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Ginko : gratuit le samedi, en greve le lundi

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Ginko : gratuit le samedi, en greve le lundi

Gratuite partielle, greve sur la securite des conducteurs, bus climatises, nouveau terminus en chantier : le reseau de transport bisontin traverse en 2026 une annee de transformations et de contradictions. Ce qu'il faut savoir, et ce que personne ne vous dit.

Le 5 juillet 2025, Besancon a vecu son premier samedi sans ticket. Sur le tram comme dans les bus, personne ne validait plus rien. Certains usagers ne le savaient meme pas. D'autres le savaient tres bien - et en avaient besoin. Six mois plus tard, des conducteurs se mettaient en greve pour reclamer le droit de ne pas etre seuls dans leur cabine face a des passagers agressifs. Le reseau Ginko est exactement cela en 2026 : une bonne nouvelle et une mauvaise nouvelle au meme arret.

Place de la Revolution, samedi 5 juillet 2025. La grande braderie du centre-ville bat son plein. Les gens affluent. Sur le quai du tramway, quelque chose a change : pas de pression, pas de validation, pas de regard vers le controleur. Une usagere interrogee par ICI Besancon resume la journee : "Pour les personnes en situation de precarite, c'est super. Ce matin, ca m'a donne envie de venir en ville." Une autre : "Je ne savais pas du tout, c'est trop cool !" C'est exactement ce que la metropole avait voulu produire.

Le samedi gratuit , une decision politique, pas un cadeau Ce n'est pas tombe du ciel. Le 10 avril 2025, apres deux heures de debat tendu au sein du conseil de Grand Besancon Metropole - deux heures d'invectives entre pro et anti gratuite selon Hebdo25 - les elus ont vote les nouvelles mesures tarifaires du reseau Ginko.

Effective au 1er juillet 2025 , la gratuite totale chaque samedi, de 4h30 a 2h30 du dimanche, pour tout le monde, sans validation obligatoire. Et la gratuite annuelle pour les enfants de 4 a 14 ans, ainsi que pour les collegiens de plus de 14 ans sur presentation d'un certificat de scolarite.

Egalement : un abonnement mensuel a 2 euros pour les beneficiaires du RSA residant dans la metropole. Un tarif jeunes-etudiants a 16,80 euros par mois pour les 15-25 ans.

La presidente de Grand Besancon Metropole Anne Vignot a justifie ces mesures sur plusieurs fronts : equite sociale ("On a des collegiens qui, dans un meme college, ont la gratuite des transports scolaires et d'autres pas"), attractivite commerciale ("Cela permettra aux familles de se rendre au centre-ville, d'acceder au cinema et aux evenements sportifs"), et enjeu climatique (le report de la voiture vers les transports collectifs).

La metropole a qualifie l'ensemble de l'operation "d'action de justice sociale". Ce n'est pas faux. Mais ce n'est pas non plus entierement gratuit.

Trois millions d'euros par an : qui paie ?

Le cout supplementaire de ces mesures a ete evalue a 3 millions d'euros par an pour Grand Besancon Metropole.

La collectivite a choisi de le financer principalement par une hausse du "versement mobilite" - une taxe payee par les entreprises de onze salaries et plus. Anne Vignot elle-meme a admis, lors du vote, que "le financement devrait encore etre affine". Une formule qui laisse ouverte la question d'une hausse future des abonnements classiques.

L'enjeu politique est visible. La gratuite partielle est devenue un sujet de campagne pour les municipales de 2026. Plusieurs candidats ont ete interroges par ICI Besancon en decembre 2025 : faut-il la maintenir, l'etendre, ou au contraire la supprimer ? Les reponses varient selon les sensibilites. Mais personne n'ose vraiment proposer de la supprimer.

Reste une question de fond : une gratuite partielle suffit-elle a changer les habitudes de deplacement ? Ou faut-il aller plus loin - vers une gratuite totale et permanente comme l'ont fait certaines villes francaises et europeennes ? Ce debat n'a pas eu lieu serieusement a Besancon. Il aura lieu lors de la prochaine election.

"On a des collegiens qui, dans un meme college, ont la gratuite des transports scolaires et d'autres pas. Ces mesures sont une action de justice sociale." - Anne Vignot, presidente de Grand Besancon Metropole, avril 2025

Quand la securite devient variable d'ajustement

L'autre face du reseau Ginko en 2026, c'est le conflit social qui couve depuis decembre 2025.

Depuis fin 2025, la direction de Keolis Besancon Mobilites - l'entreprise qui exploite Ginko depuis janvier 2025 sous contrat de sept ans avec la metropole - cherche a faire des economies. Elle a decide de reduire les effectifs dans les bus et les tramways.

Le point de friction central : le travail en "binome" dans les transports. Cet accord - date de 2017, toujours en vigueur selon le syndicat CFE-CGC - garantissait a certains postes la presence de deux agents plutot qu'un. La direction a cesse de l'appliquer a partir du 5 janvier 2026, selon le syndicat.

Le 24 janvier 2026, la CFE-CGC a declenche une greve "massive" des agents de maitrise. Sept agents de maitrise sur douze en greve. Cinq regulateurs sur six prevus absents. Sur les quais ce samedi-la, les usagers ont commence a constater des perturbations a partir de 19h. Le reseau a ete quasi a l'arret en soiree.

Le 14 fevrier 2026, deuxieme greve , treize agents en greve (six conducteurs, trois regulateurs, quatre agents de maitrise). Encore un samedi. Encore des perturbations.

Le syndicat est clair sur la nature du conflit : "Cette situation n'est pas le fruit d'un mouvement isole, mais l'aboutissement d'un conflit social profond autour de la securite et du respect du dialogue social." Ce que cela signifie concretement pour l'usager : un conducteur seul face a des situations qui peuvent devenir tendues. Pas de regulateur pour intervenir. Pas de binome pour faire tampon. La gratuite du samedi a ramene plus de monde dans les transports. Est-ce que les conditions de travail des conducteurs ont ete adaptees en consequence ? Rien ne l'indique.

"Cette situation n'est pas le fruit d'un mouvement isole, mais l'aboutissement d'un conflit social profond autour de la securite et du respect du dialogue social." - Syndicat CFE-CGC, Keolis Besancon Mobilites, janvier 2026

49 bus climatises : la moitie de la flotte qui en a besoin Le 25 juin 2026, Grand Besancon Metropole a annonce une bonne nouvelle : quinze bus supplementaires viennent d'etre equipes d'un systeme de climatisation.

Le bilan de l'operation  49 vehicules climatises sur les 115 que compte la flotte Ginko. Le taux passe de 30 % a 42 % du parc total.

Les chiffres techniques  la climatisation s'active automatiquement a partir de 28 degres a l'exterieur. Elle permet d'abaisser la temperature interieure d'environ 5 degres. Tous les bus circulant durant la periode estivale beneficieront desormais de ce dispositif.

L'investissement : 385 000 euros hors taxes pour ces quinze vehicules supplementaires.

Ce qui reste non-dit , 58 % de la flotte n'est toujours pas climatisee. Dans une ville ou les episodes de canicule se multiplient - comme partout en France -, attendre un bus non climatise en plein ete sur un arret expose au soleil reste une realite pour une majorite des usagers. La progression est reelle. L'objectif n'est pas encore atteint.

En parallele, Keolis Besancon Mobilites a remporte le grand prix MOBCO Innovations dans la categorie "Transition energetique et environnement" le 9 juin 2026. Une distinction qui souligne l'engagement du reseau - mais qui ne fait pas baisser la temperature dans les 66 bus non climatises.

Brulard 4  le chantier qui va changer le tramway C'est la grande transformation annoncee du reseau. La creation d'un quatrieme terminus de tramway a Brulard - dans le nord-ouest de la ville, vers les Hauts du Chazal.

Les travaux preparatoires ont commence mi-janvier 2026 : devoiement des reseaux de gaz a la station Brulard. Mars 2026  interventions d'Enedis sur le reseau electrique. La construction principale est prevue d'avril a octobre 2026. Budget : 3,5 millions d'euros.

Quand ce terminus entrera en service - prevu courant 2026, avec une mise en exploitation attendue avant la fin de l'annee -, les frequences changeront significativement.

Sur la ligne T2, une rame toutes les 5 minutes. Sur la T1, une rame toutes les 8 minutes. Sur le tronc commun (Hauts du Chazal / Parc Micaud), un tramway toutes les 3 a 4 minutes. Pour les usagers qui empruntent quotidiennement le tram aux heures de pointe, c'est un changement majeur.

Ce projet s'inscrit dans une modernisation plus large. Depuis novembre 2025, de nouvelles rames Alstom Citadis de 33 metres sont entrees en service. Premiere rame a etre mise en circulation : la "Germaine Tillion", le 10 novembre 2025. Capacite  201 passagers, contre 130 dans les anciennes rames. Huit nouvelles rames au total sont prevues d'ici fin 2026.

Depuis decembre 2025 deja, la frequence sur les lignes T1 et T2 est passee de 12 a 10 minutes. Sur le tronc commun, un tram passe toutes les 5 minutes.

Le reseau en 2026 : deux vitesses, un seul reseau Ginko transporte plus de 9,5 millions de voyageurs par an sur son seul tramway. Il couvre 67 communes. Il exploite 2 lignes de tram, 56 lignes de bus, un service de transport a la demande (Flexo), et un systeme de velos en libre-service.

Ce reseau est en expansion - nouvelles rames, nouveau terminus, meilleures frequences. Et il attire davantage d'usagers - la gratuite du samedi a visiiblement fonctionne. Les premiers samedis post-gratuite ont montre un afflux notable de voyageurs.

Mais ce meme reseau est en tension sociale depuis decembre 2025. La direction economise sur les effectifs au moment ou la frequentation augmente. Le syndicat affirme que l'accord de securite de 2017 est viole. Et les conducteurs ont manifeste deux samedis de suite - precisement les jours ou la gratuite est censeee rayonner.

Cette contradiction est le coeur du probleme. Grand Besancon Metropole investit dans l'infrastructure et dans l'accessibilite. Keolis, l'exploitant, comprime les couts humains. Ces deux logiques coexistent dans le meme reseau, sous le meme contrat de sept ans signe en janvier 2025.

Pour l'usager qui monte dans le bus le lundi matin, tout cela est invisible. Il sait que le samedi c'est gratuit. Il ne sait pas toujours que le conducteur devant lui travaille seul dans des conditions que son propre syndicat qualifie de dangereuses. La bonne nouvelle et la mauvaise nouvelle sont au meme arret.

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