Var : le piège mortel tendu aux militaires du Pacifique
Une famille mise en examen pour meurtres, séquestrations et traite d'êtres humains après la disparition de deux jeunes militaires ultramarins Ils avaient traversé des milliers de kilomètres pour servir la France. Jacques Pakeso, venu de Nouvelle-Calédonie, et Mike Gineste, engagé depuis Tahiti, ont disparu sans laisser de trace dans le Var entre 2022 et 2023. Aujourd'hui, une famille originaire des îles du Pacifique est mise en examen pour leurs meurtres présumés, ainsi que pour la séquestration et la traite d'au moins sept autres militaires ultramarins.
Une maison ouverte comme un guet-apens
Entre 2011 et 2025, à Fréjus et à Toulon, une famille aurait ciblé de jeunes militaires originaires du Pacifique, de fait isolés de leurs proches.
Le mécanisme était d'une redoutable simplicité.
Repérés lors de "soirées tahitiennes", ils auraient été appâtés par l'une des filles du clan, puis dépouillés de leurs papiers, téléphones et moyens de paiement, selon l'hypothèse privilégiée par l'enquête.
Lors d'une perquisition à leur domicile, les enquêteurs ont découvert de nombreux effets personnels appartenant à différentes victimes : passeports, permis de conduire, cartes bancaires, ainsi que des chéquiers et divers documents administratifs, dont ceux de Mike Gineste.
Un butin sordide, accumulé pendant plus d'une décennie.
Composée du couple parental, de deux fils et de deux filles, la famille est originaire de Nouméa pour la mère, du Vanuatu et de Wallis-et-Futuna pour le père, mais réside dans le Var depuis de nombreuses années.
La question qui hante les enquêteurs reste entière : pourquoi une famille issue de ces mêmes terres du Pacifique s'en serait-elle prise à des hommes qui partageaient ses origines ?
Jacques Pakeso, le fil qui a tout défait
Le dossier prend d'abord appui sur le signalement de la disparition de Jacques Pakeso, âgé de 28 ans au moment des faits. Parti de Nouvelle-Calédonie pour tenter d'intégrer la Marine dans la région de Toulon, le jeune homme n'a plus donné signe de vie à partir de 2022.
Sa famille, à Nouméa, s'est d'abord heurtée à un mur.
Son frère Franck témoigne : "J'ai signalé mais aucune plainte ou main courante n'a été prise par les gendarmes présents au poste. J'ai quand même laissé mon numéro et mon mail pour qu'ils me contactent, j'avais l'impression de les obliger à chercher mon frère." Ce n'est que plus d'un an plus tard que des gendarmes ont pris l'affaire au sérieux, selon ce même frère.
Mike Gineste, lui, a disparu en 2023, peu après avoir déposé plainte contre les suspects.
Il était légionnaire au 1er régiment étranger de cavalerie de Carpiagne, engagé en 2018 depuis Tahiti.
Sa plainte n'a pas suffi à le protéger.
"Aujourd'hui, c'est la presse qui m'annonce que mon fils est décédé. Ça nous fait très mal en tant que parents." - Soane Patita Pakeso, père de Jacques
Sept survivants, deux corps dans un ravin
Sept victimes ont affirmé avoir été "progressivement dépouillées de leurs moyens de paiement et de leurs documents d'identité, violentées et séquestrées", selon le procureur de la République de Toulon, Raphaël Balland.
Pour Jacques Pakeso et Mike Gineste, l'issue aurait été plus fatale encore.
L'un des fils de la famille a affirmé que les deux hommes "auraient été assassinés à l'instigation de la mère de famille", précisant que celle-ci "avait la haine dans les yeux" et "disait qu'il fallait qu'on s'en débarrasse".
Ce fils décrit la scène ayant conduit au décès de la victime, évoquant un étranglement suivi d'une fracture du cou, après quoi le corps aurait été placé dans le coffre d'un véhicule et abandonné dans un ravin des Bouches-du-Rhône.
Ce même fils confie aux enquêteurs : "J'avais peur qu'elle me tue", ajoutant que la mère serait également à l'origine de l'assassinat de Mike Gineste.
L'hypothèse du meurtre a été confortée par plusieurs éléments, notamment la découverte dans les Bouches-du-Rhône, sur deux sites différents, d'ossements susceptibles de correspondre aux deux disparus.
Des expertises approfondies sont toujours en cours pour identifier ces ossements.
Une famille sous les verrous, une enquête qui continue
Le 26 mai, les membres de la famille ont été placés en garde à vue pendant 96 heures, conformément aux dispositions relatives à la criminalité organisée.
Le 29 mai, le père, la mère, les deux fils et l'une des deux filles ont été mis en examen des chefs de traite des êtres humains commise en bande organisée et de séquestrations de plusieurs personnes commises en bande organisée. La mère et les deux fils ont en outre été mis en examen pour les meurtres des deux militaires disparus.
La plus jeune des filles a, quant à elle, été mise en examen uniquement du chef de non-dénonciation de crimes et placée sous contrôle judiciaire.
La mère de famille, âgée de 52 ans, et l'un de ses fils, désigné comme étant l'auteur des homicides, ont démenti toute implication.
Tous deux restent présumés innocents.
La violence prêtée à cette famille ne s'arrêtait pas aux portes de leur domicile.
Selon ICI Provence, les fils étaient réputés pour leurs soirées arrosées dans le centre de Toulon, au point d'être interdits d'un bar de la place de l'Équerre. Après cette interdiction, la mère et ses deux fils s'en seraient pris au barman de l'établissement.
La douleur d'une famille apprise par les médias
La famille Pakeso a vécu une double blessure.
Elle a appris la nouvelle "comme tout le monde ce matin sur les réseaux sociaux", selon ses propres mots. "On a été assommés. Aucun membre de la famille n'a été informé, même pas des résultats de l'enquête." C'est, dit le frère, "grâce au signalement fait auprès de la gendarmerie maritime de Toulon que tout ça a pu émerger." Une consolation dérisoire pour des parents qui ont attendu quatre ans sans réponse officielle.
Les investigations se poursuivent sous l'autorité du magistrat instructeur.
Les expertises sur les ossements n'ont pas encore livré leurs conclusions. L'instruction est longue. Les familles, elles, attendent depuis trop longtemps déjà.
**Au moins neuf victimes présumées sur quatorze ans.** Entre 2011 et 2025, la famille mise en examen aurait ciblé de jeunes militaires ultramarins isolés de leurs proches : deux présumés tués, sept autres ayant témoigné de séquestrations, violences et spoliations. Six membres de la même famille font aujourd'hui l'objet de mises en examen, dont cinq placés en détention provisoire.