne. Au moins 177 femmes sont exposées - certaines de manière répétée dans plusieurs documents distincts. Le ministère de la Justice avait indiqué dans une lettre adressée en février aux juges supervisant les affaires Epstein et Maxwell avoir retiré « plusieurs milliers de documents » contenant des informations susceptibles d’identifier des victimes.

Mais le retrait - selon l’enquête de Reuters publiée le 8 juin 2026 - n’a pas été immédiat. Dans plusieurs cas documentés - des informations personnelles sont restées visibles des semaines - parfois des mois après que les avocates des victimes avaient signalé les erreurs au ministère.

« Ça met les survivantes dans un état de dévastation. Je suis toujours beaucoup plus prudente maintenant - je regarde constamment par-dessus mon épaule. »

- Danielle Bensky - ancienne danseuse - victime d’Epstein - Reuters - 8 juin 2026

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Danielle - le message de Nouveau-Mexique

Danielle Bensky avait 17 ans en 2004 - aspirante balleré dans une école des arts du spectacle de New York - quand elle dit avoir été invitée au manoir d’Epstein à Manhattan pour travailler comme masseuse rémunérée. Lorsqu’elle lui a dit que sa mère avait été diagnostiquée d’une tumeur au cerveau - Epstein l’a menacée d’utiliser ses relations avec les hôpitaux new-yorkais pour interférer avec les soins de sa mère si elle ne se soumettait pas à ses exigences sexuelles. Elle dit avoir pris la menace au sérieux - et être revenue pendant environ un an.

Bensky avait choisi l’anonymat pendant des années. En avril 2021 - elle s’est identifiée publiquement comme victime. Mais c’est la publication des dossiers du ministère de la Justice qui a déclenché les menaces violentes - rapporte Reuters. En décembre 2025 - son prénom et numéro de téléphone apparaissent dans un document. En janvier 2026 - un autre document liste son nom complet - sa date de naissance - son numéro de téléphone - et ses adresses personnelle et professionnelle. Ce document est resté en ligne environ trois jours.

En février - en allant chercher son fils à l’école - elle reçoit un message Facebook d’un homme du Nouveau-Mexique dont la page affichait des photos de lui tenant un fusil d’assaut. Le message était une menace de mort explicite - rapporte Reuters dans son enquête. Sa première pensée en le lisant : son fils. « Je veux juste m’assurer qu’il est en sécurité. »

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Maria Farmer - trente ans de silence - puis trente ans de haine

L’histoire de Maria Farmer commence en 1995 - quand elle rencontre Epstein lors d’une exposition d’art à New York. Il lui achète un tableau - lui propose d’aider sa carrière. L’année suivante - il l’embauche comme acquéreuse d’art. Et lors d’un déplacement professionnel en Ohio en 1996 - elle dit qu’Epstein et Ghislaine Maxwell l’ont entraînée dans une chambre et l’ont agressée sexuellement. Sa sœur cadette Annie - 15 ans - aurait également été abusée par Epstein au Nouveau-Mexique.

En septembre 1996 - Maria Farmer signale les faits au Département de police de New York et au FBI. Elle avertit les agents d’un système plus large impliquant des mineurs qu’elle dit avoir observé dans le manoir d’Epstein. Selon le récit de Farmer à Reuters - l’agent du FBI a raccroché en plein appel. Aucune enquête substantielle n’a été ouverte. Epstein et Maxwell l’auraient menacée de mort si elle reparlait à la police.

Elle a quitté New York - changé de nom - déménagé plusieurs fois. En 2019 - elle a déposé un affidavit public détaillant ses accusations. Et ce qu’elle a reçu en retour - dit-elle à Reuters - a été « si cruel et accablant » qu’elle a envisagé de mettre fin à ses jours. « Qui pourrait survivre à l’absurdité d’être la lanceuse d’alerte d’une affaire - pour se retrouver ensuite accusée des crimes que vous avez dénoncés ? »
« J’ai souhaité ne plus avoir à vivre. Qui pourrait survivre à l’absurdité d’être la lanceuse d’alerte d’une affaire - pour se retrouver ensuite blâmée pour les crimes que vous avez dénoncés ? »

- Maria Farmer - victime d’Epstein depuis 1996 - Reuters - 8 juin 2026 En février 2026 - après qu’une photo de sa maison a été partagée sur X - Maria Farmer a déménagé à nouveau. Elle ne sort de son nouveau domicile qu’une fois par semaine. Jamais seule. Avec un chapeau et des lunettes de soleil. En scrutant son environnement avant de bouger.

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Ce que les dossiers ont déclenché - au-delà des victimes

La publication des dossiers Epstein n’a pas seulement exposé les victimes. Elle a provoqué une série de conséquences politiques et judiciaires qui ont ébranlé des institutions de part et d’autre de l’Atlantique.

Le 18 février 2026 - Andrew Mountbatten-Windsor - ancien prince Andrew - est arrêté à Sandringham pour « présomption de faute dans l’exercice de fonctions publiques ». Les documents déclassés montrent qu’il aurait transmis à Epstein des rapports confidentiels liés à ses fonctions d’envoyé commercial britannique en 2010 et 2011. Le roi Charles III déclare que « la loi doit suivre son cours » et que la famille royale apporte « son soutien total et entier » aux autorités. Andrew Mountbatten-Windsor a été relâché sous enquête.
Aux États-Unis - Pam Bondi - la procureure générale nommée par Trump - reconnaît devant le Congrès le 29 mai 2026 « des erreurs de caviardage ». Elle précise avoir délégué la responsabilité de la publication des documents à son adjoint Todd Blanche. Trump la renvoie en avril 2026. Blanche - devenu procureur général par intérim - déclare le 19 mai devant une commission du Congrès : « Chaque fois que nous divulguons le nom d’une victime qui ne devrait pas l’être - nous avons failli en tant que Département de justice. »

CHRONOLOGIE DES ÉVÉNEMENTS - DOSSIERS EPSTEIN - DÉCEMBRE 2025 À JUIN 2026 ▸ Déc. 2025 : première publication de documents - noms de victimes exposés sans caviardage ▸ 21 jan. 2026 : la commission de surveillance du Congrès vote pour citer à comparaitre les Clinton ▸ 30 jan. 2026 : +3 millions de pages - 2 000 vidéos - 180 000 images publiés par le DOJ ▸ 18 fév. 2026 : arrestation d’Andrew Mountbatten-Windsor à Sandringham - relâché sous enquête ▸ 26-27 fév. 2026 : Hillary puis Bill Clinton témoignent à huis clos - Hillary dit n’avoir jamais rencontré Epstein ▸ 27 mars 2026 : action collective contre le DOJ et Google pour divulgation illicite des informations de victimes ▸ 2 avr. 2026 : renvoi de Pam Bondi par Trump

▸ 19 mai 2026 : Todd Blanche reconnaît les « échecs » du DOJ devant le Congrès
▸ 29 mai 2026 : Bondi témoigne sur le Capitole - reconnaît les « erreurs de caviardage »

▸ 8 juin 2026 : Reuters publie l’enquête sur les 23 victimes sous menaces depuis la publication des dossiers

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Un recours collectif contre le DOJ et Google

En mars 2026 - une victime dont l’identité reste protégée en justice dépose un recours collectif en droit fédéral contre le ministère américain de la Justice et contre Google. La plainte allègue que le DOJ a « exposé environ 100 survivantes » en violation du Privacy Act de 1974 - qui interdit la divulgation d’informations personnelles sans consentement. Google - accusé d’avoir indexé et rendu ces données « accessibles de manière permanente » - est cité aux côtés du gouvernement fédéral. La plainte réclame le retrait immédiat des données et au moins mille dollars de dommages par victime auprès du gouvernement fédéral. Ni le DOJ ni Google n’ont répondu formellement aux allégations en justice.
« Aucune victime ne devrait faire face à du harcèlement - des menaces ou de l’intimidation après s’être manifestée. »

- Natalie Baldassarre - porte-parole du ministère américain de la Justice - juin 2026

Ce que les chiffres ne disent pas

L’enquête de Reuters - la plus complète réalisée à ce jour sur ce sujet - dénombre 23 victimes d’Epstein ayant subi menaces - harcèlement et intimidation depuis qu’elles ont parlé. Au moins dix d’entre elles ont acquis des armes - pistolets - Tasers - sprays au poivre ou couteaux - ou font appel à de la sécurité armée. Quatre ont signalé des menaces à la police - sans qu’aucune n’aboutisse à des poursuites.

Les motivations de ceux qui s’en prennent à ces femmes vont du rejet des victimes aux théories du complot. Certaines ont été attaquées parce qu’elles votaient pour Trump. D’autres parce qu’elles le critiquaient. Certaines ont été accusées d’être des « prostituées » cherchant l’argent. Celles originaires de Russie ou d’Europe de l’Est ont été traitées d’espionnes. Celles qui avaient 18 ans ou plus au moment des faits se voient dire que leurs accusations « sont faibles ». Et même celles qui étaient mineures se font reprocher de n’avoir « pas compris les risques ».

Dans le même temps - ces femmes ont reçu un soutien considérable. Des groupes de défense des droits des femmes - des élus des deux partis américains - des centaines de milliers de personnes qui reconnaissent leur courage d’avoir forcé la mise en lumière d’abus longtemps enterrés.

Marina Lacerda dit qu’elle « adore absolument avoir brisé son silence ». Mais les conséquences - dit-elle - c’est « juste de la paranoïa ». Pour que cette paranoïa ait un sens - il faut comprendre ce qu’elle représente : non pas l’échec d’une femme à s’adapter - mais l’échec d’une institution à la protéger après l’avoir exposée.

Note éditoriale — Ce reportage est basé sur l’enquête de Reuters publiée le 8 juin 2026 par Mike Spector et Linda So - la plus complète à ce jour sur ce sujet. Les faits complémentaires sont issus de : Britannica - frise chronologique des dossiers Epstein (mise à jour juin 2026) - CNN Politics (février 2026) - NBC News (mars 2026) - Business Insider et AOL (février 2026) sur l’arrestation d’Andrew Mountbatten-Windsor. Reuters précise avoir vérifié les allégations des 23 victimes par des documents judiciaires - policiers ou des fonds d’indemnisation approuvés par les tribunaux. Toutes les personnes citées bénéficient de la présomption d’innocence pour les faits non jugés. Jeffrey Epstein est décédé en 2019 avant tout jugement sur les charges fédérales. Ghislaine Maxwell a été condamnée en 2021 à 20 ans de prison.

L’Appel — lappelfrance.fr │ Besançon, France │ 11 juin 2026

L'Appel
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