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Le Roi du Temps (3): L’Empire de Khosro II marchait vers la Terre sainte en portant une promesse aux Juifs

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Le Roi du Temps (3): L’Empire de Khosro II marchait vers la Terre sainte en portant une promesse aux Juifs

Neuf ans apres la question qui a change leur foi, Benjamin et Nehemie ne sont plus a Safed. Ils sont en Iraq, au coeur de l'empire de Khosro II. Et ils doivent faire un choix qui les separera a jamais.

Le silence entre deux prophetes n'etait pas une treve. C'etait une gestation. Et pendant neuf ans, Benjamin et Nehemie n'ont presque pas parle. Mais ils ont agi. Separement. En parallele. Comme si le meme doute les poussait dans des directions opposees.

De Safed a l'Euphrate : la fuite Benjamin avait d'abord refuse de partir. Il avait ferme sa petite maison a Safed et s'etait enferme dans les archives de la synagogue. Pendant trois ans, il a recopie des textes anciens, comme si en retrouvant chaque mot, chaque phrase, il pouvait retrouver la certitude qu'il avait perdue dans le regard de Nehemie.

Mais la certitude ne revient jamais une fois qu'elle est morte. Et quand les nouvelles arriverent de l'ouest, quand les rumeurs coururent que l'empire de Khosro II marchait vers la Terre sainte avec une promesse aux Juifs - pas avec des epees, mais avec de la liberte - Benjamin comprit soudain que sa question etait incomplete. Elle n'etait pas: 'Et si nous nous trompions tous les deux?' La vraie question etait: 'Et si la tromperie etait le seul chemin possible?' Il partit pour l'Iraq. Pas seul. Une petite caravane de Juifs d'Antioche le suivait, portant lettres et messages. Et a Ctesiphon, la capitale de l'empire sassanide, il rencontra Nehemie une seconde fois.

A Ctesiphon : deux hommes, une seule porte Nehemie n'avait pas attendu neuf ans. Lui, il avait agi immediatement. Ses connexions a la Cour de Khosro II l'avaient place au coeur meme de la decision que l'Empire allait prendre. Il etait devenu conseiller. Ou du moins, c'est ce qu'on disait. Personne ne savait vraiment ce qu'etait Nehemie dans ce palais de pierre et de feu.

Quand Benjamin se presenta devant lui, il n'y eut pas de surprise. Nehemie semblait l'attendre depuis toujours. Il dit simplement: 'Tu as choisi de venir me trouver. Cela signifie que tu as compris.'

"Comprendre quoi?" demanda Benjamin. "Que Khosro ne viendra jamais liberer Jérusalem par amour. Il viendra parce que Byzance l'affaiblit. Et nous, nous allons l'utiliser en sachant que c'est une utilisation. Aucun de nous ne croit plus en la providence. Nous croyons seulement en ce que les hommes font des promesses."

Nehemie ben Hoshayahu, Ctesiphon, 602 ap. J-C.

Benjamin s'assit. Il n'avait pas d'objections a faire. Il etait venu chercher exactement cela: confirmation que sa foi et celle de Nehemie etaient mortes, mais que leur action, elle, restait possible. Plus que possible. Necessaire.

Le prix de l'alliance : une certitude perdue pour une victoire incertaine Ce que proposa Nehemie, c'etait un plan. Un plan qui prendrait des annees. Peut-etre une decennie. Un plan qui necessitait que chacun des deux prophetes abandonne completement ce qu'il avait ete pour devenir quelque chose de nouveau.

Benjamin devait retourner en Terre sainte et mobiliser les Juifs autour d'une promesse de liberte. Pas au nom de Dieu. Au nom de Khosro. Au nom de l'empire. Il devait transformer le reve messianique en strategie politique.

Et Nehemie devait rester a Ctesiphon, a proximite du trone, pour s'assurer que Khosro tiendrait sa promesse - ou du moins, qu'il la tiendrait assez longtemps pour que le Temple soit reconstruit et que les Juifs recuperent Jérusalem.

"Et apres? demanda Benjamin. "Apres la liberation?" Nehemie regarda longuement par la fenetre du palais. "Apres, nous disparaissons. Comme des fantomes. Comme si nous n'avions jamais existe. Personne ne doit savoir que les Juifs ont agi. Personne ne doit savoir que c'etait un calcul, pas une grace divine."

Dialogue entre Benjamin et Nehemie, Ctesiphon, 604 ap. J-C.

Le serment dans les profondeurs

Ils n'ont pas echange de serment dans une synagogue. Ils n'ont pas prie ensemble. Au lieu de cela, ils ont descend dans les souterrains de Ctesiphon, dans les grottes souteraines qu'avaient baties les Sassanides pour fuir les envahisseurs.Et la, dans le noir, ils ont simplement dit: 'Je fais cela, non pas pour Dieu, mais pour les hommes. Et pour nous, qui ne croyons plus aux deux.' C'etait le moment le plus saint de toute l'histoire. Pas un moment de foi. Un moment de desertion. Deux hommes qui abandonnaient completement ce qu'on leur avait dit d'attendre pour prendre le controle du temps eux-memes.

Neuf ans apres la question qui avait ete posee a Safed, Benjamin et Nehemie avaient trouve une reponse. Pas une reponse a 'Et si nous nous trompions tous les deux?' Mais une reponse a une question plus profonde: 'Et si la tromperie etait un acte d'amour?'

L'ombre de ce qui allait venir

Mais il y avait quelque chose que ni Benjamin ni Nehemie ne savaient, cette nuit-la dans les souterrains de Ctesiphon. Il y avait un temoin. Un homme qui avait suivi Benjamin depuis Safed. Un homme qui travaillait pour le gouverneur militaire de Byzance et qui venait d'entendre un plan qui pourrait changer le destin de tout l'empire.

Dans trois ans, le temoin utiliserait ce qu'il avait entendu pour faire arreter Nehemie. Et dans quatre ans, quand Jerusalem tomberait aux mains de Khosro, tout le monde croirait que c'etait un miracle. Tout le monde croirait que les Juifs etaient enfin liberes par la main de Dieu. Personne ne saurait que c'etait le resultat d'un calcul si complexe, si inhumain dans sa precision, qu'il avait fallu deux hommes qui ne croyaient plus pour le mettre en place.

"Mais existe-t-il une tromperie qui ne se revele pas? Existe-t-il un secret qui reste secret? Et existe-t-il un Roi du Temps qui n'est pas finalement un simple mortel qui joue avec les destins des autres?"

Voix narrative inconnue, 609 ap. J-C.

Cet article est une oeuvre de fiction litteraire. L'Appel respecte le droit de l'auteur a conserver l'anonymat. Cette serie ne reflete pas necessairement la position de la redaction, mais est publiee en vertu du principe de pluralisme des opinions et de la liberte d'expression artistique et intellectuelle.

Par Shakk wa Yaqīn de L’APPEL · L'Appel
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