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Quarante morts, des hôpitaux en tension et une France qui attend que ça passe

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Quarante morts, des hôpitaux en tension et une France qui attend que ça passe

 Ce mardi 23 juin, le Premier ministre réunit une cellule de crise. 40 personnes sont mortes par noyade depuis le 18 juin. Le plan ORSAN niveau 2 est déclenché. Les appels au 15 ont bondi de 30 à 40 %. À Bordeaux, trois décès liés à la chaleur. Dans le Rhône, 230 appels aux personnes vulnérables. En Gironde, 650 sapeurs-pompiers mobilisés. Et dans un centre d'animation de Bordeaux, Marguerite, 88 ans, ouvre son cahier de jeux. C'est là qu'elle passe la journée. Parce qu'elle n'a pas d'autre endroit où aller.

SITUATION EN DIRECT - MARDI 23 JUIN 2026

Plan ORSAN niveau 2 déclenché par le gouvernement pour renforcer la régulation médicale et mobiliser le personnel hospitalier.

40 morts par noyade depuis le 18 juin - confirmé par le Premier ministre Sébastien Lecornu lors de la cellule interministérielle de crise, place Beauvau.

Appels au 15 en hausse de 30 à 40 % au niveau national (ministre de la Santé Stéphanie Rist, sur Ici/Radio France).

Gironde : 3 décès directement liés à la chaleur annoncés dimanche par la préfète Sophie Brocas. 650 pompiers mobilisés.

Rhône : 230 appels aux personnes vulnérables depuis vendredi. 4 visites à domicile déclenchées après détection de situations préoccupantes.

Numéro vert national activé depuis le 18 juin : 0 800 06 66 66, gratuit, de 9h à 19h.

Place Beauvau, Paris, mardi 9 heures. Le Premier ministre Sébastien Lecornu ouvre la cellule interministérielle de crise canicule. Météo-France, ministères de l'Éducation, de la Santé, de l'Environnement, de l'Intérieur. Autour de la table, les chefs de service qui suivent les chiffres heure par heure. Le premier que Lecornu annonce est celui des noyades : 40 morts depuis le 18 juin. Essentiellement des jeunes. Il demande qu'on lui présente trois scénarios : court terme, moyen terme, long terme. Parce que personne ne sait encore combien de temps cela va durer.

Dehors, il fait déjà 35 °C à 9 heures du matin.

MARGUERITE, BORDEAUX

88 ans, seule, au frais grâce à une table et une carafe d'eau

Marguerite a 88 ans. Elle vit seule dans un appartement bordelais. Elle n'a pas de climatiseur. Depuis le début de la vague de chaleur, elle passe ses journées dans le centre d'animation du quartier, l'un des espaces climatisés que la ville a mis à disposition. Ce mardi matin, elle est là, cahier de mots croisés ouvert devant elle, une grande carafe d'eau posée sur la table. Une voisine est assise en face. Elles parlent. France 3 Nouvelle-Aquitaine, qui l'a rencontrée hier, rapporte ses mots : « Je suis au frais, j'ai du monde. »

Le soir, elle rentrera chez elle quand les températures auront un peu baissé. Elle préparera un dîner simple. Elle rouvira la fenêtre. Et elle recommencera demain.

Marguerite est l'une des centaines de milliers de personnes âgées isolées à domicile en France qui traversent cette semaine avec les mêmes moyens : pas de climatiseur, un registre communal sur lequel elles sont inscrites, un numéro de téléphone que personne n'a encore appelé, et la chance d'avoir un espace climatisé pas trop loin de chez elles. Toutes n'ont pas cette chance.

« On est mieux que chez moi ! Je suis au frais, j'ai du monde. » Marguerite, 88 ans, Bordeaux, 22 juin 2026.
La préfète de Gironde Sophie Brocas a annoncé dimanche trois décès de personnes âgées directement attribuables à la chaleur dans son département. Elle a appelé la population à la solidarité. « L'ensemble des services de l'État, des collectivités territoriales, des services de secours, des établissements de santé, des opérateurs publics, des associations agréées de sécurité civile ainsi que des acteurs de la solidarité est pleinement mobilisé. » Ce lundi, 650 sapeurs-pompiers étaient déployés dans tout le département, 25 caméras positionnées sur les massifs forestiers, deux bombardiers d'eau en attente à Mérignac et Jonzac.

LES HÔPITAUX

En tension mais pas encore à la rupture

Le plan ORSAN - Organisation de la Réponse du Système de Santé en situations sanitaires exceptionnelles - a été déclenché au niveau 2 ce mardi. Ce niveau mobilise des renforts humains et organise la régulation médicale pour absorber le surcroît d'activité lié à la canicule.

La ministre de la Santé Stéphanie Rist a précisé ce matin que les appels au 15 sont en hausse de 20 à 30 % selon les régions, avec des pointes à 30 à 40 % au niveau national les jours de pic. Ces appels ne débouchent pas tous sur une hospitalisation : une partie aboutit à des conseils téléphoniques, une autre à l'envoi de SOS Médecins. Mais le flux est significatif.

L'urgentiste Agnès Ricard-Hibon, porte-parole de la Société des urgentistes de France, a prévenu dès dimanche que les décompensations de maladies chroniques allaient s'accélérer en début de semaine. Diabète, insuffisance cardiaque, insuffisance rénale, décompensations psychiatriques. Ces patients arrivent aux urgences avec des détresses respiratoires, neurologiques, des états d'inconscience, des convulsions. Ce n'est pas la vague de lundi. C'est celle de mercredi et jeudi, quand les organismes épuisés par plusieurs nuits sans récupération lâcheront.

« On reste vigilant parce que l'effet de la canicule arrive cinq à dix jours après le début. Cette semaine est vraiment la semaine où il faut être très prudent. » Stéphanie Rist, ministre de la Santé, sur Ici/Radio France, 23 juin 2026.

Louis Soulat, médecin urgentiste, résume le calendrier : au début, l'organisme encaisse. C'est probablement à partir de ce mardi ou mercredi que les décompensations vont se multiplier. La question n'est pas si les hôpitaux seront sous pression. C'est à quel point.

En Gironde, à la date du bilan de dimanche, le système de santé n'était pas encore en tension selon les mots mêmes de la préfecture. Mais les médecins interrogés rappellent que les effets sanitaires d'une canicule s'étendent sur une dizaine de jours après le pic thermique. Le pic était lundi. Les conséquences se mesurent donc cette semaine.

DÉPARTEMENT PAR DÉPARTEMENT

Qui fait quoi pour les plus fragiles

Dans le Rhône, le Département a activé depuis vendredi un dispositif de suivi des personnes âgées, isolées ou handicapées. À ce mardi matin, plus de 230 appels téléphoniques ont été passés par les équipes médico-sociales. Quatre situations jugées préoccupantes ont conduit à des visites à domicile pour évaluation. Le Département précise que ces prises de contact seront renouvelées pendant toute la durée de l'épisode.

Dans le Tarn, le Département accompagne plus de 6 700 aidants identifiés sur son territoire. Des contacts réguliers sont établis avec les personnes repérées comme isolées ou fragiles. Pour 2026, le Conseil départemental crée 150 nouvelles places de haltes-répit pour les aidants épuisés, et consacre 175 millions d'euros à l'accompagnement des personnes âgées et handicapées.

À Bordeaux, la ville a prolongé les horaires des parcs et jardins municipaux : jardin public ouvert jusqu'à 23h, parc Bordelais jusqu'à 22h. Des brumisateurs sont déployés dans les espaces publics. Les maraudes pour les sans-abri sont renforcées. Des points d'accès aux douches sont mis à disposition.

À Lyon, les personnes de plus de 65 ans ou handicapées peuvent s'inscrire au registre confidentiel du Plan Canicule pour être appelées en cas d'alerte. À Rennes, une inscription via le CLIC de la Ville. À Toulouse, un recensement volontaire des personnes isolées. À Marseille, le CCAS tient un registre de veille communale avec des interventions ciblées possibles sur le terrain.

À Paris et en Île-de-France, la préfecture de région a déclenché la vigilance rouge dès le 20 juin. Les mairies ont reçu instruction de prolonger leur accompagnement quelques jours après la fin officielle de l'épisode caniculaire, les effets sanitaires pouvant être décalés dans le temps.

CE QUE DEMANDENT LES AUTORITÉS

Les appels à la solidarité et les numéros utiles

Les messages des autorités convergent cette semaine vers une même demande : ne pas laisser les personnes vulnérables seules. La préfète de Gironde Sophie Brocas a formulé cet appel directement à la population : il faut rendre visite aux personnes âgées, les accompagner dans des endroits frais. Ne pas attendre un appel officiel.

Stéphanie Rist, ministre de la Santé, a rappelé que chaque génération doit se mobiliser. Les jeunes doivent prendre des nouvelles de leurs aînés. Les voisins doivent frapper aux portes. Le tissu social est le premier rempart contre les effets de la chaleur, avant même le système de santé.

Le Premier ministre Lecornu a demandé à ses équipes de planifier trois scénarios selon la durée de l'épisode. Ce qui est certain, en l'état, c'est qu'il n'y aura pas de retour à des températures normales avant au moins le 25 juin, et peut-être au-delà. Les nuits restent chaudes, autour de 23 à 26 °C dans les zones les plus touchées. Le corps n'a pas le temps de récupérer entre deux journées.

NUMÉROS ET RESSOURCES — 23 JUIN 2026

Canicule Info Service : 0 800 06 66 66 - gratuit, 9h à 19h, France métropolitaine. Conseils pour se protéger et protéger son entourage.

Urgence médicale (malaise, fièvre élevée, confusion, perte de connaissance) : 15 (SAMU) • 18 (Pompiers) • 112 (urgence européenne).

Plan ORSAN niveau 2 déclenché ce mardi 23 juin. Objectif : renforcer la régulation médicale et mobiliser les personnels hospitaliers.

40 morts par noyade depuis le 18 juin (Premier ministre, 23 juin 2026). Nager uniquement dans des zones surveillées.

S'inscrire au registre communal canicule : contacter sa mairie ou son CCAS. Inscription gratuite, volontaire, confidentielle.

Les effets sanitaires d'une canicule arrivent 5 à 10 jours après le début. Le pic thermique a eu lieu lundi 22 juin. La vigilance doit rester maximale cette semaine.

Gestes essentiels : boire 1,5 litre d'eau par jour même sans soif, fermer les volets le jour, aérer la nuit, éviter les efforts entre 11h et 21h, ne pas rester seul.

Marguerite rentrera chez elle ce soir quand la température baissera un peu. Elle rouvrira la fenêtre. Elle regardera la télévision. Demain matin, elle reviendra au centre d'animation avec son cahier de mots croisés.

Ce qui lui permet de traverser cette semaine, ce n'est pas un plan gouvernemental. C'est une table, une carafe d'eau, et une voisine en face d'elle. La chaleur, en France, ne tue pas seulement parce qu'il fait trop chaud. Elle tue parce que trop de gens restent seuls face à elle.

Par la rédaction • L'Appel · L'Appel
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