En Bourgogne-Franche-Comté, les noyades explosent loin de toute mer
Santé publique France a publié vendredi son bilan de mi-saison : 925 noyades en six semaines, dont 274 mortelles. Les régions sans façade maritime, dont la nôtre, concentrent la plus forte progression du pays
Sept cent soixante-quinze kilomètres. C'est à peu près la distance qui sépare Besançon de la mer la plus proche. Elle n'a pourtant rien empêché : entre le 1er mai et le 15 juillet, la Bourgogne-Franche-Comté figure parmi les trois régions françaises où le nombre de noyades a le plus augmenté, aux côtés de l'Auvergne-Rhône-Alpes et de l'Île-de-France. Ce vendredi, Santé publique France a publié son bilan de mi-saison, et les chiffres nationaux donnent le vertige : 925 noyades en six semaines et demie, dont 274 suivies d'un décès sur place.
Une saison qui s'annonce déjà comme l'une des pires
Pour la première fois, l'agence sanitaire a choisi d'élargir sa période de surveillance, la faisant démarrer le 1er mai au lieu du 1er juin les années précédentes, une décision qui s'est révélée, avec le recul, particulièrement judicieuse. Sur l'ensemble de la période étudiée, le nombre total de noyades progresse de 14 % par rapport à 2025. Le nombre de noyades suivies d'un décès augmente lui aussi, de 241 à 274, mais cette hausse reste, sur le plan statistique, jugée non significative par l'agence.
« 925 noyades en six semaines et demie, dont 274 suivies d'un décès sur place »
Quand la chaleur multiplie le danger par deux
Le lien avec les épisodes de canicule ne relève plus du simple soupçon : il saute aux yeux dans les chiffres. Alors que les trois périodes de vigilance canicule survenues depuis mai n'ont représenté que la moitié des jours couverts par la surveillance, elles concentrent à elles seules 73 % de l'ensemble des noyades et 79 % des noyades mortelles.
La toute première vague de chaleur de la saison, du 24 au 31 mai, illustre ce basculement de façon spectaculaire : 134 noyades y ont été recensées, dont 48 mortelles, contre respectivement 67 et 18 sur les mêmes dates en 2025, hors période de canicule. Cela représente un doublement du nombre de noyades et un quasi-triplement des décès en l'espace d'une seule semaine, d'une année sur l'autre. Les deux vagues suivantes, du 16 juin au 3 juillet puis du 4 au 15 juillet, ont totalisé respectivement 307 et 234 noyades, pour 103 puis 65 décès.
« Un doublement des noyades et un quasi-triplement des décès en une semaine, d'une année sur l'autre »
Loin des plages, un danger qui grimpe plus vite qu'ailleurs
C'est peut-être l'enseignement le plus marquant de ce bilan pour les lecteurs de Bourgogne-Franche-Comté : ce sont les régions dépourvues de façade maritime qui enregistrent, cette année, la plus forte progression du pays. Le nombre total de noyades y passe de 180 à 267 cas, soit une hausse de 48 %, tandis que les noyades mortelles progressent de 70 à 102, soit 46 % de plus qu'en 2025. Outre notre région, l'Auvergne-Rhône-Alpes et l'Île-de-France sont les plus concernées par cette dynamique.
Santé publique France avance une explication précise à ce phénomène : la fréquentation, en particulier lors des alertes canicule, de lieux de baignade naturels non aménagés et officiellement interdits à la baignade, où l'absence de surveillance et la méconnaissance des courants ou des profondeurs augmentent mécaniquement le risque.
L'exemple francilien donne la mesure du phénomène : les noyades mortelles y passent de 14 à 35 cas entre 2025 et 2026, dont 15 pour le seul département de la Seine-et-Marne, contre 5 l'année précédente, soit un triplement en un an dans ce département pourtant très éloigné de toute côte.
Dans les piscines aussi, un danger qui a doublé
Autre signal préoccupant de ce bulletin : le nombre de noyades mortelles survenues en piscine ou dans d'autres lieux de baignade artificiels aménagés a exactement doublé au niveau national, passant de 31 à 60 cas. Ces décès concernent très majoritairement des adultes, dans 48 cas sur 60, et touchent la quasi-totalité des régions métropolitaines, à raison de 12 régions sur 13. Fait notable, 45 % de ces noyades en bassin aménagé, soit 27 cas sur 60, sont eux aussi survenus dans des régions de l'intérieur du pays, loin de tout littoral.
L'agence sanitaire avance ici une seconde explication, distincte de celle des baignades sauvages : la recherche de fraîcheur en piscine par des personnes ayant surestimé leurs propres capacités physiques, ou souffrant de pathologies chroniques susceptibles de provoquer un malaise soudain dans l'eau, en particulier lors des pics de chaleur.
Les rivières, principal danger pour les plus jeunes
Sur les 37 enfants et adolescents morts noyés depuis le 1er mai, un chiffre resté stable par rapport à 2025 sur la même période, 23 ont perdu la vie dans un cours d'eau ou un plan d'eau, soit 62 % des noyades mortelles de cette tranche d'âge. Chez les 13-17 ans spécifiquement, une noyade sur trois s'est soldée par un décès, un ratio qui n'a pas varié d'une année sur l'autre. Fait à noter, la progression du nombre total de noyades observée cette année a concerné avant tout les adultes, la mortalité chez les mineurs restant, elle, globalement stable.
« Vingt-trois enfants et adolescents sur trente-sept sont morts noyés dans un cours d'eau ou un plan d'eau »
La surveillance mise en place par Santé publique France, en collaboration avec le Système national d'observation de la sécurité des activités nautiques, se poursuit désormais jusqu'au 30 septembre. L'agence rappelle, sans détour, que ces chiffres restent élevés chaque été, touchent tous les âges et tous les types de lieux de baignade, et que la prévention doit rester une priorité constante, en particulier lorsque les températures grimpent et que la tentation de se rafraîchir l'emporte sur la prudence.