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À Besançon, une fresque pour Lyhanna survit à la décision de l’effacer

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À Besançon, une fresque pour Lyhanna survit à la décision de l’effacer

 Epoch Times Le dimanche 14 juin 2026, à six heures du matin, un homme s'est posté devant le mur d'une passerelle piétonne du boulevard Diderot à Besançon, a ouvert ses bombes de peinture, et a commencé à travailler. Vingt heures plus tard, une fresque monumentale représentant la Justice - une femme aux yeux bandés, enceinte, tenant un nourrisson dans les bras, accompagnée d'un enfant - couvrait le béton grisâtre. L'artiste s'appelle Nacle. Son œuvre était dédiée à Lyhanna, 11 ans, assassinée dans le Gers début juin. Et la mairie de Besançon a d'abord décidé de l'effacer.

La naissance d'une œuvre et d'une polémique

Dimanche 14 juin, 6h du matin

| Une Justice enceinte boulevard Diderot - vingt heures de travail, zéro autorisation

Nacle n'est pas inconnu à Besançon. Ce street-artiste bisontin peint les murs de sa ville depuis des années, avec une méthode simple : choisir un support, choisir un message, travailler. Le dimanche 14 juin, il a choisi le mur de la passerelle piétonne du boulevard Diderot - un mur qu'il décrit comme « dégradé et peu entretenu », couvert de tags et de graffitis sans intention particulière - pour rendre hommage à Lyhanna et à tous les enfants victimes de violences en France.
L'œuvre est monumentale et immédiatement lisible. Une femme en robe blanche, aux yeux bandés - la Marianne de la Justice -, enceinte, tenant un nourrisson contre elle. À ses côtés, une petite fille. Le tout peint en aplats clairs, dans un style figuratif évocateur, sur plusieurs mètres carrés de béton. Le message que Nacle voulait envoyer était précis : « mettre des enfants aux côtés de la Justice ». L'inviter à regarder, à entendre, à protéger. « On entend beaucoup parler de cette affaire dans les médias, ça a mis en évidence un problème avec la justice en France et de l'écoute des enfants », explique l'artiste.
Dès le dimanche après-midi, les passants s'arrêtent. Des automobilistes klaxonnent en signe d'approbation. Des habitantes du quartier découvrent l'œuvre et ne peuvent plus s'en détacher. « C'est comme si elle avait toujours été là », dira l'une d'elles. Une autre y voit « toute la noirceur de la Justice ». Un homme décrit « le symbole d'une justice française aveugle, laxiste et incompétente ». Une troisième préfère lire « une justice maternante ». En quelques heures, la fresque appartient déjà au quartier avant même d'être terminée.
« Le seul message que je veux envoyer est de mettre des enfants aux côtés de la justice. »

- Nacle, street-artiste bisontin

Le maire ordonne l'effacement

| Un appel téléphonique, une décision, et un artiste en pleine incompréhension Ludovic Fagaut, élu maire de Besançon sous l'étiquette LR lors des municipales du 22 mars 2026, est informé de l'existence de la fresque le dimanche soir - par un élu de son équipe qui l'a repérée. Il précise plus tard avoir reçu, le mercredi précédent, un message Instagram de Nacle qui lui demandait une autorisation, message tombé dans ses spams sans qu'il le voie. Sa première réaction est ferme : la fresque sera effacée.

Le lundi 15 juin à 11h30, Nacle est toujours en train de travailler aux finitions quand un intermédiaire de la mairie l'appelle pour lui signifier l'effacement prochain de l'œuvre. « Je suis dans l'incompréhension totale », réagit l'artiste. Sa logique est simple : le mur était déjà dégradé, son œuvre en améliore l'aspect, le message est universellement compris comme légitime. Pourquoi effacer ce qui embellit et interpelle, là où des graffitis anonymes restent en place depuis des années ?
La réponse du maire ne se fait pas attendre. Dans un communiqué puis dans des déclarations à ICI Besançon, Ludovic Fagaut développe sa position : « On ne peut pas tolérer que des artistes, quels qu'ils soient, avec toute la bonne intention qui peut être la leur, avec toute la beauté de leur art, qu'ils puissent utiliser des murs qui ne sont pas destinés à ces effets-là, parce qu'après on sort d'un cadre de fonctionnement, qui n'est pas du tout acceptable. » La règle, dit-il, s'applique à tous, sans exception.
Le communiqué municipal tente d'équilibrer la position : « Le Maire ne remet pas en cause le message sociétal suscitant aujourd'hui des réactions, ni même la qualité artistique de l'œuvre. Il souligne l'importance de respecter les espaces dédiés à l'expression libre, conformément à la loi. » Mais le fond reste : la fresque doit disparaître.
« Je ne suis pas là pour imposer un dogme ou une idéologie, je suis juste là pour interpeller les gens et les faire réagir à travers leurs émotions. »

Lundi 15 juin, entre midi et 14h

| Un coup de téléphone du maire lui-même change tout

Entre midi et 14h le même lundi, quelque chose change. Ludovic Fagaut appelle Nacle en personne. Non plus par intermédiaire - le maire lui-même. Les deux hommes parlent. L'artiste, selon ses propres mots, « donne des arguments ». Il évoque la réaction des passants, les femmes qui se sont mises à pleurer devant l'œuvre, les habitants qui s'y sont immédiatement attachés. Le maire écoute. Et il propose une rencontre « très prochainement » pour trouver un terrain d'entente.
L'effacement est suspendu. Provisoirement. La fresque bénéficie d'un « sursis temporaire », selon la formulation prudente des médias locaux. Mais une condition est posée d'emblée par Fagaut : l'œuvre « devra être recouverte à un moment pour redonner au mur son aspect d'origine ». La règle reste la règle. La loi d'urbanisme s'applique. Et Nacle lui-même l'admet : il n'avait pas les autorisations nécessaires.

Le quartier se mobilise

Mardi 16 juin, 8h du matin

| Une quinzaine d'habitants autour de la passerelle pour protéger une fresque qui leur appartient déjà

Le mardi matin, Nacle revient boulevard Diderot pour achever les derniers détails de la fresque. Il n'est pas seul. Une quinzaine d'habitants du quartier se sont spontanément rassemblés autour de la passerelle pour « soutenir » l'initiative. Des roses blanches et des ballons ont été déposés au pied du mur. Des messages manuscrits sont accrochés à la palissade. Le quartier a adopté la fresque avant même que la question de son avenir soit tranchée.

C'est ce mouvement populaire spontané - difficilement quantifiable mais parfaitement visible - qui illustre mieux que n'importe quel sondage la nature du débat ouvert par cette affaire. D'un côté, une règle administrative légitime : on ne peint pas sur les murs publics sans autorisation. De l'autre, une réalité émotionnelle et sociale : une œuvre qui a immédiatement résonné avec quelque chose de profond dans la population d'un quartier, dans un pays encore sous le choc de la mort de Lyhanna.

Béatrice, une habitante de l'avenue Fontaine Argent : « C'est comme si elle avait toujours été là. Cela nous a fait regarder nos murs, on a été très touché. » Alain, qui passe chaque matin sous la passerelle pour aller travailler : « Avant on ne voyait même plus nos façades, c'était invisible et triste. Pour le quartier c'est idéal. » Et Sylvie, plus simplement : « C'est notre fresque à nous. »

Un collectif informel se forme même dans les jours suivants pour demander à leur bailleur de commander des œuvres similaires sur les façades d'immeubles récemment ravalées du quartier. La fresque, prévue comme un acte artistique ponctuel, est devenue le déclencheur d'une conversation sur la place de l'art dans la ville.

« Avant on ne voyait même plus nos façades, c'était invisible et triste. Pour le quartier c'est idéal, avec les nombreux jeunes qui vont à l'école, au collège ou au lycée. »

- Alain, habitant du quartier Diderot - France 3, 16 juin 2026

Jeudi 18 juin : le maire choisit la conservation

Le retournement final

| Fagaut annonce la « régularisation » - et propose d'ouvrir de nouveaux espaces d'expression
Ce jeudi 18 juin, Ludovic Fagaut tranche. Dans un post sur ses réseaux sociaux, le maire de Besançon annonce officiellement sa décision : la fresque sera « régularisée ». Non plus simplement tolérée provisoirement, mais reconnue, assumée, conservée. Le mot « régulariser » est juridiquement et politiquement fort - il signifie que la ville prend en charge les conséquences administratives de l'absence d'autorisation initiale, et qu'elle assume la présence de l'œuvre sur l'espace public.
Dans sa déclaration, Fagaut voit dans la fresque « un message fort » et loue « le talent » des artistes bisontins. Il développe une vision en trois points : conserver l'œuvre de Nacle boulevard Diderot, ouvrir davantage d'espaces dédiés aux arts urbains en développant les murs d'expression libre à Besançon, et mettre en place un projet pédagogique associant l'artiste, les écoles et les habitants autour de cette œuvre. « Besançon a fait le choix de l'art, de ses talents et de la pédagogie », conclut-il dans une vidéo publiée sur ses réseaux.
Pour Nacle, qui n'avait pas dormi depuis le coup de téléphone de lundi matin, c'est une victoire. Mais une victoire nuancée, dit-il : il n'a jamais voulu que cette affaire devienne une confrontation avec la mairie. « Mon téléphone n'arrête pas de sonner, beaucoup de gens voulaient la voir avant qu'elle soit effacée, mais moi je n'avance pas avec tout cela ! » avait-il dit à mi-parcours. Ce qu'il voulait, c'était peindre. Ce qu'il a obtenu, c'est que sa peinture reste.
« La fresque réalisée par Nacle boulevard Diderot nous touche tous, bien évidemment. Son message est fort, sa qualité artistique est évidente. En écho à la protection de l'enfance, elle dit quelque chose d'essentiel. Besançon a fait le choix de l'art, de ses talents et de la pédagogie. »

Ce que cette histoire dit de nous

Lecture de fond

| Une fresque sans autorisation qui résiste - et ce que cela révèle sur le deuil collectif La séquence bisontine de juin 2026 est plus qu'un fait divers local sur un désaccord entre un artiste et une mairie. Elle dit quelque chose sur la manière dont les sociétés traversent certaines épreuves - et sur les formes que prend le deuil collectif quand les institutions ne suffisent pas.

Lyhanna avait 11 ans. Elle a été assassinée par un homme qui faisait l'objet de quatre plaintes et deux signalements pour pédocriminalité, et qui n'avait jamais été entendu par la justice. La mort de Lyhanna a déclenché en France une onde de choc qui n'a pas trouvé dans les mots officiels ce dont elle avait besoin. Pas dans les communiqués gouvernementaux, pas dans les conférences de presse des ministres, pas dans les plans d'action annoncés. Alors, à Besançon, un homme a pris des bombes de peinture à six heures du matin.

Cet acte - impulsif, sans autorisation, irréfléchi sur le plan administratif - a produit quelque chose que les institutions n'arrivent pas toujours à produire : un espace de reconnaissance. Un endroit où passer, regarder, et savoir qu'on n'est pas seul à ressentir ce qu'on ressent. C'est pour cette raison que des femmes se sont mises à pleurer devant le mur d'une passerelle bisontine. Non pas parce que la fresque est extraordinaire - même si elle l'est - mais parce qu'elle était là où elles ne s'attendaient pas à trouver quelque chose.

Et c'est peut-être la leçon la plus intéressante de toute cette séquence. La mairie avait raison sur le droit. L'artiste avait tort sur la procédure. Et pourtant, c'est l'artiste qui avait raison sur l'essentiel. Les villes ne sont pas faites que de règles d'urbanisme. Elles sont faites de murs que des gens regardent chaque matin en allant au travail, en emmenant leurs enfants à l'école, en rentrant chez eux le soir. Et parfois, ce qui est peint sur ces murs dit plus vrai que tout ce qui est écrit dans les délibérations du conseil municipal.

 Du dimanche 14 au jeudi 18 juin 2026, Besançon a vécu en accéléré ce que toute la France vit au ralenti depuis la mort de Lyhanna : la tension entre les règles qui organisent la vie commune et les émotions qui débordent quand ces règles semblent avoir failli. Nacle a peint sans autorisation. La mairie a failli effacer sans dialogue. Les habitants ont dit non sans violence. Et le maire a finalement choisi d'entendre. Cinq jours pour traverser le cycle complet : la colère, l'incompréhension, la mobilisation, et le compromis. Pas une résolution - une fresque ne répare rien. Mais un geste. Et les gestes, parfois, comptent.

Par la rédaction de L’APPEL - GRAND REPORTAGE · L'Appel
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