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GUERRE & GÉOPOLITIQUE Cent jours de feu au Moyen-Orient

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GUERRE & GÉOPOLITIQUE Cent jours de feu au Moyen-Orient

Du 28 février 2026 - quand les B-2 Spirit américains décollèrent sous le couvert de la nuit - jusqu’aux missiles qui s’abattirent sur Beyrouth ce dimanche 7 juin, le Moyen-Orient a traversé la guerre la plus déstabilisatrice depuis des décennies. Un récit de la catastrophe annoncée.

Du 28 février 2026 - quand les B-2 Spirit américains décollèrent sous le couvert de la nuit - jusqu’aux missiles qui s’abattirent sur Beyrouth ce dimanche 7 juin, le Moyen-Orient a traversé la guerre la plus déstabilisatrice depuis des décennies. Un récit de la catastrophe annoncée.

Un samedi matin. Téhéran dort encore. À 5 heures du matin, heure locale, la ville est traversée par une série d’explosions qui font trembler les vitres jusqu’au nord de la capitale. Dans la rue Pasteur, au cœur de Téhéran, le complexe résidentiel de l’ayatollah Ali Khamenei vient d’être pulvérisé par une frappe directe. Trente-cinq ans de pouvoir absolu s’éteignent sous les décombres.

Le jour où tout a basculé - 28 février 2026

Il y avait des semaines que Washington menaçait. Des semaines que Donald Trump, depuis le Bureau ovale ou depuis les pelouses de ses clubs de golf, lançait ses ultimatums à Téhéran comme on jette des dés. « Soit vous faites un accord, soit nous réglons le problème autrement. » Personne ne savait exactement ce que signifiait « autrement ». Le 28 février 2026 à l’aube, le monde l’apprit.
L’opération porta deux noms, selon la bannière sous laquelle on combattait : du côté israélien, « Lion Rugissant » ; du côté américain, « Fureur Épique ». Les bombardiers furtifs B-2 Spirit, ces engins fantômes qui avalent la distance comme le temps avale les illusions, s’étaient envolés bien avant l’aube. Dans leur soute : des bombes anti-bunker GBU-57 capables de perforer 60 mètres de roche avant d’exploser, et des missiles de croisière Tomahawk programmés pour des adresses précises. Natanz. Fordo. Ispahan. Le complexe militaire de Parchin. Le ministère du Renseignement. Et, cible suprême parmi les suprêmes : les bureaux de Khamenei dans la rue Pasteur.

Selon le New York Times qui publiait des images satellite dès le lendemain, le complexe résidentiel fortifié du Guide suprême était entièrement détruit - des bâtiments effondrés sur eux-mêmes comme des châteaux de cartes. La frappe avait été planifiée des mois à l’avance, construite autour d’une fenêtre d’opportunité précise : neutraliser le maximum de responsables du régime réunis au même endroit.

Le 1er mars à 5 heures du matin, heure locale, les médias d’État iraniens confirmèrent l’irréparable : Ali Khamenei, Guide suprême de la République islamique depuis 1989, était mort. Cinq victimes dans la frappe ciblée, dont lui.

“ Nous avons transporté au moins huit corps aux hôpitaux civils de Karachi. Vingt autres personnes ont été blessées. ” - Muhammad Amin, porte-parole de la Fondation Edhi, Karachi - AFP, 1er mars 2026

Les représailles iraniennes ne se firent pas attendre. Dans les heures qui suivirent, l’opération « Promesse Honnête 4 » - quatrième du nom dans une série de ripostes qui jalonnaient les dernières années du conflit irano-israélien - déferla sur la région comme une vague. Des missiles et des drones iraniens frappèrent simultanément des bases militaires américaines au Koweït, au Qatar, à Bahreïn, aux Émirats arabes unis. À Dubaï, le consulat américain fut atteint par un drone, provoquant un incendie spectaculaire. Ryad, Abou Dhabi, Doha, Koweït-Ville, Manama - dans dix capitales et grandes villes du Golfe, les explosions se succédèrent. Des dizaines d’espaces aériens fermèrent. Des centaines de vols furent annulés.
Le bilan humain, au terme des premières vingt-quatre heures, se résumait en un chiffre abstrait que les correspondants de guerre peinent toujours à habiller de chair et d’os : « plusieurs centaines de morts ». Des milliers de blessés. Plus de dix pays touchés. Le Grand Continent, dans une analyse publiée dès le 1er mars, y vit « la plus grande perturbation de l’ordre régional depuis la guerre du Golfe de 1991 ».

Un front qui n’en finit pas de s’élargir

Beyrouth - ville de toutes les résurrections, ville de toutes les cicatrices - fut la première à payer le prix du débordement. Dans la nuit du 1er au 2 mars, en réponse à l’assassinat de Khamenei, le Hezbollah lança des salves de roquettes et de drones vers le nord d’Israël, déclenchant les sirènes à Haïfa et dans toute la Haute-Galilée. Israël riposta. Le cycle infernal se remit en marche.

Le 5 mars 2026, l’armée israélienne publia un ordre d’évacuation d’une brutalité inédite : toute la Dahiyeh - la banlieue sud de Beyrouth, fief traditionnel du Hezbollah, quartier où des centaines de milliers de familles libanaises ordinaires avaient reconstruit leur vie après les guerres précédentes - devait être vidée dans les heures suivantes. Des colonnes de fumée s’élevèrent sur les toits. Des familles entières prirent les routes dans la nuit froide de mars, bébés dans les bras, valises à moitié remplies, l’incrédulité peinte sur les visages. « Certains dormaient dans la rue avec des couvertures, d’autres avaient des tentes », rapportait le Los Angeles Times depuis Beyrouth. L’IDF déclara avoir attaqué plus de 500 cibles au Liban en une seule journée, tuant plus de 70 membres du Hezbollah.
Le 28 mars, les Houthis du Yémen - qui avaient marqué une pause depuis le cessez-le-feu à Gaza - rejoignirent la danse, lançant des missiles balistiques vers Beersheba avant de cibler Eilat. L’axe de résistance, affaibli mais pas brisé, tentait de montrer qu’il existait encore. Israël en profitait, selon des responsables occidentaux interrogés par Reuters, pour ne rien lâcher au Liban malgré les appels répétés de Trump à « lever le pied ».

LES GRANDES PHASES DU CONFLIT

▸ 13 juin 2025 : opération Rising Lion - Israël frappe le programme nucléaire iranien ▸ 22 juin 2025 : opération Midnight Hammer - bombardiers B-2 américains sur Natanz, Fordo, Ispahan ▸ 28 fév. 2026 : opération Lion Rugissant (Israël) + Fureur Épique (USA) - décapitation du régime ▸ 28 fév. 2026 : mort de Khamenei - 5 victimes dans la frappe ciblée, Téhéran ▸ 1er-5 mars 2026 : ripostes iraniennes massives - dix pays du Golfe touchés ▸ 5 mars 2026 : ordre d’évacuation de la Dahiyeh, Beyrouth ▸ 28 mars 2026 : entrée des Houthis du Yémen dans le conflit ▸ 8 avril 2026 : cessez-le-feu sous médiation pakistanaise

▸ 8 avril 2026 : Israël lance ses « attaques les plus puissantes » sur le Liban (357 morts)

▸ 7 juin 2026 : nouvelle salve de missiles iraniens sur Israël après Beyrouth

Le détroit qui étrangla le monde

Il existe, à l’entrée du Golfe Persique, un goulot d’étranglement que les géographes mesurent à 54 kilomètres dans sa partie la plus étroite. Le détroit d’Ormuz. Chaque jour, quelque vingt millions de barils de pétrole le franchissent - soit 20 % de la production mondiale d’hydrocarbures. Et, depuis début mars 2026, ces eaux ne ressemblaient plus à un passage. Elles ressemblaient à un piège.

L’Iran avait compris, bien avant que la guerre ne commence, que ses missiles et ses drones ne lui suffiraient pas à contenir l’écrasante supériorité militaire américano-israélienne. Mais le détroit d’Ormuz - lui - était une arme d’un autre calibre. Ebrahim Jabari, conseiller du commandant en chef des Gardiens de la Révolution, lança l’avertissement par voie de presse : « Tout navire tentant de traverser le détroit s’exposera à des attaques de la marine iranienne. » Ce n’était pas une hyperbole.
En quelques jours, le trafic maritime dans le détroit s’effondra quasi totalement. Les assureurs - ces sentinelles froides du commerce mondial qui calculent le risque avant toute chose - refusèrent de couvrir les traversées. Les pétroliers restèrent à l’ancre. Les tankers de GNL qatari, qui alimentaient une partie significative de l’Europe en gaz naturel liquéfié, ne bougèrent plus. L’Agence internationale de l’énergie (AIE) qualifia la situation de « plus grande perturbation de l’approvisionnement de l’histoire du marché pétrolier mondial ».

“ En quelques jours, une décision militaire est devenue un choc économique planétaire. Résultat concret : une hausse de 30 % du coût de l’énergie pour les particuliers et les entreprises. ”

- Groupe Sarro - Analyse marchés, avril 2026

Les chiffres racontaient l’histoire mieux que n’importe quel discours. Le 23 février 2026 - cinq jours avant les frappes - le baril de Brent se négociait à 71,49 dollars. Le 2 mars, il bondissait de 10 à 13 % pour atteindre 80 à 82 dollars. Début avril, le cours approchait les 110 dollars - une hausse de plus de 50 % depuis le début du conflit.

Trump menaçait de frapper « des centrales électriques et des ponts » en Iran si le détroit ne rouvrait pas. L’ONU alertait sur un risque de crise alimentaire massive si le blocus des engrais - dont une part majeure de la production mondiale transite par Ormuz - se prolongeait.

L’Europe, qui s’était cru protégée par la distance, reçut le choc de plein fouet. La suspension des livraisons de GNL qatari combinée à la fermeture du détroit provoqua une crise énergétique en cascade. La France, l’Allemagne, l’Italie se trouvèrent à devoir puiser dans leurs réserves stratégiques.

Le gouvernement japonais, de son côté, mobilisa 80 millions de barils de ses stocks - l’équivalent de quinze jours de consommation intérieure - dès le 16 mars. Les économistes évoquèrent le spectre de la stagflation. Le mot « récession » fit sa réapparition dans les colonnes du Financial Times.

L’IMPACT ÉCONOMIQUE DU CONFLIT

▸ Prix du baril Brent avant guerre (23 fév.) : 71,49 dollars ▸ Prix du baril début mars : 80-82 dollars (+13 %) ▸ Prix du baril début avril : ~110 dollars (+54 % en 5 semaines) ▸ Détroit d’Ormuz : 20 % du pétrole mondial, quasi-totalité du GNL qatari ▸ Coût de l’énergie pour ménages et entreprises : +30 % (Groupe Sarro, avril 2026) ▸ Japon : mobilisation de 80 M de barils de réserves stratégiques (16 mars 2026) ▸ ONU : risque de crise alimentaire mondiale par manque d’engrais (blocus Ormuz) ▸ Europe : crise énergétique structurelle, spectre de récession et stagflation

Islamabad, ou les négociations de l’impossible

Il faut imaginer la scène. Islamabad, début avril 2026. Dans un hôtel de luxe dont le gouvernement pakistanais refusait de divulguer le nom, deux délégations occupaient des ailes séparées du bâtiment. D’un côté, des diplomates américains conduits par l’envoyé spécial Steve Witkoff - homme de confiance de Trump, aux méthodes plus proches du marchandage immobilier que de la chancellerie classique.

De l’autre, des Iraniens dont le principal porte-voix était le président du Parlement, Mohammad Bagher Qalibaf - homme fort de la nouvelle scène politique téhéranaise depuis la mort de Khamenei. Entre les deux couloirs : des médiateurs pakistanais faisant la navette, porteurs de propositions et de contre-propositions, dans ce ballet diplomatique millénaire que l’on appelle diplomatie de couloir.

Le cessez-le-feu du 8 avril 2026 - négocié en dix points par l’Iran, accepté dans son principe par Washington - n’avait apporté ni la paix ni même le silence. Dès le jour de sa proclamation, Israël lançait ce que l’IDF elle-même qualifiait de ses « attaques les plus puissantes » sur le Liban : 357 morts en une journée, 1 223 blessés. Le cessez-le-feu sur le front iranien ne concernait pas le front libanais - c’est du moins la lecture qu’en faisait Tel-Aviv.
Trump, lui, naviguait entre les contradictions avec la désinvolture d’un homme qui croit que tout problème a une solution commerciale. « Nous sommes très proches d’un accord, ou je vais les bombarder jusqu’à l’os », déclarait-il à NBC News le vendredi 6 juin - interview enregistrée depuis son golf du New Jersey. « Vous avez lancé vos missiles. C’est assez.
Revenez à la table et concluez un accord », lançait-il à l’Iran après la nouvelle salve du 7 juin. Et à Netanyahou, qu’il avait apostrophé au téléphone avec des obscénités la semaine précédente : « Je ne suis pas content de ce qui s’est passé. »

“ Il est exact de dire que nous sommes parvenus à une conclusion sur une grande partie des questions en discussion. Mais nous ne conclurons pas un mauvais accord. ” - Esmaïl Baghaï, porte-parole des Affaires étrangères iraniennes - Téhéran, mai 2026

Les lignes de fracture restaient abyssales. Washington exigeait la fin totale du programme nucléaire iranien. Téhéran refusait même d’en faire un sujet de discussion immédiate. L’Iran voulait la levée de toutes les sanctions, la reconnaissance de son influence sur le détroit d’Ormuz - voire un droit de péage formalisé en co-entreprise, idée que Trump avait d’abord approuvée avant de faire volte-face - et la restitution de milliards de dollars d’avoirs gelés. Une source proche des négociations citée par Reuters indiquait que Washington envisageait de rendre les avoirs iraniens disponibles aux voisins du Golfe pour réparer les dégâts causés par les frappes iraniennes. L’Iran qualifiait cette idée d’« illégale ».

Les visages de la guerre

Dans les guerres, les chiffres finissent par anesthésier. Il faut des visages. Il y a Oum Khalil - nom fictif donné à une famille réelle par le correspondant du Los Angeles Times - cette femme de 54 ans photographiée le 5 mars 2026 dans les rues de la Dahiyeh, un enfant dans les bras, une valise à moitié pleine à ses pieds, regardant par-dessus son épaule les colonnes de fumée qui montaient de son immeuble. Elle avait reconstruit sa vie dans ce quartier après la guerre de 2006. Elle repartait à zéro pour la troisième fois.

Il y a le général de brigade Wissam Sabra, officier supérieur de l’armée libanaise - pas du Hezbollah, de l’armée régulière libanaise - tué le samedi 6 juin dans une frappe sur son véhicule dans le sud du Liban. Le lendemain, ses funérailles militaires avaient lieu à Beyrouth pendant qu’Israël bombardait la Dahiyeh. La dualité macabre d’une ville qui enterre et qui brûle en même temps.

Il y a les neuf civils de Beit Shemesh - cette ville à trente kilomètres de Jérusalem - tués le 1er mars 2026 quand un missile iranien frappa leur synagogue de plein fouet. Parmi eux, trois enfants. Beit Shemesh n’était pas une cible militaire. C’était un abri de fortune.

Il y a enfin Mohammed Amin, porte-parole du service de secours de la Fondation Edhi à Karachi, qui déclarait à l’AFP avoir « transporté au moins huit corps » vers les hôpitaux civils de la ville après que des manifestants anti-américains avaient escaladé le consulat des États-Unis. Des jeunes gens morts dans une ville qui n’était pas en guerre, victimes d’une colère qui débordait de frontières que les bombes avaient abolies.

“ 72,5 % des Israéliens estimaient, avant la guerre, que leurs systèmes de défense aérienne étaient suffisants. Ce chiffre avait commencé à douter de lui-même dès les premières semaines. ” - Sondage INSS, Institut pour les études de sécurité nationale d’Israël - mars 2026

Ce que cette guerre a changé - et ce qu’elle n’a pas résolu

Le bilan stratégique de ces cent jours de feu est à la fois éclatant et dérisoire. Éclatant : le régime de Khamenei a été décapité. Son fils Mojtaba - personnage jusqu’alors dans l’ombre, évoqué depuis des années comme successeur potentiel - a pris le titre de Guide suprême. Le programme nucléaire iranien a subi des dommages significatifs sur les sites de Natanz, Fordo et Ispahan. Les capacités militaires du Hezbollah ont été sévèrement dégradées.

Dérisoire : l’Iran n’a pas été anéanti. Il n’a pas capitulé. Il négocie. Et il négocie depuis une position de force paradoxale - celle d’un pays qui tient en otage 20 % du pétrole mondial dans un goulot de 54 kilomètres. Le détroit d’Ormuz reste, au 7 juin 2026, une zone de tensions malgré les cessez-le-feu successifs. Les marchés restent volatils. Les assureurs restent méfiants. La crise énergétique reste « structurelle » selon les Clés du Moyen-Orient - pas conjoncturelle, pas temporaire, structurelle.
Quant à la question nucléaire - la raison officielle de tout ceci - elle demeure entière. L’accord de 2015 que Trump avait lui-même déchiré en 2018 était censé empêcher l’Iran d’accéder à l’arme atomique. Dix ans plus tard, une guerre a été lancée pour en finir avec ce programme. Et les négociations qui suivent piétinent précisément sur ce point : Trump veut « mieux que 2015 ». L’Iran ne veut pas aborder le sujet maintenant.

Pendant ce temps, ce dimanche 7 juin 2026, à Beyrouth, les habitants de la Dahiyeh regardent à nouveau les fumées monter dans le ciel du soir. Une nouvelle salve de missiles iraniens vient de traverser l’atmosphère en direction d’Israël - la première depuis le début du cessez-le-feu d’avril. Le premier réflexe conditionné de quiconque vit dans cette région depuis un siècle : regarder le ciel, compter les secondes, attendre le bruit.

Une guerre commence toujours par une certitude - la certitude que l’autre cédera en premier. Cent jours plus tard, personne n’a cédé. Et la certitude, elle, s’est muée en quelque chose de bien plus dangereux : l’habitude.

Par la Rédaction L’Appel - Besançon, France · L'Appel
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