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Fusils pilotés par IA, poison caché, bipeurs piégés : la nouvelle façon d’assassiner

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Fusils pilotés par IA, poison caché, bipeurs piégés : la nouvelle façon d’assassiner

Enquête sur les méthodes les plus inédites employées ces dernières années pour éliminer dirigeants, scientifiques et opposants - et sur ce qu'elles révèlent d'une escalade mondiale

Plus de 30 %. C'est la hausse mondiale du nombre de tentatives d'assassinat recensées au cours de la dernière décennie, selon la base de données GDELT. Une statistique froide, derrière laquelle se cachent des méthodes de plus en plus inventives.

 Une décennie sous le signe de l'assassinat

Selon le Global Database of Events, Language and Tone, les tentatives d'assassinat recensées dans le monde ne visent plus seulement des chefs d'État - elles touchent aussi des élus locaux, des journalistes et des militants.

Aux États-Unis, la Bridging Divides Initiative de Princeton a comptabilisé plus de 600 incidents de menaces contre des élus locaux en 2024, une hausse de 74 % par rapport à 2022.

Donald Trump a lui-même été visé à deux reprises durant la campagne de 2024. En 2025, la légiste Melissa Hortman a été tuée à son domicile dans le Minnesota, et l'activiste Charlie Kirk a été abattu lors d'un événement public.

Le Mexique a connu sa saison électorale la plus meurtrière de son histoire en 2024, avec 37 candidats assassinés, contre 36 lors du scrutin de 2021, selon le cabinet Integralia.

Le même cabinet a recensé 828 incidents violents non mortels durant cette campagne 2024, contre 389 lors du scrutin présidentiel de 2018 - une hausse qui dépasse largement celle des seuls assassinats.

Un centre de recherche américain, le CSIS, notait déjà en 2023 que les attaques et complots à motivation partisane avaient presque triplé aux États-Unis depuis 2016, comparé au quart de siècle précédent.

Derrière les chiffres, une tendance plus inquiétante encore se dessine - les méthodes elles-mêmes se sophistiquent, s'éloignant du simple coup de feu pour emprunter à la robotique, à la chimie militaire ou au piratage de chaînes d'approvisionnement.

 Le fusil qui reconnaît un visage

Le 27 novembre 2020, le physicien Mohsen Fakhrizadeh, considéré comme le père du programme nucléaire militaire iranien, circule sur une route près de Téhéran avec son épouse et une escorte de onze gardes.

Une mitrailleuse FN MAG modifiée, montée sur un pick-up Nissan garé en bordure de route et pilotée à distance par satellite, ouvre le feu. Une caméra dotée de reconnaissance faciale guide les tirs.

Treize balles sont tirées en moins d'une minute. Fakhrizadeh est touché, son épouse assise à moins de 25 centimètres de lui reste indemne. Le véhicule piégé explose ensuite pour effacer les traces.

Le New York Times attribuera l'opération au Mossad. Aucun agent n'était physiquement présent sur les lieux au moment des tirs - une première mondiale pour une arme autonome utilisée à des fins d'assassinat.

 Le poison sur les sous-vêtements

Le 20 août 2020, l'opposant russe Alexeï Navalny s'effondre à bord d'un vol Tomsk-Moscou. Il est plongé dans un coma artificiel à Berlin. Des laboratoires allemands, français puis suédois confirment un empoisonnement au Novichok.

Ce même agent neurotoxique, développé par l'URSS puis la Russie, avait déjà servi en 2018 contre l'ex-espion Sergueï Skripal à Salisbury, en Angleterre - une attaque qui avait aussi coûté la vie à une passante, Dawn Sturgess, exposée à un flacon de parfum contaminé.

En décembre 2020, Navalny publie l'enregistrement d'un appel où il se fait passer pour un haut fonctionnaire russe. Un agent du FSB, dupé, lui révèle où le poison avait été appliqué - à l'intérieur même de son sous-vêtement.

 La mort en souriant, au comptoir d'un aéroport

Le 13 février 2017, Kim Jong-nam, demi-frère du dirigeant nord-coréen, attend son vol pour Macao à l'aéroport de Kuala Lumpur. Deux femmes s'approchent par-derrière et lui frottent brièvement le visage.

Il meurt en moins d'une heure. L'autopsie révèle la présence de VX, un agent neurotoxique classé arme de destruction massive par l'ONU - suffisant, à dose infime, pour tuer un adulte par simple contact cutané.

Les deux femmes, une Indonésienne et une Vietnamienne, affirment avoir cru participer à une émission de caméra caché, payées l'équivalent de 90 dollars. Kim Jong-nam transportait sur lui de l'atropine, l'antidote du VX, sans avoir eu le temps de s'en servir.

 Le bipeur qui explose

Les 17 et 18 septembre 2024, des milliers de bipeurs puis des centaines de talkies-walkies utilisés par le Hezbollah explosent simultanément au Liban et en Syrie.

Selon le gouvernement libanais, l'attaque fait au moins 42 morts, dont des enfants, et blesse environ 3 500 personnes, parmi lesquelles l'ambassadeur d'Iran au Liban.

Les appareils, achetés cinq mois plus tôt par le Hezbollah après que son chef eut ordonné d'abandonner les téléphones portables jugés infiltrés, contenaient chacun entre 1 et 3 grammes d'explosif dissimulés dès la chaîne de fabrication.

Des experts de l'ONU qualifieront l'opération de possible crime de guerre, en raison de son caractère indiscriminé - tous les porteurs de l'appareil étaient visés, sans distinction entre combattants et membres non armés de l'organisation.

 Le fusil de plomberie

Le 8 juillet 2022, l'ancien Premier ministre japonais Shinzo Abe est abattu en pleine rue à Nara, alors qu'il prononce un discours de campagne dans un pays où la violence par arme à feu est quasiment inexistante.

L'arme utilisée par Tetsuya Yamagami, un ancien militaire de 41 ans, est fabriquée à la main - deux tubes métalliques scotchés, un mécanisme de mise à feu en bois, de la poudre artisanale.

La police retrouvera chez lui plusieurs autres armes similaires, dont des modèles à cinq et neuf canons déclenchés électriquement. Yamagami visait, selon ses déclarations, les liens d'Abe avec une église qu'il accusait d'avoir ruiné sa famille.

Condamné à la perpétuité en janvier 2026 après avoir plaidé coupable, il a depuis fait appel de sa peine.

 Le ciel comme arme

Le 4 août 2018, deux drones chargés d'explosifs survolent un défilé militaire à Caracas où le président vénézuélien Nicolás Maduro prononce un discours retransmis en direct.

Les explosions font sept blessés parmi les militaires présents. Maduro, indemne, dénonce une tentative de magnicide orchestrée depuis la Colombie. Six suspects sont arrêtés dans les jours suivants.

Trois ans plus tard, en novembre 2021, le Premier ministre irakien Mustafa al-Kadhimi échappe à son tour à des drones chargés d'explosifs visant sa résidence à Bagdad. Le drone civil, bon marché et disponible dans le commerce, devient une arme d'assassinat à part entière.

 La voiture qui explose au mauvais moment

Le 20 août 2022, Daria Douguina, fille de l'idéologue nationaliste russe Alexandre Douguine, meurt dans l'explosion de son véhicule près de Moscou. Un engin avait été fixé sous le châssis.

Selon les autorités russes, la cible réelle était son père, qui devait initialement monter dans la même voiture avant de changer de véhicule au dernier moment. L'attaque illustre une autre dérive des méthodes modernes - l'arme frappe un véhicule identifié, non une personne physiquement reconnue.

 Ce que ces méthodes ont en commun

Robotique guidée par intelligence artificielle, agent neurotoxique militaire, sabotage de chaîne d'approvisionnement, arme artisanale, drone civil détourné - ces méthodes n'ont, en apparence, rien en commun.

Elles partagent pourtant un même objectif - repousser le moment et le lieu de la mise à mort le plus loin possible de la main qui la déclenche, brouillant à chaque fois la question de la responsabilité directe.

Plus une méthode d'assassinat s'éloigne du geste humain immédiat - satellite, chaîne de production, drone commercial - plus il devient difficile d'en établir formellement l'auteur, et donc d'en tirer des conséquences politiques ou judiciaires.

Cette diplomatie du déni plausible n'est pas nouvelle - elle a toujours accompagné l'histoire de l'assassinat d'État. Ce qui change, c'est l'accessibilité des outils - drones grand public, imprimantes 3D, cybersécurité défaillante des chaînes de production électronique.

Reste une question que les statistiques ne résolvent pas - celle de la banalisation. Quand une arme peut reconnaître un visage sans intervention humaine directe, la frontière entre l'acte de guerre et le crime individuel devient, chaque année, plus difficile à tracer.

Par la rédaction • L'Appel · L'Appel
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