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Lyhanna, l’enfant que personne n’a protégée

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Lyhanna, l’enfant que personne n’a protégée

La mort de Lyhanna, 11 ans, révèle les failles profondes d'une justice qui n'a pas su protéger une fillette malgré les signaux d'alarme

Elle avait 11 ans. Elle s'appelait Lyhanna. Elle est sortie de son collège à Fleurance, dans le Gers, un vendredi après-midi de mai, et elle n'est jamais rentrée. Six jours plus tard, son corps a été retrouvé dans un silo agricole désaffecté. Et la France, une fois de plus, s'est retrouvée face à une question qu'elle n'arrive pas à répondre : comment un tel drame a-t-il pu se produire ?

Un vendredi qui ne devait pas finir ainsi

Le 29 mai 2026, Lyhanna quitte son collège de Fleurance deux heures avant la fin des cours. Des témoins la voient monter dans une voiture. Des images de vidéosurveillance confirment cet élément crucial.

Les gendarmes sont alertés. Les recherches commencent. Pendant six jours, une mobilisation considérable s'organise dans cette ville de 6 000 habitants du Gers. Bénévoles, gendarmes, hélicoptères. Les proches gardent espoir.

Le 4 juin au soir, les équipes de recherche découvrent un corps dans un silo agricole à Puycasquier, à une quinzaine de kilomètres de Fleurance. Le lendemain, le procureur d'Agen, Olivier Naboulet, annonce ce que beaucoup redoutaient.

« L'identification de la victime est confirmée, au moyen d'une comparaison d'ADN. »

— Procureur Olivier Naboulet, 5 juin 2026

C'était bien Lyhanna. Les médecins légistes n'étaient pas encore en mesure, à ce stade, d'indiquer les causes de la mort.

Une marche blanche a été programmée le dimanche suivant à 15h00 à Fleurance. Les parents, dévastés, ont annoncé leur présence par l'intermédiaire de leur avocat, François Roujou de Boubée, remerciant le maire et les élus qui les avaient accompagnés depuis le début.

Le suspect et ses ombres

Le principal suspect est Jérôme B., un homme de 41 ans, père de deux enfants. Il connaissait Lyhanna : sa fille était amie avec elle. Il avait travaillé dans l'exploitation agricole où le corps a été retrouvé, il y a huit ans.

Mis en examen dès le début de la semaine pour enlèvement et séquestration, il a été incarcéré. Depuis son arrestation, il a gardé le silence.

Mais c'est ce qui s'est révélé ensuite qui a déclenché la tempête.

Selon la procureure de la République d'Auch, Jérôme B. avait fait l'objet de plaintes à deux reprises avant la disparition de Lyhanna. Une première plainte pour viol sur mineure avait été déposée en 2022. Elle a été classée sans suite en 2024. Une seconde plainte pour viol a été déposée en août 2025. Au moment où Lyhanna disparaissait, le suspect n'avait toujours pas été entendu par la justice dans ce dossier.

Un homme accusé de viol sur mineure. Une plainte classée. Une seconde ignorée. Et une enfant de 11 ans qui monte dans sa voiture.

La procureure a indiqué que la plainte de 2022 sera réexaminée à la lumière des nouveaux éléments, et que les différentes procédures seront vraisemblablement regroupées.

La justice en état d'accusation

Rarement la réaction des responsables politiques français avait été aussi rapide — et aussi chargée d'aveux.

Le 5 juin, une réunion d'urgence est convoquée à Matignon. Le Premier ministre Sébastien Lecornu annule sa visite prévue dans la prison de Vendin-le-Vieil pour réunir le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez et le garde des Sceaux Gérald Darmanin.

Le soir même, sur TF1, Gérald Darmanin va au-delà de la simple reconnaissance d'erreurs. Il présente ses excuses.

« L'institution judiciaire n'a pas su protéger Lyhanna. Au nom de la Justice, comme ministre, je présente mes excuses à sa famille. »

— Gérald Darmanin, garde des Sceaux, sur TF1, 5 juin 2026

Le ministre se dit « furieux » et parle d'un « immense échec ». Il ajoute : « Je m'en veux personnellement parce que je suis père de famille. Je ne réfléchis pas comme un comptable. Je réfléchis parce que j'ai du cœur et que je vois la souffrance de cette famille. »

Le président Emmanuel Macron, depuis le Monténégro où il était en déplacement, a lui aussi réagi avec une formule sans ambiguïté.

« Il est clair qu'il y a un dysfonctionnement, et c'est inacceptable. Je ne veux entendre aucun argument de moyens dans cette affaire. »

— Emmanuel Macron, 5 juin 2026

Des voix qui dénoncent depuis longtemps

Mais si la classe politique semble découvrir le problème, d'autres le signalent depuis des années.

Éric Mouzin, père d'Estelle, enlevée et assassinée par Michel Fourniret en 2003, a réagi avec une amertume contenue. Il a jugé « surréaliste » que les ministres semblent découvrir des dysfonctionnements au sein de leur propre administration.

Car la question de la protection des enfants face aux prédateurs récidivistes n'est pas nouvelle. Elle traverse l'histoire judiciaire française comme une blessure qui ne cicatrise jamais complètement.

La Fondation des Femmes a exprimé sa colère sans détour, dénonçant les défaillances d'une justice « incapable de protéger les enfants et les femmes face aux violences masculines » et condamnant l'irresponsabilité d'un gouvernement qui refuse, selon elle, de donner à la justice les moyens d'enquêter.

La porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, a reconnu que la situation révèle une question de fond.

« Ce que l'on découvre jour après jour est absolument insupportable. Quelle place donne-t-on à la parole des victimes ? Comment ces enquêtes sont-elles suivies ? »

— Maud Bregeon, porte-parole du gouvernement, 4 juin 2026

La politique s'empare du drame

L'affaire Lyhanna a immédiatement traversé le mur qui sépare normalement le fait divers du débat politique. Dans un contexte de présidentielle qui s'annonce pour 2027, les prises de position ont fusé.

Bruno Retailleau, président des Républicains et candidat déclaré, a frappé fort : « Notre système judiciaire est en faillite. Une société incapable de protéger ses enfants est vouée à voir ses membres se dresser les uns contre les autres. »
Édouard Philippe, pressenti pour la course à l'Élysée avec Horizons, a plaidé pour l'établissement d'un « principe de précaution face aux violences faites aux enfants » et une accélération des procédures.

Du côté de La France Insoumise, Manuel Bompard a appelé à donner davantage de moyens aux enquêteurs, soulignant que le gouvernement a au contraire tendance à les réduire.

Dans chaque camp, le même drame. Des lectures différentes. Mais une même incapacité, depuis des années, à transformer l'indignation en réforme durable.

Une Justice à bout de souffle

Car au-delà des déclarations, les chiffres racontent une réalité difficile. La France a été condamnée à plusieurs reprises par la Cour européenne des droits de l'Homme pour la durée excessive de ses procédures judiciaires. Des dossiers restent sans suite pendant des mois, parfois des années.

La Chancellerie évoque régulièrement des efforts consentis pour renforcer les moyens de la justice. Mais les professionnels du secteur — magistrats, greffiers, enquêteurs — décrivent un système chroniquement sous-dimensionné face à l'ampleur de sa mission.

Le résultat, dans l'affaire Lyhanna, est brutal dans sa simplicité : une plainte pour viol sur mineure, classée deux ans après son dépôt. Une seconde plainte, non suivie d'effet pendant dix mois. Et une fillette qui paie de sa vie ces délais.

Sacha Straub-Kahn, porte-parole de la Chancellerie, a résumé la situation avec une honnêteté rare : « C'est un constat d'échec pour tout le monde. »

Ce que Lyhanna laisse derrière elle

Le dimanche 7 juin, Fleurance s'est arrêtée. Des centaines de personnes ont marché en silence dans les rues de cette petite ville du Gers pour rendre hommage à une enfant de 11 ans.

Les parents étaient là. Le maire était là. Les élus étaient là. Et dans le silence de cette marche blanche, une question flottait, que personne n'osait vraiment formuler à voix haute.

Combien de Lyhanna faudra-t-il encore pour que la France change réellement quelque chose à la façon dont elle traite les plaintes de victimes mineures ?

La plainte de 2022, classée sans suite. La plainte de 2025, sans suite donnée. Et une enfant morte dans un silo.

Ce n'est pas une fatalité. C'est un choix — celui d'une société qui n'a pas encore décidé de mettre la protection de ses enfants au sommet de ses priorités réelles, au-delà des discours.

Lyhanna avait 11 ans. Elle méritait mieux. La France lui devait mieux.

Par la rédaction • L'Appel · L'Appel
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