Gironde : Deux cent vingt mille évacués, la France affronte l’enfer du feu
Quarante-deux mille hectares partis en fumée, Macron réunit une cellule de crise, les assureurs promettent de payer
Un feu qui invente sa propre météo. Une ville qu'on n'ose plus promettre d'épargner. Ce lundi, la France ne compte plus seulement ses hectares brûlés, elle compte ses entreprises fermées, ses blessés, et le temps qu'il reste avant l'automne.
Un feu qui fabrique son propre climat
L'évacuation de Bordeaux n'est pas prévue à l'heure où on se parle, tempère lundi matin la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon, du bout des lèvres. Il faut rester extrêmement prudent, ajoute-t-elle aussitôt sur France Inter, l'incendie du Sud-Ouest est tel qu'il crée sa propre météorologie, rendant toute prévision hasardeuse.
La porte-parole dénonce par ailleurs un mensonge et une polémique grossière de l'opposition sur l'insuffisance des moyens, assurant que le budget de la sécurité civile a quasiment doublé depuis 2017.
Deux cent vingt mille vies suspendues
Le chiffre donne le vertige, environ deux cent vingt mille personnes ont été évacuées depuis mercredi à cause du seul incendie qui a embrasé les pourtours du bassin d'Arcachon, selon le ministre de l'Économie Roland Lescure.
Depuis son départ à Saumos mercredi midi, probablement causé par un engin de débroussaillage selon plusieurs sources de l'AFP, le feu a déjà ravagé plus de quarante-deux mille hectares au nord du bassin, attisé par des vents soutenus dans une forêt de pins où les flammes atteignent plusieurs dizaines de mètres.
Treize mille entreprises à l'arrêt
Plus de treize mille entreprises ont été évacuées dans le seul département de la Gironde et ne peuvent, évidemment, mener leur activité normale, indique Roland Lescure à l'issue d'une réunion d'urgence à Bercy. On est à leurs côtés, assure-t-il, décrivant un coup de tonnerre économique et social pour une région qui n'en avait pas besoin.
Les assureurs paieront, même sans dégâts
Autre annonce du ministre, les assureurs prendront en charge les frais de relogement de toutes les personnes évacuées en Gironde, dans les Landes et dans le Var, que leur logement ait été endommagé ou non.
Payer le relogement de deux cent vingt mille personnes, que leur maison ait brûlé ou non, une mesure aussi inédite que l'ampleur du sinistre qui l'a rendue nécessaire.
Cette mesure exceptionnelle, négociée avec la fédération France Assureurs, s'appliquera pendant une durée pouvant aller jusqu'à trois semaines.
Un incendie qui pourrait durer tout l'été
Invité de RTL, le lieutenant-colonel David Annotel, de la fédération nationale des sapeurs-pompiers, prévient que la lutte dans le Bordelais devrait se prolonger bien au-delà de l'été, pendant de nombreuses semaines et de nombreux mois, avec des relèves venues de toute la France.
Il compare ce sinistre à celui de Landiras, en 2022, qui n'avait été déclaré éteint qu'à la toute fin du mois de septembre, soit près de deux mois après son déclenchement.
Neuf blessés de plus ce dimanche
Neuf sapeurs-pompiers ont été blessés en Gironde ce seul dimanche, portant leur nombre total à quatre-vingt-quatre depuis le début des incendies. Trois d'entre eux ont perdu la vie, deux en Gironde et un en Savoie.
Il y a zéro blessé chez nos concitoyens, se félicite pourtant Éric Brocardi, porte-parole de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers, saluant une réussite des soldats du feu face aux critiques sur l'insuffisance des moyens aériens et terrestres.
Une pluie, une accalmie, un maire soulagé
Le maire de Marcheprime, commune de cinq mille huit cents habitants en Gironde, évoque à l'inverse une situation rassurante et une stabilité du front de feu, grâce à une heure de pluie tombée dans la nuit, suffisante pour humidifier le terrain et freiner la propagation.
L'État déploie l'armée aux côtés des pompiers
La préfecture de Gironde évoque une mobilisation totale des moyens terrestres et aériens, deux mille cinq cents sapeurs-pompiers soutenus par mille cinq cents militaires et mille deux cents policiers et gendarmes, appuyés par dix-huit engins aériens en action ce dimanche.
Emmanuel Macron est arrivé à dix heures ce lundi à la cellule interministérielle de crise, aux côtés du chef d'état-major des armées, du directeur général de la Sécurité civile et de plusieurs ministres, certains interlocuteurs participant à distance depuis les régions touchées.
Une image satellite Sentinel-2, relayée dimanche midi par Météo France, donne une mesure saisissante de l'étendue du désastre, une large tache sombre au nord du bassin d'Arcachon, où plus de quarante-deux mille hectares ont déjà été dévastés depuis mercredi.
Madrid respire, timidement
Près de Madrid, de premiers retours à domicile sont prévus dès lundi une fois les conditions de sécurité réunies, annonce dans la nuit le préfet régional, un premier signe d'amélioration même si le feu reste toujours pas maîtrisé selon ses propres mots.
Les autorités doivent encore communiquer un horaire pour la réouverture du camping d'El Escorial, dont l'évacuation avait concerné quatre mille cinq cents personnes, ainsi que pour une maison de retraite de San Martín de Valdeiglesias, commune située à une cinquantaine de kilomètres de la capitale espagnole.
Une quatrième canicule s'annonce dès mardi
Une hausse des températures doit s'amorcer dès mardi selon la Chaîne Météo, avec plus de trente-cinq degrés par endroits dans le Sud-Ouest. Les trois quarts du territoire seront sous ce seuil dès mercredi, la chaleur gagnant alors la quasi-totalité du pays.
Le préfet du Var dénonce des départs de feu volontaires
Ça suffit, s'indigne sur X le préfet du Var Simon Babre, qualifiant d'actes inadmissibles et pénalement répréhensibles trois départs de feu quasi simultanés signalés à Varages, à quelques kilomètres du front du Gros-Bessillon où plus de mille pompiers luttent depuis six jours.
L'irréductible du Cap Ferret, portrait d'un homme face aux flammes Il sera le dernier à quitter le Cap-Ferret, sous la menace des flammes comme sous celle de la montée des eaux, tout comme il fut l'un des premiers à s'y installer, quand la dune reculait encore sous les coups de boutoir de l'océan et que la presqu'île n'était pas à la mode.
Benoît Bartherotte, propriétaire de la pointe de la dune et défenseur autoproclamé du Cap-Ferret, a de nouveau mobilisé ses troupes vendredi, alors que le vent poussait les flammes vers les habitations, pour créer un pare-feu à l'entrée du village, à la lisière de la forêt de pins.
Une saison que l'éditorial du Figaro qualifie d'enfer
Qui ne penserait avec amitié aux habitants des sites touchés, écrit l'éditorialiste Étienne de Montety, alors qu'on a franchi le chiffre des deux cent mille déplacés et que des dizaines de milliers d'hectares de bois sont détruits pour longtemps, dans une course contre les brasiers qui ressemble à une guerre.
Le Secours populaire, de son côté, lance un appel à la solidarité, rappelant que l'urgence se joue aujourd'hui et sur la durée, puisqu'il faudra, une fois les incendies éteints, aider encore les familles à se reconstruire.
À Bordeaux comme à Madrid, à Marcheprime comme au Cap-Ferret, la même phrase revient dans toutes les bouches officielles, rester extrêmement prudent. Le feu, lui, continue d'écrire son propre calendrier.