Les élèves de Besançon jugent un maire qui a choisi ses priorités
Pendant que les enfants bisontins cuisaient dans des classes a 34 degres sans climatisation, le nouveau maire LR distribuait des ventilateurs sans prises electriques et plantait des fleurs qui consomment 92 metres cubes d'eau par semaine. Un premier printemps politique qui pose une question simple : pour qui gouverne Ludovic Fagaut ?
Le 23 juin 2026, devant les cameras, Ludovic Fagaut a prononce une phrase qui a traverse Besancon comme une decharge electrique : les renovations thermiques des ecoles lancees par la municipalite ecologiste precedente 'ne font pas une difference significative' face a la canicule. Le lendemain, des enfants de CP relevaient eux-memes la temperature dans leur classe : 34 degres. A 8h30 du matin. Avant meme le debut des cours.
8h30. 34 degres. Les enfants ne sont pas encore arrives.
Jeudi 26 juin 2026, 8h30 du matin. Les portes de l'ecole des Sapins, a Besancon, sont encore fermees. Les enfants n'ont pas encore franchi le seuil.
Dans une classe de CP, le thermometre affiche deja 34 degres.
Ce n'est pas un pic de chaleur en milieu d'apres-midi. Ce n'est pas l'heure la plus chaude de la journee. C'est le matin. C'est avant l'heure de la recreation. C'est avant que des dizaines de petits corps en sueur ne viennent encore chauffer l'air de la piece.
Les eleves de CM1-CM2 de l'ecole des Sapins avaient effectue leurs propres releves de temperature, classe par classe, couloir par couloir. Ils avaient redige une lettre au maire. Avec leurs mots d'enfants de dix ans. Propres, precis, documentés.
“Bonjour Monsieur le maire, aujourd'hui nous vous ecrivons car il fait tres tres chaud dans nos classes.” Eleves de CM1-CM2, ecole des Sapins de Besancon - lettre au maire Ludovic Fagaut, juin 2026 La lettre proposait aussi des solutions. Construire des classes dans les etages inferieurs pour eviter que les eleves se retrouvent sous les toits. Installer de vraies protections thermiques. Pas des ventilateurs.
Les enfants, a dix ans, avaient compris quelque chose que le maire semblait contester.
La phrase qui a tout declenche
Revenons au mardi 23 juin. Ludovic Fagaut tient une conference de presse a l'Hotel de Ville. Il presente son 'plan d'action renforce' contre la canicule. Il annonce des ventilateurs, la reouverture de la piscine Mallarmé, des brumisateurs en ville.
Puis, interroge sur les renovations thermiques des ecoles - un dossier prioritaire de la mandature ecologiste precedente - le maire repond sans hesiter.
“Toutes ces ecoles-la, notamment celles qui ont ete refaites, on constate qu'il n'y a pas de variations de temperature par rapport aux ecoles anciennes. Elles sont aussi chaudes que les ecoles anciennes.” Ludovic Fagaut, maire LR de Besancon - conference de presse, 23 juin 2026 La declaration a produit l'effet d'une bombe dans les salles des maitres.
Estelle Colin est enseignante et representante syndicale SnuIPP-FSU a l'ecole Jules Ferry de Besancon. Elle a vecu la renovation de son etablissement. Elle connait les deux situations - avant et apres.
“C'est tres choquant pour nous qui avons vecu l'avant et l'apres. Se dire que la renovation ce n'est pas important, c'est fou. Ce n'est quand meme pas possible de dire des choses pareilles maintenant. En 2026, en plein episode de canicule, se dire que finalement la renovation, ce n'est pas important, c'est fou.” Estelle Colin, enseignante et representante SnuIPP-FSU - France 3 BFC, 25 juin 2026 A l'ecole de la Viotte, renovee il y a exactement un an, une mere d'eleve confirme a France 3 une difference perceptible. 'C'est le premier vrai ete avec la renovation', dit-elle. Ce n'est pas parfait. Mais ce n'est pas 'la meme chose'.
La science, elle aussi, contredit le maire. L'isolation thermique, la protection solaire des fenetres, la ventilation naturelle - ce sont des techniques documentees qui reduisent les pics de chaleur interieure de plusieurs degres. Pas de trente degres. Mais de trois a sept selon les etudes. Ce qui, dans une classe de CP a 34 degres, change tout.
1 560 ventilateurs - sans prises pour les brancher
Pour remedier a la situation, la mairie de Besancon a distribue 1 560 ventilateurs dans les ecoles et creches de la ville. C'est le chiffre mis en avant par Ludovic Fagaut lors de sa conference de presse.
Sur le terrain, la realite est plus nuancee.
“On n'a pas de prises partout pour les brancher. On branche comme on peut, parfois c'est en realite assez loin des eleves.” Enseignant bisontin, anonyme - France 3 Bourgogne-Franche-Comte, 22 juin 2026 Dans un etablissement ou des volets ne fonctionnaient plus depuis plusieurs annees - l'un d'entre eux avait ete decoupe faute de remplacement - les ventilateurs ont rejoint la liste des rustines temporaires.
La question n'est pas de savoir si les ventilateurs rafraichissent. Elle est de savoir si distribuer des ventilateurs dans des batiments sans prises electriques suffisantes constitue une politique publique serieuse face a un dereglementclimatique qui produit desormais des canicules extremes chaque ete.
L'academie de Besancon, de son cote, n'a guere fait mieux. Le Snes-FSU rapporte qu'interroge sur les mesures envisagees, le rectorat aurait dans un premier temps repondu simplement : 'on verra si on passe au rouge.' Une fois passe au rouge - le 25 juin, avec 72 departements en vigilance extreme - l'academie n'avait toujours pas emis de consignes generales.
“Les etablissements sont contraints de faire face seuls a des conditions de travail et d'enseignement particulierement difficiles.”
Snes-FSU academie de Besancon - communique, juin 2026
Sept syndicats d'enseignants - FSU, SE-UNSA, FNEC FP-FO, CFDT, CGT Educ'action, SNALC et SUD Education - ont appele a la greve le jeudi 25 juin, partout 'ou cela est necessaire'. Ce n'est pas une greve politique. C'est une greve contre la chaleur.
92 metres cubes d'eau par semaine - pour les fleurs
Il y a, dans cette histoire, un detail que les Bisontins n'ont pas oublie.
La semaine meme ou les enfants de l'ecole des Sapins mesuraient 34 degres dans leurs classes, la mairie achevait de remplacer les jachere fleuries installees sous l'ancienne municipalite ecologiste par des parterres de geraniums, d'oeillets d'Inde et de petunias. Des annuelles - des fleurs qui ne survivent pas a l'hiver et devront etre remplacees chaque saison.
La prefecture du Doubs avait declenche le niveau 'alerte secheresse' le 19 juin. L'arrosage n'etait autorise qu'entre 20h et 8h du matin.
La municipalite a confirme utiliser pour ses parterres les reserves de 150 m3 du secteur Brossolette et les reserves de 2 600 m3 de la piscine Mallarmé. Les espaces verts ont besoin, selon les chiffres de la ville elle-meme, de 92 metres cubes d'eau par semaine pour maintenir ces fleurs en vie sous la canicule.
“On a fait des choix politiques de rendre sa beaute a notre ville de Besancon et on l'assume pleinement avec l'ensemble de la majorite, et les Bisontines et les Bisontins en sont satisfaits.”
Ludovic Fagaut, maire LR de Besancon - France 3 BFC, juin 2026
Les Bisontins ne sont pas tous satisfaits. Certains posent la question qui derange : pourquoi 92 metres cubes d'eau par semaine pour des geraniums, et pas de renovations thermiques pour les ecoles ?
La reponse du maire ne s'est pas faite attendre. Interroge sur les renovations a venir des ecoles, Fagaut a invoque la demographie : 'Vous n'etes pas sans savoir que la demographie est fortement en baisse. Des etudes sont en train d'etre menees pour nous indiquer si on se doit de renover telle ou telle ecole.' La demographie comme argument contre la renovation thermique, pendant une canicule extreme, dans une ville ou deux adolescents viennent de se noyer dans le Doubs en cherchant a se rafraichir. Le contraste est saisissant.
Un maire de rupture - mais rupture avec quoi ?
Ludovic Fagaut est, depuis le 22 mars 2026, le premier maire de droite de Besancon depuis 1953. Il a ete elu avec 53 % des voix face a la maire ecologiste sortante Anne Vignot. Son mandat, il le repete a chaque occasion, est 'un mandat de rupture'.
La rupture est visible. Sur les fleurs. Sur les renovations. Sur la piscine gratuite - 'pas question de gratuite', a-t-il repondu aux elus d'opposition qui la demandaient pendant la canicule. Sur les points de fraicheur - il travaille avec les commercants pour que les passants puissent entrer dans les boutiques climatisees, proposant qu'un macaron les identifie.
Ce que la rupture produit dans les faits : des enfants dans des classes a 34 degres avec des ventilateurs sans prises, pendant qu'on arrose des geraniums avec les reserves d'eau de la ville.
34 degres dans les classes bisontines a 8h30 - avant meme le debut des cours (26 juin) 1 560 ventilateurs distribues - sans prises suffisantes pour les brancher dans tous les etablissements 92 m3 d'eau par semaine pour les parterres fleuris - pendant l'alerte secheresse
7 syndicats d'enseignants qui ont appele a la greve le 25 juin
0 consigne generale emise par le rectorat meme en vigilance rouge 2 adolescents noyes dans le Doubs le 20 juin en cherchant a se rafraichir
Ce que disent les parents - et ce qu'ils demandent
Julie Coulombel, mere d'une eleve de l'ecole des Sapins, n'est pas en colere. Elle est lucide. Et elle formule une demande qui depasse la canicule de juin 2026.
“On attend des solutions et des amenagements durables. Ce n'est pas juste un episode cette annee. On sait tres bien que cela va etre de plus en plus frequent voire la norme dans quelques annees et plus vite que ce qu'on imagine. On espere des modifications rapides et durables, pas juste des ventilateurs dans les classes.” Julie Coulombel, mere d'eleve, ecole des Sapins - France 3 BFC, 25 juin 2026 Les parents de l'ecole de Bregille Plateau sont alles plus loin. Ils ont redige une lettre ouverte au maire, transmise simultanément au prefet du Doubs, au directeur academique des services de l'Education nationale, a l'inspecteur de l'Education nationale de Besancon 1 et a la directrice du service Education de la Ville. Ils demandent des mesures d'urgence et des amenagements durables.
Pas des ventilateurs. Des amenagements durables.
La nuance est politique. Les parents bisontins ne demandent pas a etre consoles. Ils demandent a etre proteges - leurs enfants, leurs enseignants, leur ecole - contre une realite climatique qui n'est plus exceptionnelle mais structurelle.
Et dans cette demande, la question des renovations thermiques n'est pas une question ideologique entre gauche et droite. C'est une question de physique du batiment. De sante publique. D'adaptation a un futur qui arrive plus vite que prevu.
La question que Besancon pose a la France
Ce qui se joue a Besancon en juin 2026 n'est pas une querelle municipale. C'est un microcosme de la question qui traverse toute la France.
Face au dereglement climatique, les collectivites doivent choisir : investir dans l'adaptation a long terme - isolation thermique, vegetalisation, renaturation, points d'eau permanents - ou gerer la crise au coup par coup avec des ventilateurs, des brumisateurs et des recommandations de prudence.
Le premier choix coute de l'argent maintenant. Le second coute des vies plus tard.
Besancon a deja paye une partie de ce prix. Deux adolescents dans le Doubs. Des enfants en classe a 34 degres. Des enseignants en greve contre la chaleur. Des parents qui culpabilisent d'emmener leurs enfants a l'ecole.
“Dans ces conditions, ca ne s'appelle plus faire cours.”
Enseignant bisontin, sur les conditions de travail pendant la canicule - France 3 BFC, juin 2026 Les eleves de CM1-CM2 de l'ecole des Sapins, eux, ont choisi une autre formule. Ils ont pris un thermometre. Ils ont mesure. Ils ont ecrit.
Monsieur le maire, il fait tres tres chaud dans nos classes.
C'est la formulation la plus simple et la plus exacte du probleme. Et pour l'instant, la seule reponse venue de la mairie reste : 1 560 ventilateurs - et la promesse d'en acheter d'autres.