L’Appel–BESANÇON
La polémique autour du nouvel arrêté anti-mendicité adopté par la municipalité de Besançon continue de prendre de l’ampleur. Plus de 500 personnes, et jusqu’à 700 selon les organisateurs, se sont rassemblées lundi soir dans le centre-ville afin de dénoncer une mesure jugée discriminatoire envers les personnes les plus précaires.
La mobilisation, initiée par plusieurs élus et mouvements d’opposition municipale, intervient quelques jours seulement après la signature de l’arrêté par le maire Ludovic Fagaut. Entrée en vigueur immédiatement, cette décision vise à limiter certaines formes de mendicité dans plusieurs secteurs fréquentés de la ville, officiellement pour préserver la tranquillité publique et répondre aux plaintes de commerçants et de riverains.
Mais pour les opposants, cette mesure ne s’attaque pas aux causes de la précarité et risque au contraire de marginaliser davantage les personnes déjà fragilisées par l’exclusion sociale.
Au cours du rassemblement, élus, militants associatifs, travailleurs sociaux et citoyens se sont succédé au micro pour dénoncer ce qu’ils considèrent comme une réponse sécuritaire à un problème avant tout humain et social.
La conseillère municipale de La France insoumise, Séverine Véziès, a annoncé le lancement prochain d’un recours devant la justice administrative afin d’obtenir l’annulation de l’arrêté. Une pétition citoyenne a également été mise en ligne afin de soutenir cette démarche.
Selon l’élue, la mesure relèverait davantage d’un choix politique que d’une réponse adaptée aux difficultés rencontrées dans l’espace public. Elle accuse la majorité municipale de vouloir adresser un message à une partie de l’électorat sensible aux questions de sécurité et d’ordre public.
Parmi les prises de parole les plus remarquées, celle d’Hasni Alem, conseiller municipal communiste, qui a dénoncé une volonté de rendre invisibles les situations de pauvreté dans le paysage urbain. L’élu a estimé que la municipalité cherchait à offrir une image plus lisse de la ville sans répondre aux réalités sociales vécues par les personnes concernées.
L’émotion a également marqué l’intervention d’Aline Guillin, éducatrice spécialisée forte de plus de trente années d’expérience auprès des publics en difficulté. S’appuyant sur son travail mené durant plusieurs années auprès des personnes sans domicile fixe, elle a rappelé que la mendicité est souvent l’ultime conséquence d’un parcours de rupture sociale, familiale ou psychologique.
« On ne choisit pas la rue », a-t-elle notamment rappelé, évoquant les situations de détresse auxquelles elle a été confrontée tout au long de sa carrière.
La mobilisation a également reçu le soutien du Comité de lutte social et médico-social, créé en 2025. Son représentant, Pierre Schwalm, a appelé les professionnels du secteur, les associations et les citoyens à poursuivre la contestation dans les semaines à venir.
Cette controverse intervient dans un contexte national où plusieurs communes françaises ont adopté ou tenté d’adopter des arrêtés similaires. Ces mesures font régulièrement l’objet de recours devant les tribunaux administratifs, qui rappellent que les restrictions à la mendicité doivent demeurer proportionnées et justifiées par des troubles avérés à l’ordre public.
À Besançon, le débat dépasse désormais la seule question de l’occupation de l’espace public. Il cristallise deux visions opposées de la gestion de la précarité : l’une privilégiant les outils réglementaires pour maintenir l’ordre, l’autre plaidant pour un renforcement des politiques sociales et de l’accompagnement des personnes les plus vulnérables.
Alors que la bataille juridique s’annonce, le dossier pourrait rapidement devenir l’un des sujets politiques majeurs de ce début de mandat municipal.
