dimanche 07 juin 2026, 04:44

Entre liberté d’expression et ordre public : pourquoi Salah Hamouri a été interdit à Besançon

  BESANÇON – L’APPEL    L’affiche circulait depuis plusieurs semaines sur les réseaux militants. La salle Nelson Mandela, au cœur du quartier de Planoise, devait accueillir jeudi soir l’une des figures les plus controversées et médiatisées du conflit israélo-palestinien : Salah Hamouri, avocat franco-palestinien, ancien détenu israélien et défenseur revendiqué de la cause palestinienne.   […]

 

BESANÇON – L’APPEL 

 

L’affiche circulait depuis plusieurs semaines sur les réseaux militants. La salle Nelson Mandela, au cœur du quartier de Planoise, devait accueillir jeudi soir l’une des figures les plus controversées et médiatisées du conflit israélo-palestinien : Salah Hamouri, avocat franco-palestinien, ancien détenu israélien et défenseur revendiqué de la cause palestinienne.

 

Mais à moins de quarante-huit heures de l’événement, un arrêté préfectoral est venu bouleverser le scénario.

Le préfet du Doubs, Rémi Bastille, a décidé d’interdire la conférence-débat prévue dans le cadre du « Besac Antifa Fest », invoquant un risque potentiel de troubles à l’ordre public dans un contexte international particulièrement explosif.

Une décision qui a immédiatement transformé une simple conférence en véritable affaire politique locale.

 

Une visite devenue affaire d’État

 

Depuis plusieurs jours, la venue de Salah Hamouri alimentait les discussions à Besançon.

Pour ses soutiens, l’avocat franco-palestinien incarne le combat pour les droits des Palestiniens. Né à Jérusalem, il a passé plusieurs années dans les prisons israéliennes avant d’être expulsé vers la France en 2022. Son parcours a été régulièrement dénoncé par plusieurs organisations internationales de défense des droits humains, qui considèrent qu’il a été victime de mesures arbitraires.

 

Pour ses détracteurs, en revanche, son nom reste associé à des accusations anciennes liées à la sécurité israélienne, faisant de chacune de ses apparitions publiques un sujet sensible.

 

Cette polarisation s’est retrouvée au cœur de la décision préfectorale.

Selon la préfecture du Doubs, le contexte géopolitique actuel, marqué par la poursuite de la guerre au Proche-Orient et par une hausse des tensions communautaires observées dans plusieurs pays européens, justifiait une mesure de prévention destinée à éviter tout risque de débordement.

 

La liberté d’expression au centre du débat

 

L’interdiction a provoqué une onde de choc immédiate dans les milieux associatifs et politiques locaux.

Le Parti communiste français de Besançon a dénoncé une décision qu’il juge contraire aux principes fondamentaux de la liberté d’expression. Pour les communistes, Salah Hamouri demeure avant tout un avocat et un militant des droits humains dont la parole doit pouvoir être entendue dans un cadre démocratique.

 

Même tonalité du côté de La France insoumise, qui accuse les autorités de céder à des pressions politiques et de participer à une forme de censure visant les défenseurs de la cause palestinienne.

 

L’Association France Palestine Solidarité, organisatrice de la rencontre, estime quant à elle que cette interdiction prive les citoyens d’un débat public sur une question internationale majeure et annonce déjà des recours devant la justice administrative.

Une ville divisée

 

À l’inverse, la municipalité de Besançon a apporté son soutien à la décision du préfet.

Pour le maire Ludovic Fagaut et sa majorité, la priorité demeure le maintien de l’ordre public et la préservation de la cohésion républicaine.

La mairie insiste sur un point : l’autorisation initiale de la salle avait été accordée sous la précédente mandature municipale. Selon l’exécutif actuel, une telle demande n’aurait pas reçu aujourd’hui un avis favorable.

 

Dans un contexte où chaque prise de parole liée au conflit israélo-palestinien est susceptible de provoquer de vives réactions, la municipalité estime que la prudence devait l’emporter.

 

Le reflet d’une fracture nationale

 

Au-delà du cas de Salah Hamouri, l’affaire révèle une réalité plus profonde.

 

Depuis le déclenchement de la guerre à Gaza, les débats liés au Proche-Orient se sont intensifiés dans toute la France. Universités, associations, collectivités locales et institutions publiques se retrouvent régulièrement confrontées à une question devenue particulièrement délicate : jusqu’où peut aller la liberté d’expression lorsqu’elle risque d’alimenter des tensions déjà existantes ?

Pour certains, interdire une conférence constitue une atteinte aux libertés fondamentales.

Pour d’autres, prévenir d’éventuels affrontements relève de la responsabilité de l’État.

À Besançon, cette confrontation de principes a désormais quitté les salles de réunion pour s’installer au cœur du débat public.

Et maintenant ?

Les organisateurs ont annoncé leur intention de saisir la justice administrative afin de contester l’arrêté préfectoral.

Parallèlement, plusieurs organisations appellent à une mobilisation lors des rassemblements prévus dans les prochains jours.

Ce qui devait être une conférence parmi d’autres est devenu un symbole.

Un symbole des tensions qui traversent aujourd’hui la société française, partagée entre la défense de la liberté d’expression, la lutte contre toutes les formes de haine et la nécessité de préserver l’ordre public.

À Besançon, l’histoire ne fait probablement que commencer.

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