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À Fontainebleau, le feu repart par endroits pendant que la France entière s’assèche

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À Fontainebleau, le feu repart par endroits pendant que la France entière s’assèche

Trois reprises de flammes, deux pompiers blessés, quatre-vingt-dix-neuf départements en restriction d'eau - le pays traverse l'un de ses étés les plus critiques depuis des années

Huit cents pompiers, encore là ce mercredi matin. Trois nouveaux départs de flammes, aussitôt maîtrisés. Et, tout autour, un pays entier qui manque d'eau. Fontainebleau n'est plus seulement un incendie - c'est devenu le symptôme le plus visible d'un été que la France ne semble plus savoir contenir.

Vingt-quatre heures après les premières annonces de maîtrise du sinistre, le récit de mardi se prolonge donc mercredi sous une forme différente - moins spectaculaire dans l'instant, mais tout aussi révélatrice de l'ampleur d'une crise qui dépasse désormais très largement le seul massif forestier de Seine-et-Marne.

◆ Mercredi matin, le feu montre encore les dents

Vingt-quatre heures après l'annonce du préfet de Seine-et-Marne selon laquelle les deux incendies de la forêt de Fontainebleau étaient enfin « fixés », le porte-parole du service départemental d'incendie et de secours, Paul-Édouard Laurain, faisait état ce mercredi matin de trois reprises modérées de feu, toutes localisées dans le secteur du Grand Parquet, à proximité immédiate de la ville de Fontainebleau - précisément la zone où s'était déclaré, lundi après-midi, le second des deux foyers. Selon lui, les huit cents sapeurs-pompiers encore mobilisés sur place ne mènent désormais plus une lutte frontale contre les flammes, mais une opération que les professionnels appellent le « noyage » - traiter systématiquement chaque partie encore incandescente dissimulée dans la terre, dans les souches ou parmi les branches tombées au sol, afin d'empêcher toute reprise d'ampleur.
« On s'attend à rester sur place encore plusieurs jours », a prévenu Paul Laurain sur les ondes d'ICI Paris Île-de-France, rappelant que le chantier, engagé depuis dimanche, avait mis ses équipes sous une pression inhabituelle pour la région parisienne. Le bilan chiffré, lui, n'a plus bougé depuis mardi soir - un peu plus de deux mille hectares parcourus par les deux sinistres réunis, l'incendie principal né près de l'autoroute A6 ayant à lui seul dévoré environ mille six cents hectares en quarante-huit heures, contre quatre cent cinquante hectares pour le second foyer d'Arbonne-la-Forêt et de la Faisanderie.

Ce chiffre replace le sinistre dans une perspective plus large - selon les données rassemblées par plusieurs rédactions, l'épisode de Fontainebleau figure désormais parmi les trois plus importants feux de forêt qu'ait connus la moitié nord de la France en une vingtaine d'années, une rareté qui explique en partie pourquoi des moyens habituellement réservés au pourtour méditerranéen ont dû être redéployés en urgence vers l'Île-de-France, région pourtant peu coutumière de ce type de mobilisation. À titre de comparaison, un feu bien plus modeste s'était par ailleurs déclaré le même jour à Sore, dans les Landes, parcourant quarante-sept hectares avant d'être fixé en sept heures par cent trente-cinq pompiers et soixante-sept véhicules, appuyés par un Dash et un hélicoptère Puma - un contraste qui donne la mesure de ce qui distingue un feu de forêt ordinaire de celui, hors norme, qui frappe Fontainebleau depuis dimanche.

"Fixés depuis mardi soir, mais pas éteints - et ce mercredi matin, trois nouvelles reprises de flammes dans le secteur du Grand Parquet viennent rappeler que la France n'est pas encore sortie d'affaire."

◆ Un accident qui rappelle le prix payé sur le terrain

La lutte contre les flammes n'a pas été sans conséquence pour ceux qui la mènent. Le service départemental d'incendie et de secours de Seine-et-Marne a fait savoir que deux sapeurs-pompiers avaient été légèrement blessés mardi lors d'un accident de la circulation survenu en pleine opération - un militaire des unités d'instruction et d'intervention de la Sécurité civile, ainsi qu'un sapeur-pompier venu en renfort du service départemental de la Haute-Garonne, signe que la mobilisation avait dépassé, dès les premiers jours, les seuls effectifs franciliens. Dans un communiqué, le Sdis 77 a tenu à saluer leur engagement, rappelant que cet accident « rappelle les risques auxquels sont quotidiennement exposés les femmes et les hommes engagés au service de la protection des populations ».
Sur le terrain, deux bulldozers de l'armée ont par ailleurs été déployés pour élargir les sentiers forestiers, une manœuvre destinée à faciliter l'accès des soldats du feu à tous les foyers résiduels encore actifs, en particulier dans les secteurs les plus difficiles d'accès du massif. Ce renfort militaire, inhabituel pour un feu de forêt en dehors du grand Sud, illustre à lui seul l'ampleur inédite prise par le sinistre francilien. Selon la préfecture de Seine-et-Marne, en dehors de cet accident de la route, « aucune victime n'est à déplorer » parmi les pompiers comme au sein de la population civile, et les dégâts matériels recensés à ce stade restent, selon ses propres termes, très limités - un soulagement relatif au regard de l'ampleur du sinistre, la préfecture se refusant toutefois à tout chiffrage définitif tant que l'ensemble du massif n'aura pas été inspecté.
"Deux bulldozers de l'armée envoyés en renfort, deux pompiers blessés dans un accident de la route, mais aucune victime déplorée parmi la population - le bilan humain, à ce stade, reste circonscrit au prix payé par ceux qui combattent le feu."

◆ Les évacués suspendus à une date de retour

Près d'un millier de personnes avaient dû être évacuées depuis dimanche, parmi lesquelles des résidents d'un camping situé en lisière de forêt. Mardi soir, le préfet Pierre Ory avait laissé espérer un retour possible dès ce mercredi, les feux étant désormais fixés. Mais sur le terrain, la prudence continue de l'emporter sur l'annonce politique. Du côté de l'autoroute A6, fermée dans les deux sens depuis dimanche, le directeur de l'exploitation des autoroutes chez APRR, Pierre Faure-Geors, a douché tout espoir de réouverture immédiate. « On ne pourra pas rouvrir tant qu'on n'aura pas pu mettre en sécurité l'ensemble de la section neutralisée », a-t-il prévenu sur Franceinfo, sans avancer de calendrier précis.

Dans la commune d'Achères-la-Forêt, l'une des plus durement affectées par le sinistre, les habitants confient déjà craindre d'avoir perdu, pour longtemps, une partie de ce poumon vert qu'ils fréquentaient au quotidien - randonnées, promenades, ou simples haltes à l'ombre des futaies séculaires. Plusieurs témoins rapportent avoir vu l'autoroute A6, habituellement chargée d'un flot continu de poids lourds et de véhicules particuliers, totalement vide sur plusieurs kilomètres, le bitume déserté à hauteur d'Achères-la-Forêt depuis la fermeture décidée dimanche - une image inhabituelle qui, à elle seule, dit l'ampleur des perturbations infligées au quotidien de toute une portion du sud francilien.

Pour appuyer les hommes au sol, la préfecture a maintenu ce mercredi un dispositif aérien conséquent - trois Canadair, un avion Dash chargé de larguer des produits retardants, et deux hélicoptères bombardiers d'eau. Le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez a salué, dans un message publié sur X, le rôle « déterminant » joué par ces moyens aériens dans la maîtrise des deux incendies, chiffrant à près de trois cents le nombre de largages effectués en deux jours de lutte intensive - une mobilisation aérienne sans précédent pour un feu de forêt en Île-de-France.
"Près de trois cents largages en deux jours, mais toujours aucune date ferme ni pour la réouverture de l'A6, ni pour le retour chez elles des personnes évacuées - la prudence continue de l'emporter sur l'annonce politique."

◆ Valérie Pécresse attendue sur le terrain

La dimension politique du dossier s'est invitée ce mercredi avec l'annonce du déplacement de Valérie Pécresse, présidente de la région Île-de-France, dans les communes de Fontainebleau et de Noisy-sur-École. Un communiqué de la région précise qu'elle sera reçue à midi à la mairie de Fontainebleau, avant de rejoindre à quinze heures le centre de commandement des pompiers à Noisy-sur-École, dans le but de « suivre au plus près des besoins » l'évolution du sinistre - une visite qui intervient alors que les élus locaux commencent déjà à s'interroger sur les moyens financiers nécessaires à la restauration, à terme, des parcelles les plus durement touchées du massif.
Au niveau européen, l'eurodéputé Les Républicains François-Xavier Bellamy a profité de l'écho médiatique du sinistre pour relancer, sur Franceinfo, un plaidoyer déjà ancien - la création d'un avion européen de lutte contre le feu, mutualisé entre pays membres. « On travaille au plan européen depuis des années maintenant, et ça avance beaucoup trop lentement pour renouveler la flotte des Canadair », a-t-il regretté, jugeant les moyens actuels des pompiers « limités » face à des feux dont la fréquence et l'intensité ne cessent de croître à l'échelle du continent. « Il faut un avion européen de lutte contre le feu, c'est un sujet qui touche beaucoup de pays européens », a-t-il insisté, plaidant pour une production rapide et localisée en Europe plutôt que pour un simple achat de matériel existant.
"Pécresse sur le terrain, un eurodéputé qui réclame une flotte aérienne européenne - Fontainebleau est devenu, en quelques jours, un symbole politique autant qu'un sinistre à éteindre."

◆ Une canicule qui dépasse la seule forêt

Le feu de Fontainebleau n'est, en réalité, que la partie la plus spectaculaire d'une crise bien plus vaste. La ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, a qualifié ce mercredi la situation de sécheresse en France d'« exceptionnelle » et de « très préoccupante », un jugement appuyé par des chiffres sans précédent - quatre-vingt-dix-neuf départements font aujourd'hui l'objet, en tout ou partie, de restrictions d'eau, soit la totalité du territoire métropolitain, dont quarante-trois se trouvent déjà au niveau le plus sévère, celui où l'eau est réservée aux seuls usages prioritaires. Deux cent six arrêtés préfectoraux sont actuellement en vigueur à travers le pays - un niveau que la ministre a qualifié de plus élevé jamais observé depuis au moins 2013.

Cette chaleur prolongée continue par ailleurs de payer un tribut humain lourd. Sur France 2, la ministre des Sports et de la Jeunesse, Marina Ferrari, a annoncé ce mercredi cent quarante-deux décès par noyade recensés depuis le 19 juin, contre cent trente-neuf seulement trois jours plus tôt - soit une hausse de plus de dix-huit pour cent en l'espace de quelques jours à peine, largement supérieure au bilan enregistré à la même période l'an dernier. Pour tenter d'alléger la pression sur les établissements hospitaliers, la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon a par ailleurs assuré que seize mille cinq cents climatiseurs, sur les trente mille promis par le chef de l'État, auraient été livrés d'ici la fin de la semaine, avec une priorité donnée aux départements classés en vigilance rouge, et que l'intégralité des trente mille appareils serait livrée d'ici la fin du mois de juillet.

Cette vague de chaleur ne s'arrête pas non plus aux frontières françaises. Dans le sud de l'Espagne, en Andalousie, un incendie distinct a fait grimper son bilan à treize morts après le décès d'une ressortissante britannique à l'hôpital, parmi les premières victimes déjà identifiées - trois Britanniques, une Française, un Belge et un Espagnol. Le parallèle entre les deux pays illustre, à quelques centaines de kilomètres d'écart, une même réalité qui s'installe durablement sur le pourtour méditerranéen comme dans des régions jusqu'ici épargnées telles que l'Île-de-France.

"Quatre-vingt-dix-neuf départements sous restriction d'eau, cent quarante-deux morts par noyade depuis le 19 juin, treize morts dans un incendie distinct en Espagne - la forêt de Fontainebleau brûle au cœur d'une canicule que la ministre elle-même qualifie de jamais vue depuis 2013."

Un premier soulagement pourrait toutefois se dessiner dans les prochaines heures. Météo-France a annoncé la fin, à compter de ce mercredi six heures, de la vigilance rouge canicule sur l'ensemble des vingt-six départements qui y étaient encore soumis, remplacée par une vigilance orange, sous l'effet d'un air plus océanique remontant par l'Atlantique. Ce répit s'accompagne toutefois d'un risque orageux marqué annoncé pour ce mercredi, avec de la grêle et de violentes rafales possibles sur onze départements - le Doubs, le Jura, la Saône-et-Loire, la Loire, le Rhône, l'Ain, la Haute-Savoie, la Savoie, l'Isère, la Drôme et l'Ardèche - une bascule brutale d'un extrême climatique à un autre qui n'épargnera donc pas non plus l'est du pays. Selon La Chaîne Météo, cette transition orageuse devrait se poursuivre jeudi et vendredi sur près des deux tiers du territoire, avant un retour progressif à des températures plus conformes aux normales de saison.

Reste la question, plus lente à trancher, de ce qu'il adviendra du massif lui-même sur le long terme. Fontainebleau n'est pas une forêt de production comme les autres - depuis plusieurs années, l'Office national des forêts y expérimente une gestion dite « en mosaïque », mélangeant volontairement les essences et les âges des peuplements pour tenter de rendre le massif plus résistant au dérèglement climatique et à ses épisodes de sécheresse à répétition. Les deux incendies de la semaine, par leur ampleur, viendront inévitablement peser sur ces travaux de longue haleine, en repoussant d'autant la maturité des zones les plus affectées et en obligeant, sans doute, à revoir certains scénarios de reboisement déjà engagés avant le sinistre.

Pour la forêt de Fontainebleau elle-même - vingt-cinq mille hectares au total, plus de quinze millions de visiteurs chaque année - la vigilance, elle, ne retombera pas avant plusieurs jours. Les pompiers continueront, sol par sol, souche par souche, à traquer les derniers foyers d'un incendie que même la pluie à venir ne suffira sans doute pas, à elle seule, à déclarer définitivement éteint.

Par la rédaction • L'Appel · L'Appel
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