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Canicule : des patients sur des brancards alignés dans les couloirs, des personnes âgées et des quinquagénaires

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Canicule : des patients sur des brancards alignés dans les couloirs, des personnes âgées et des quinquagénaires

Le plan blanc a été déclenché en Île-de-France vendredi 26 juin. À l'hôpital Georges Pompidou, 53 patients s'entassent dans 20 lits. À Paris, les arrêts cardiaques ont été multipliés par 2,5 en une journée. À Metz, une soixantaine de patients ont afflué en une seule nuit. Et les spécialistes préviennent : le pic de complications n'est pas encore atteint. Le choc vient dans trois à cinq jours.

Les couloirs sont pleins. Ce sont les mots de Philippe Juvin, chef des urgences de l'hôpital européen Georges Pompidou à Paris, vendredi matin sur BFMTV. Des patients sur des brancards alignés dans les passages, des personnes âgées, des quinquagénaires, mais aussi des sans-abri arrivés avec 42°C de température corporelle. Il a rappelé ce matin tous les médecins qui ont, un jour dans leur carrière, travaillé dans son service. « Un certain nombre ont répondu dès ce matin, au premier message », a-t-il dit.
Ce tableau n'est pas spécifique à Paris. Il se reproduit, à des degrés divers, dans la plupart des grandes villes françaises. La canicule entamée le 21 juin a franchi vendredi un seuil que les professionnels de santé qualifient de « cap ». Pas de retour en arrière possible avant plusieurs jours.

L'APPELEN CHIFFRES • 26 JUIN 202620 Lits disponibles à Pompidou (Paris) vs patients présents lits53 • patients265%• + Arrêts cardiaques à Paris25 • mercredi juin / h (contre moins de10 habituellement) Passages aux urgences• iCanicule nationale22 • juin + de (vs -les jours précédents) Consultations SOS Médecins• iCanicule22 • juin (données non consolidées) Hospitalisations quotidiennes pour chaleur (-juin) à dont âgés de ans et plus Hausse d'activité urgences nationale20 • ministre Rist + à27 juin 2026 · lappelfrance.fr

Appels au 15 • hôpital ouest France + 20 %

Facteur d'augmentation coups de chaleur • 15-44 ans • 21-22 juin × 3 à 4 Paris et Île-de-France : plan blanc déclenché, Pompidou au bord

À l'hôpital Pompidou, le chef des urgences a décrit vendredi une situation « extrêmement grave ». Depuis lundi, le flux de patients n'a pas baissé. Il a augmenté la veille. Le service accueille 53 patients pour 20 lits habituels. Les couloirs débordent. Les profils sont variés : personnes âgées déshydratées, patients de cinquante ans en hyperthermie sévère, sans-abri dont la température corporelle dépasse 42°C à l'arrivée.
« On est déjà sous l'eau, on a du mal à prendre en charge les patients qui nous arrivent déjà. » Philippe Juvin, chef des urgences de l'hôpital Georges Pompidou, BFMTV/RMC, 26 juin 2026.

L'AP-HP (Assistance publique-Hôpitaux de Paris) a recensé, dans son bilan de jeudi soir, plus de 2 700 passages aux urgences en 24 heures, dont une centaine directement liés à la canicule. Les patients de plus de 75 ans représentent 18 % de ces passages.

Le préfet de police de Paris, Patrice Faure, a déclaré jeudi soir que les hôpitaux de la capitale sont à « saturation ». Le chef du Samu de Paris, le professeur Frédéric Adnet, a précisé sur Franceinfo : « saturation, mais pas débordement ». Une nuance que les soignants entretiennent pour tenir encore quelques heures.
« Depuis 24 à 48 heures, nous faisons face à des pathologies plus graves : des arrêts cardiaques, des coups de chaleur avec des températures très élevées. » Frédéric Adnet, chef du Samu de Paris, Franceinfo, 25 juin 2026.
Mercredi 25 juin, Paris a enregistré 25 arrêts cardiaques en 24 heures, contre moins de 10 habituellement. Un rapport de 2,5. Le cabinet de la ministre de la Santé a précisé que les premiers décès « ne concernent pas que des personnes âgées déshydratées » mais aussi « des jeunes qui font des arrêts cardiaques ».
En réponse à la saturation, le plan blanc a été officiellement déclenché dans les hôpitaux d'Île-de-France vendredi 26 juin. La Gay Pride, initialement prévue samedi, a été reportée. Philippe Juvin a jugé « totalement déraisonnable » le maintien du festival Solidays.

Une femme de 60 ans est décédée dans un hôpital de l'Oise dans la nuit du 26 au 27 juin, d'un coup de chaleur contracté lors d'un long trajet en voiture sans climatisation.

× 2,5

arrêts cardiaques à Paris mercredi 25 juin vs la normale

Metz-Thionville : 60 patients en une nuit, le plan Hôpital en Tension

Dans le Grand Est, le CHR Metz-Thionville a vécu sa première nuit de crise dans la nuit du 20 au 21 juin. Soixante patients ont afflué en quelques heures à l'hôpital de Mercy, en Moselle, au seul début de l'épisode caniculaire en Lorraine. Le chef du pôle des urgences, Philippe Alarcon, a expliqué à France 3 que cette première vague était surtout composée de personnes âgées dont les maladies chroniques décompensaient sous la chaleur. « Avec la chaleur, une insuffisance cardiaque peut par exemple se majorer », a-t-il précisé.
« Désormais, nous recevons des victimes directes de coups de chaleur. » CHR Metz-Thionville, fin juin 2026. Le basculement entre pathologies aggravées par la chaleur et coups de chaleur directs marque le passage à un stade plus grave de l'épisode.
L'établissement a activé son plan Hôpital en Tension le 25 juin. François Braun, médecin urgentiste et ancien ministre de la Santé, a rappelé que les urgences de Metz et Thionville ont été climatisées et adaptées depuis la canicule de 2003. Mais il n'a pas minimisé la suite. « Comme avec la grippe l'hiver, on sait très bien que malheureusement des patients vont décéder pendant cette canicule. »
La Lorraine est en vigilance rouge jusqu'au week-end du 28 juin. Le nombre d'hospitalisations, préviennent les médecins, « risque de grimper en flèche dans les prochains jours ». Les très jeunes enfants, précise Braun, ne régulent pas leur sensation de soif et constituent une population à risque souvent sous-estimée.

La France région par région : l'état des urgences

PARIS • ÎLE-DE-FRANCE

Plan blanc déclenché • vendredi 26 juin

Pompidou : 53 patients pour 20 lits (+265%) 25 arrêts cardiaques mercredi / 24h (norme : moins de 10) AP-HP : 2 700 passages / 24h dont 100 directement liés à la chaleur

SDF à 42°C de température corporelle à l'arrivée

Préfet de police : hôpitaux à saturation

GRAND EST • LORRAINE • MOSELLE

CHR Metz-Thionville : 60 patients en une nuit dès le 20 juin

Plan Hôpital en Tension activé le 25 juin

Passage aux victimes directes de coups de chaleur

Episode attendu jusqu'au week-end du 28 juin

ARS Grand Est : attention particulière aux handicapés, femmes enceintes, enfants FRANCE DE L'OUEST (ANONYME)

Chef des urgences sorti d'une réunion de crise avec la direction

Chambres devenues intenables : déplacement de lits entre services

Activité urgences stable mais appels au 15 en hausse de 20%

Logique de répartition entre cliniques privées et hôpitaux publics pilotée par l'ARS

OISE

Femme de 60 ans décédée d'un coup de chaleur nuit du 26-27 juin

Arrivée en voiture non climatisée après long trajet

Arrêt cardio-respiratoire à l'arrivée aux urgences

Le pire n'est pas encore là : la loi du décalage thermique Tous les spécialistes répètent la même mise en garde, et elle est peut-être la plus importante à retenir. Le pic d'admissions hospitalières ne survient pas le jour le plus chaud. Il arrive trois à cinq jours après le début de l'épisode intense. Les décompensations de maladies chroniques, elles, peuvent survenir cinq à dix jours plus tard.

Le cabinet de la ministre Stéphanie Rist a précisé jeudi que ces décompensations « surviennent parfois cinq à dix jours après ». La canicule a atteint son intensité maximale autour du 21-22 juin. Le week-end du 26-28 juin se situe donc exactement dans la fenêtre de danger maximale. Et si l'épisode devait durer encore, les urgentistes parlent d'un risque de « grave défaillance du système ».

Santé publique France alerte que +1°C au-dessus des seuils de vigilance provoque une hausse allant jusqu'à 9% des passages aux urgences pour les patients de plus de 75 ans. L'épisode actuel dépasse les seuils de plusieurs degrés sur la quasi-totalité du territoire. (SPF, bulletin du 24 juin 2026)

Santé publique France a qualifié cet épisode de « plus sévère jamais connu à cette époque de l'année ». Son intensité est comparable aux canicules de juillet 2019 et d'août 2003. Or en 2003, plus de 15 000 personnes sont décédées en France. Le souvenir de cette catastrophe hante chaque réunion de crise depuis.

5-10 j

délai avant que les décompensations des maladies chroniques se manifestent aux urgences Les plans d'urgence activés : ORSAN, plan blanc, réserve sanitaire

ESCALADE DES PLANS D'URGENCE SANITAIRE • JUIN 2026

21 juin Déclenchement national de la surveillance renforcée canicule par Santé publique France.

22 juin Explosion des passages aux urgences : + de 650 en une journée pour l'indicateur iCanicule vs 300-450 les jours précédents. Facteur ×3 à ×4 chez les 15-44 ans.

24 juin Activation nationale du plan ORSAN EPI-CLIM niveau 2 par le Premier ministre Lecornu et la ministre Rist. Première à l'échelle nationale. Déprogrammation des opérations non urgentes.

25 juin Réunions de crise dans les hôpitaux. Arrêté ministériel pour mobiliser les étudiants en médecine en renfort des SAMU-SAS. Activation de la réserve sanitaire nationale.

25 juin 25 arrêts cardiaques à Paris en 24h. Premiers décès probablement liés à la chaleur confirmés par le ministère.

26 juin Plan blanc déclenché en Île-de-France. Pompidou à 265% de capacité. Prefet de police : saturation.

26 juin au soir Alerte maximale dans un hôpital de l'Oise. Décès d'une femme de 60 ans d'un coup de chaleur.

Le plan ORSAN (Organisation de la réponse sanitaire), restructuré en 2014, permet une réponse graduée. Le niveau 2 activé le 24 juin correspond à une « saturation confirmée des services de réanimation ». Il impose la déprogrammation des opérations non urgentes et la redistribution des patients entre établissements publics et cliniques privées.
Le niveau 3, dit de « crise majeure », entraînerait la généralisation des déprogrammations, le rappel de tous les personnels soignants en congé, et l'activation complète du plan blanc dans tous les établissements du pays. Les urgentistes préviennent : si l'épisode devait dépasser dix jours, ce niveau 3 deviendrait inévitable.
Le professeur Adnet a lancé un appel public à la création d'un grand plan de climatisation des hôpitaux publics et privés. « On manque de chambres climatisées à l'hôpital, on n'a pas assez de climatisation. » Dans un hôpital de l'ouest de la France, des lits ont été physiquement déplacés d'un service à l'autre parce que certaines chambres étaient devenues trop chaudes pour y maintenir des patients. (Franceinfo, 25 juin 2026)

Ce que le gouvernement a décidé

Face à l'escalade, le Premier ministre Sébastien Lecornu a adressé vendredi une lettre à tous les maires de France. Il a annoncé que l'enveloppe consacrée à la rénovation énergétique dans le plan d'investissement hospitalier de 6 milliards d'euros (2026-2035) sera doublée pour atteindre 600 millions d'euros. Une décision bienvenue - mais dont les effets ne se feront sentir que dans plusieurs années.

La ministre de la Santé Stéphanie Rist a signé un arrêté mobilisant les étudiants en médecine et en soins infirmiers pour renforcer les SAMU-SAS et les centres de régulation médicale. La réserve sanitaire nationale - un réseau de professionnels de santé volontaires mobilisables en urgence - a été activée. Des renforts humains, donc. La question de l'infrastructure - les chambres sans climatisation - reste entière.

600 M€

enveloppe rénovation énergétique des hôpitaux annoncée par Lecornu (objectif 2026-2035) Ce que dit l'histoire : 2003 comme horizon indépassable La canicule d'août 2003 reste la référence absolue dans la mémoire collective sanitaire française. Plus de 15 000 morts en quelques semaines. Des hôpitaux submergés. Des morgues saturées. Des familles parties en vacances, ignorantes. Ce traumatisme a conduit à la création du plan canicule, à l'obligation pour les EHPAD de disposer de pièces rafraîchies, à la mise en place du numéro 0800 06 66 66.

Santé publique France a compilé les données des neuf derniers étés. Sur la période 2015-2024, plus de 155 000 passages aux urgences et plus de 33 000 consultations SOS Médecins ont été recensés pour les indicateurs chaleur-canicule. Près de 11 700 décès sont attribuables à la chaleur lors des seules périodes de canicule sur ces neuf étés. Environ 30 % des décès liés à la chaleur sur une saison surviennent pendant les canicules, qui ne représentent que 4 % des jours de la période de surveillance.

L'épisode actuel a déjà été classé, dès le 24 juin, comme le plus sévère jamais enregistré à cette époque de l'année. Son intensité est comparable à 2003. Et il n'est pas terminé.

53 patients dans 20 lits à Paris. Une femme de 60 ans morte dans sa voiture sans climatisation dans l'Oise. 25 arrêts cardiaques en un jour dans la capitale.

Et dans trois à cinq jours, les médecins attendront le pic des décompensations. Ceux qui ont été exposés trop longtemps à la chaleur, et dont l'organisme cède en différé.

Les hôpitaux sont debout. Pour combien de temps encore dépend du thermomètre.

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