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Manger ou payer le loyer la fracture alimentaire au coeur de Besançon

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Manger ou payer le loyer la fracture alimentaire au coeur de Besançon

Huit millions de Francais sous le seuil de la precarite alimentaire. En Franche-Comte, 38 400 personnes aidees chaque annee. Dans les quartiers de Besancon, des associations qui tiennent le filet social a bout de bras - pendant qu'une deputee interpelle les supermaches et que Paris debat d'un cheque qui n'existe pas encore.

Chaque vendredi, vers neuf heures du matin, une file se forme devant l'association de Montrapon. Des familles, des personnes seules, des retraites. Environ 130 foyers. Ils viennent chercher des denrees pour la semaine. Pas par choix. Par necessite. Ce rituel hebdomadaire, discret et regulier, est l'une des fenetres les plus honnetes sur ce que la ville de Besancon ne montre pas dans ses vitrines.

Il y a une arithmetique silencieuse dans les menages les plus fragiles. Elle s'effectue chaque mois, parfois chaque semaine, parfois chaque soir. D'un cote : le loyer, les charges, le bus, les medicaments. De l'autre : ce qui reste pour manger. Souvent, il ne reste presque rien. Et dans ce rien, c'est le reseau associatif bisontin qui intervient - avec ses bras benevoles, ses entrepots debordants, et ses financements publics qui se rarefient.

La geographie de la solidarite

A Besancon, l'aide alimentaire ne fonctionne pas en silo. Elle fonctionne en reseau - fragile, interdependant, et en croissance constante.

Au centre du dispositif  le CCAS (Centre Communal d'Action Sociale), qui coordonne la distribution des denrees via la Banque Alimentaire de Franche-Comte et ses associations partenaires dans les quartiers.

Dans le quartier de la Grette, l'association Epigrette assure une presence de proximite. A Palente, c'est l'association Potage et Papotages qui tient la corde. La Croix-Rouge opera sur plusieurs points de la ville. Et dans le quartier de Montrapon, l'association locale distribue chaque vendredi a environ 130 familles - un chiffre documente par macommune.info qui dit tout du besoin.

Ce tissu associatif est ce qui empeche le filet social de se dechirer completement. Mais il travaille dans des conditions de plus en plus difficiles.

En octobre 2025, la Banque Alimentaire de Franche-Comte a demenage dans de nouveaux locaux a Thise, au 4 rue du Gay. La surface de stockage est passee de 1 200 a 4 000 metres carres. Ce triplement de la superficie n'est pas une ambition. C'est une reponse a l'urgence.

Les chiffres qui font mal

La Banque Alimentaire de Franche-Comte aide aujourd'hui 38 400 personnes en situation de precarite dans les departements du Doubs, de la Haute-Saone et du Territoire de Belfort.

En 2024, lors de la grande collecte nationale, ce sont 36 000 personnes - dont 16 000 foyers - qui ont beneficie de l'aide en Franche-Comte. La tendance est a la hausse depuis 2018, de maniere continue et reguliere.

Au niveau national, le tableau est plus sombre encore. Selon les chiffres du reseau des epiceries solidaires (ANDES), le nombre de beneficiaires est passe de 170 000 en 2019 a 260 000 en 2024 : une hausse de 53 % en cinq ans.

Et la France comptait, au moment ou la deputee Dominique Voynet prenait sa plume, pres de 8 millions de personnes en situation de precarite alimentaire.

Ces chiffres ne sont pas des abstractions. Ce sont des gens qui calculent. Des etudiants qui sautent un repas. Des parents qui mangent moins pour que leurs enfants mangent davantage. Des retraites qui hesitent au rayon fromages.

"Dans le Doubs comme ailleurs, des femmes, des hommes, des familles doivent chaque jour arbitrer entre se nourrir, se loger, se chauffer ou se soigner." - Dominique Voynet, deputee ecologiste du Doubs, lettre du 11 juin 2026

La lettre qui interpelle les supermaches

Le 11 juin 2026, Dominique Voynet, deputee ecologiste du Doubs, a adresse un courrier aux responsables des principales enseignes de la grande distribution de Besancon.

Elle commence par l'urgence  8 millions de Francais en precarite alimentaire. Elle decrit les associations qui prennent le relais - mais dans "un contexte de plus en plus difficile : hausse de la pauvrete, couts logistiques en progression et ressources d'autant plus insuffisantes que les soutiens publics se tarissent".

Puis elle pointe une anomalie peu connue du grand public. Lors des collectes solidaires organisees en magasin - ces moments ou les clients deposent dans un caddy des boites de conserve ou des paquets de pates -, le don du client ne beneficie pas integralement aux associations.

Pourquoi ? Parce que les grandes surfaces conservent leur marge commerciale sur les produits collectes. L'acheteur croit donner l'integralite de son geste. En realite, une partie finance les marges du distributeur.

"Lorsqu'un citoyen fait un don, l'integralite de son geste devrait beneficier a la solidarite alimentaire", ecrit Voynet. Elle cite l'exemple Biocoop : ce reseau reverse deja ses marges commerciales aux associations lors de ses collectes bio solidaires. Elle plaide pour que ce modele devienne la norme.

Et elle annonce "Une proposition de loi transpartisane est en preparation, qui vise a inscrire ce principe dans la loi." Si ce texte passe, chaque euro depose dans un caddy de collecte ira integralement aux associations. Le principe est simple. L'impact financier pourrait etre significatif.

"Lorsqu'un citoyen fait un don, l'integralite de son geste devrait beneficier a la solidarite alimentaire. Le reversement integral des marges realisees sur les produits collectes doit devenir la norme." - Dominique Voynet, juin 2026

Le cheque alimentaire  une promesse qui marche encore sur des oeufs L'idee circule depuis 2020. Un cheque alimentaire pour les menages modestes - un dispositif qui leur permettrait d'acheter des produits frais, locaux, de qualite, sans calcul angoissant en caisse.

En 2025, les Ecologistes ont propose une version ambitieuse : 150 euros par mois et par personne, universelle. Cout estime : 120 milliards d'euros. Trop couteux pour etre adopte en l'etat.

Le gouvernement a fait un pas lateral. Une experimentation est en cours en Seine-Saint-Denis, sous le nom "Vital'im" : 50 euros par personne et par mois, verses pendant six mois. Les premiers resultats sont attendus fin 2026.

Si une generalisation avait lieu, le montant envisage serait d'environ 100 euros par foyer, plus 50 euros par enfant a charge. Distribution automatique pour les beneficiaires du RSA, de l'AAH et de l'ASPA via la CAF. Sur demande aupres du CCAS pour les autres publics : etudiants, familles precaires, travailleurs pauvres.

Mais pour l'instant, le cheque alimentaire national n'existe pas. Besancon, comme la plupart des villes de France, ne beneficie pas de ce dispositif. Les families qui calculent a Planoise ou a Palente dependent toujours du bon vouloir des associations, des collectes et des benevoles.

Ce qui marche, ce qui manque, ce qui peut changer

Ce qui marche  le tissu associatif bisontin est remarquable. Des dizaines d'associations, 250 benevoles a la Banque Alimentaire seule, une coordinaton via le CCAS qui evite les doublons. Le modele de proximite - une association par quartier, connue des habitants - est ce qui fait la difference entre une aide recue et une aide refusee.

Ce qui manque le financement public stable. Les associations le disent toutes : les soutiens publics se rarefient. L'Etat et les collectivites reduisent leurs contributions, et les associations sont priees de "faire plus avec moins". Dans ce contexte, une collecte en magasin dont les marges vont au distributeur plutot qu'aux beneficiaires represente un probleme concret, pas un detail.

Ce qui fragilise  la dependance aux dons ponctuels. Les collectes nationales (novembre) et locales (juin en Franche-Comte) sont des bouffees d'oxygene necessaires. Mais elles ne permettent pas de planifier. Une association qui ne sait pas ce qu'elle aura la semaine prochaine ne peut pas construire un projet d'accompagnement a long terme.

Ce qui peut changer a court terme : la proposition Voynet. Si la loi sur le reversement integral des marges commerciales lors des collectes est adoptee, les associations bisontines recevront davantage a chaque collecte, sans effort supplementaire ni subvention publique. C'est de l'argent qui existe deja - il change juste de poche.

Ce qui peut changer a moyen terme : le cheque alimentaire. Si l'experimentation de Seine-Saint-Denis donne des resultats probants et que le gouvernement decide une extension nationale, des milliers de familles bisontines - beneficiaires du RSA, allocataires de l'AAH, etudiants en grande difficulte - accederaient a une aide directe et mensuelle. Le CCAS serait le point d'entree pour ceux qui ne sont pas automatiquement eligibles.

Ce qui demande une refonte plus profonde  l'architecture meme de l'aide alimentaire en France. Le modele actuel repose sur la charite (les dons des particuliers), le benevola (des centaines de milliers d'heures non remuneration) et des financements publics insuffisants. Ce systeme est genereux - mais il est fragile, inegal selon les territoires, et structurellement incapable de repondre a une crise qui augmente chaque annee. La Securite Sociale de l'Alimentation (SSA) - un modele inspire de la Secu, finance par des cotisations, qui donnerait a chaque citoyen un "compte alimentation" mensuel - est debattue depuis plusieurs annees dans les cercles militants et academiques. Elle n'est pas a portee de vote, mais elle pose la bonne question : est-ce que se nourrir correctement est un droit ou une variable d'ajustement ?

"Face a cette realite, les associations d'aide alimentaire essayent de prendre le relais. Mais elles agissent dans un contexte de plus en plus difficile : hausse de la pauvrete, couts logistiques en progression et ressources d'autant plus insuffisantes que les soutiens publics se tarissent." - Dominique Voynet, juin 2026

Ce que vous pouvez faire, maintenant, a Besancon

En attendant les lois et les cheques, le reseau associatif bisontin continue. Il a besoin de deux choses surtout.

Des denrees, d'abord. La Banque Alimentaire de Franche-Comte, desormais installee a Thise, accept les dons toute l'annee. Les associations de quartier (Epigrette, Potage et Papotages, Montrapon) acceptent les produits secs, les conserves, les produits d'hygiene.

Des bras, ensuite. La Banque Alimentaire fonctionne avec 250 benevoles et 4 salaries. Chaque nouvelle paire de mains - pour les collectes, les distributions, la logistique - est un peu de capacite supplementaire.

Et une voix, aussi. La proposition de loi sur les marges des collectes portee par Voynet a besoin d'etre soutenue publiquement. Une petition, un message a l'enseigne de votre quartier pour lui demander de rejoindre le modele Biocoop, un courrier a votre depute : ce sont des gestes qui comptent.

La file du vendredi matin devant l'association de Montrapon ne doit pas etre une constante. C'est une urgence deguisee en routine. Et les urgences deguisees sont les plus dangereuses - parce que personne ne les voit arriver, jusqu'au jour ou elles deviennent impossibles a ignorer.

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