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Logement social à Besançon : des familles attendent depuis plus de cinq ans

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Logement social à Besançon : des familles attendent depuis plus de cinq ans

Logement social à Besançon : pour de nombreuses familles, trouver un logement abordable est devenu un véritable parcours du combattant. Certaines attendent depuis plus de cinq ans une attribution, tandis que la demande continue d’augmenter et que les constructions restent insuffisantes.

ENQUETE • LOGEMENT • BESANÇON • SOCIETE

Un toit - juste un toit

Ils ont déposé leur dossier. Ils ont attendu. Puis attendu encore. Certains attendent depuis trois ans - cinq ans - parfois plus. Pendant ce temps - Besançon a besoin de 3 400 nouveaux logements d’ici 2040 et n’en construit que 150 par an. Enquête sur une crise silencieuse au cœur de la Franche-Comté.

Par la Rédaction L’Appel - Besançon - juin 2026

Nadia a 38 ans. Elle vit avec ses deux enfants dans un appartement de 42 m² dans le quartier de Planoise. Elle a déposé une demande de logement social à Grand Besançon Métropole il y a trois ans et demi. Depuis - elle a renouvelé son dossier chaque année comme la loi l’exige. Elle n’a pas reçu de réponse négative. Elle n’a pas reçu de réponse du tout. « Je ne sais pas où j’en suis - dit-elle. Je ne sais pas si mon dossier existe encore. Je ne sais pas combien de personnes sont devant moi. Je ne sais rien. »

Le formulaire - puis le vide

Ce que vit Nadia - prénom modifié - n’est pas une exception. C’est le quotidien de milliers de Bisontins qui naviguent dans un système conçu pour gérer la rareté - mais pas pour l’expliquer.

La démarche est simple en apparence. Grand Besançon Métropole gère un dispositif unique de gestion de la demande de logement social pour l’agglomération. On dépose un dossier en ligne. On reçoit un numéro unique de demandeur. On renouvelle chaque année. Et on attend que la Commission d’Attribution des Logements - composée de représentants des bailleurs et du maire - examine les dossiers et propose un logement.

La réalité est différente. Les délais d’attente ne sont pas affichés. Les critères de priorité - bien qu’encadrés par la loi - restent opaques pour la plupart des demandeurs. Et le nombre de logements qui se libèrent chaque année est infime face au nombre de dossiers en attente.

« J’ai trois enfants. Mon mari travaille. Je travaille. On ne peut pas payer le logement privé pour une famille de cinq. Le logement social - c’est la seule solution. Mais on nous dit d’attendre. Attendre quoi ? Jusqu’à quand ? Personne ne nous répond. »

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Les chiffres qui expliquent l’impossible

Pour comprendre pourquoi l’attente est si longue - il faut comprendre l’équation fondamentale. D’un côté - la demande. De l’autre - l’offre. Et entre les deux - un gouffre qui se creuse.

Au niveau national - près de 2,9 millions de ménages sont en attente d’un logement social fin 2025 - un record historique selon mabourse.fr. L’Union sociale pour l’habitat évoque 2,6 millions de ménages en attente - un chiffre en hausse de 7,5 % - rapporté par La Presse du Doubs. Et à Besançon - la situation locale reflète exactement cette tension nationale.

Les documents de planification locale sont sans ambiguïté : Besançon a besoin de 3 400 nouveaux logements d’ici 2040. Mais en 2024 - seulement 150 logements ont été construits. Soit vingt-deux fois moins que ce qu’il faudrait. Pendant ce temps - les prix de l’immobilier continuent d’augmenter : 2 498 euros le mètre carré pour un appartement en juin 2026 - soit +3,3 % en un seul mois. Les familles à revenus moyens sont prises en tenaille entre un marché privé inaccessible et un parc social saturé.

LA CRISE DU LOGEMENT À BESANÇON - LES CHIFFRES CLÉS (2025-2026) ▸ 3 400 logements nécessaires d’ici 2040 selon les documents de planification locale (PLH) ▸ 150 logements construits en 2024 - soit vingt-deux fois insuffisant ▸ 2 498 €/m² pour les appartements en juin 2026 - hausse de +3,3 % en un mois

▸ 2 598 €/m² pour les maisons - hausse de +1,5 %

▸ Loyer moyen : 13,20 €/m² pour les appartements - 15,20 €/m² pour les maisons ▸ 2,9 millions de ménages en attente d’un logement social en France fin 2025 - record historique ▸ 62 % des demandeurs nationaux sous les plafonds PLAI - mais PLAI = 41 % du parc seulement ▸ Objectif municipal : 26 % de logement social dans les projets neufs - réalité : très en-deçà

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Planoise - et le paradoxe des démolitions

L’histoire aurait pu être simple : on démolit des immeubles vétustes - on construit du neuf - le parc de logements sociaux s’améliore. C’est la logique des Programmes de Renouvellement Urbain qui ont transformé Planoise depuis plusieurs années.

Mais à Besançon - cette logique est contestée. Lutte ouvrière - dans une note publiée en janvier 2025 - a alerté publiquement sur le paradoxe de ces démolitions : la ville détruit des logements de bonne qualité - « sains et appréciés de leurs occupants » - avec cinq pièces - traversants - deux balcons et une loggia rue de Franche-Comté à Planoise - pendant que la crise du logement social atteint son sommet.

Le raisonnement des institutions est clair : les immeubles démolis seront remplacés par du neuf. Mais entre la démolition et la reconstruction - il y a un vide. Et dans ce vide - des familles à reloger. Avec quoi - et où - quand le parc est déjà saturé ?

« Le besoin est supérieur à l’offre - c’est pourquoi le délai d’attente est parfois très long. Ne vous découragez pas - mais soyez tenace ! »

- Guide officiel du logement social à Besançon - janvier 2026

Cette phrase - tirée du guide officiel du logement social à Besançon - dit plus qu’elle ne le veut. « Soyez tenace » - c’est la réponse institutionnelle à une crise structurelle.

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Grette - Brulard - Polygone : les terrains qui attendent Le projet le plus ambitieux de Besançon en matière de logement a un nom qui devrait être connu de tous les Bisontins : Grette - Brulard - Polygones. Vingt-cinq hectares d’anciens terrains militaires à quelques minutes du centre historique - déjà déconstruits - dépollution en cours - avec un potentiel exceptionnel.

La concertation citoyenne a commencé en janvier 2023. Les Bisontins ont été invités à exprimer leurs besoins. L’ambition affichée par la ville : « définir le nouveau standard d’habitat ville-nature - vitrine de la construction durable bisontine 2025-2030 » - selon les documents officiels de la ville de Besançon.
Le premier opérateur - Courtoisie Urbaine avec GA Immobilier - prévoit 145 logements avec un calendrier 2024-2026. Mais en 2026 - les terrains sont toujours largement en phase de « préverdissement » - terme utilisé par la ville pour décrire la plantation d’arbres en attendant les constructions. Des arbres - là où des familles attendaient des murs.
« Quand j’ai vu le projet Grette - j’ai eu de l’espoir. On nous dit que ça va changer - qu’il va y avoir du nouveau. Mais depuis combien de temps on entend ça ? Mes enfants grandissent. L’appartement rétrécit. Et les terrains sont toujours vides. »

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Pourquoi ça bloque - les quatre verrous

La crise du logement à Besançon n’est pas le résultat d’une mauvaise volonté politique. Elle est le produit de quatre blocages structurels qui se renforcent mutuellement.

Premier verrou : le financement. Construire du logement social coûte cher. Les bailleurs sociaux - comme Habitat 25 ou loge.GBM - dépendent de subventions de l’État - des collectivités - et d’emprunts à long terme. Or les dotations étatiques ont diminué - les taux d’intérêt ont monté - et les coûts de construction ont explosé depuis 2020.

Deuxième verrou : la réforme nationale. La Presse du Doubs rapporte que les bailleurs sociaux comme les associations de défense des locataires à Besançon sont vent debout contre le projet de réforme du logement social du gouvernement. Ce projet - débattu au Parlement mi-juin 2026 - ne traite pas le problème fondamental selon les acteurs locaux : on ne construit pas assez.

Troisième verrou : la démographie. Les documents du Programme Local de l’Habitat (PLH) sont clairs : Besançon connaît une croissance démographique positive - mais surtout une réduction de la taille des ménages. On a besoin de plus de logements même sans plus de population parce qu’un couple qui se sépare devient deux demandeurs. Cette pression invisible gonfle les listes d’attente.

Quatrième verrou : la fuite des familles. Face à l’impossibilité de trouver un grand logement abordable en ville - les familles partent vers Baume-les-Dames - Ornans - Quingey - ou les communes périphériques du Grand Besançon. Ce départ réduit les ressources fiscales de la ville - et alimente l’étalement urbain que la municipalité dit pourtant vouloir combattre.

« 4,2 millions de personnes mal logées en France. À Besançon - bailleurs sociaux et associations s’accordent sur un point : la réforme ne traite pas la cause - elle gère le symptôme. Ce qu’il faut - c’est construire. »

Synthèse des positions locales - La Presse du Doubs - macommune.info

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Quelles solutions - et quand ?

Les acteurs locaux ne manquent pas d’idées. Le projet Grette - Brulard - Polygones reste - malgré ses retards - la promesse la plus concrète : 600 logements prévus sur 25 hectares - dont une proportion de logements sociaux - en Bail Réel Solidaire - et en accès à la propriété à prix maîtrisé. Le programme prévoit également une école - une résidence autonomie pour personnes âgées - et des commerces de proximité.

Un nouveau programme de 44 logements porté par le bailleur social Néolia et le promoteur Pierreval chemin de la Providence - à deux pas du technopôle Temis - a été livré en 2025 - rapporte le Journal du Palais. C’est 44 ménages qui ont trouvé un logement. C’est aussi - pour mettre en perspective - environ 0,3 % des besoins annuels évalués pour atteindre les 3 400 d’ici 2040.

La vraie solution - selon les experts locaux - passe par une conjonction de mesures : accélérer les procédures administratives - diversifier les modes de financement - développer le Bail Réel Solidaire qui sépare le prix du foncier de celui du bâti - et tenir enfin les objectifs de 26 % de logement social dans chaque opération neuve.

Nadia renouvellera son dossier cette année encore. Comme l’année dernière. Et l’année d’avant. Elle ne sait pas combien de personnes sont devant elle dans la file. Les institutions ne le disent pas. Peut-être parce que le chiffre - s’ils le disaient vraiment - ferait trop mal.

Note éditoriale — Sources : documents PLH et Programme Grette-Brulard-Polygones de la Ville de Besançon (besancon.fr) - Grand Besançon Métropole - dispositif demande de logement social (grandbesancon.fr) - La Presse du Doubs - réforme logement social (2024) - Journal du Palais - programme Néolia-Pierreval (2024) - Lutte ouvrière - alerte Planoise (janvier 2025) - mabourse.fr - bilan logement social France (mars 2026) - Courtoisie Urbaine - programme Grette-Brulard (calendrier 2024-2026) - macommune.info - PCF et AGC alerte logement social Besançon. Les témoignages de Nadia et des autres familles citées sont des reconstructions composées à partir de témoignages collectifs types - les prénoms sont fictifs.

L’Appel — lappelfrance.fr │ Besançon, France │ juin 2026

L’APPEL - Besançon · L'Appel
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